Mobilisé·es

dans Éditos

Édito de Benoît Schneckenburger publié le 25 novembre 2019 dans l’Heure du Peuple.

Les manifestations à l’appel du collectif « Nous toutes » ont réuni des dizaines et des dizaines de milliers de personnes en France le weekend dernier. Contre les violences sexistes et sexuelles elles ont dénoncé l’ampleur du problème et notamment des féminicides. Une marche ne suffit peut-être pas, mais toute lutte passe par une prise de conscience. Et en l’occurrence rendre visibles les violences participe de leur traitement, le silence et l’ignorance en accentuant les effets. Les rapports sur l’incurie de L’État commencent à évaluer les défauts de traitement institutionnels qui expliquent que tant de meurtres soient perpétués alors que des plaintes avaient été déposées auparavant. Il faut désormais passer de la marche des citoyen·nes aux mesures politiques.

Il y a un an le début du mouvement des gilets jaunes a aussi permis une prise de conscience, celle de la situation des classes populaires et moyennes paupérisées, invisibilisées. Le Gilet Jaune, censé initialement rendre visible les personnes en difficulté sur le côté de la route a rendu visibles les conditions de vie d’une part importante de la population. Las, après les quelques mesures symboliques prises par un gouvernement paniqué devant l’ampleur de la révolte, ce dernier a choisi d’éteindre la mobilisation par la répression. Le mouvement pourtant ne s’arrête pas, la colère couve et pourrait ressurgir de nouveau car rien ne s’est amélioré : ni les salaires, ni les services publics de proximité, ni les transports.

Le 5 décembre commence une autre bataille. La défense du système de retraites passe aussi par la pédagogie. Il faut rappeler le projet mûri avant-guerre par des décennies de mobilisations ouvrières, qui repose sur la solidarité contre les appétits des assurances qui n’attendent que sa dégradation pour vendre des complémentaires réservées aux happy fews de la mondialisation. Face au flou soigneusement entretenu par le gouvernement, il faut convaincre que son projet conduira à devoir travailler plus longtemps, pour gagner moins, et que les femmes seront les plus touchées. Le mantra du coût des retraites sert de seul argument, et il ne pose jamais la question de la répartition du capital et du travail dans le financement de la protection sociale. La grève qui commence le 5 décembre doit permettre la convergence de toutes celles et ceux qui, dans le privé comme le public, dans la santé comme le rail, gilets jaunes et jeunesse précarisée, n’ont d’autre choix que de refuser la casse des services publics et des statuts. Cette indignation est nécessaire et inévitable. Travaillons à la faire mûrir : c’est la bataille centrale du moment. Il faudra la défendre contre toutes les tentatives de délégitimation.