Déclaration de l’intergroupe parlementaire

Dimanche 10 avril, trois blocs politiques clairement délimités et de proportion équivalente ont émergé des urnes. L’un autour de la droite néolibérale et autoritaire, l’autre avec l’extrême droite, le troisième avec l’Union populaire qui atteint un score historique de 22% des suffrages.

Nous saluons ce résultat. Il est l’aboutissement d’une formidable campagne, d’un travail programmatique conséquent et d’une activité militante intense de toutes celles et tous ceux qui se sont engagés dans cette campagne. Il doit aussi beaucoup à la mobilisation décisive de la jeunesse et des quartiers populaires qui ont trouvé dans la candidature de Jean-Luc Mélenchon des raisons d’espérer. Nous sommes très fiers de cette vague d’espoir suscité dans le pays.

Malheureusement, cela n’aura pas suffi pour se qualifier au second tour. Celui-ci voit donc s’affronter deux projets politiques que nous combattons, même s’ils sont de nature différente. Ainsi, Marine Le Pen ajoute au projet de maltraitance sociale qu’elle partage avec Emmanuel Macron un ferment dangereux de xénophobie et d’exclusion religieuse et une remise en cause de l’Etat de droit. C’est la raison pour laquelle nous réaffirmons : pas une voix pour Marine Le Pen !

En toute hypothèse, compte tenu des positions prises par les deux protagonistes, le second tour empêche les ruptures indispensables, vitales, pour répondre à la triple crise écologique, sociale et démocratique. Aucune des tensions politiques du pays ne sera résolue. Tout au contraire, elles seront probablement aggravées.

Pour nous, il y’a un troisième tour décisif : c’est l’élection des députés en juin prochain. Nous entrons dans cette campagne avec un objectif clair : élire une majorité de députés de l’union populaire. Ils pourront appliquer notre programme dès le mois de juin prochain. Tant de femmes et d’hommes déçus par le résultat du 10 avril comptent sur nous.

Dans cet objectif, nous voulons stabiliser et élargir davantage encore le pôle populaire à l’ensemble des organisations politiques, comme des personnalités, qui y sont prêtes. 

Pour y parvenir, nous proposons :

  • Un programme partagé de gouvernement. 22% des électeurs ont donné, par leur vote, une force importante au programme « L’avenir en commun ». C’est donc autour de ce programme que doit s’organiser cet élargissement. Bien évidemment, des discussions peuvent permettre à chacun de se retrouver dans ce programme partagé, sans avoir pour autant à renoncer à son propre programme. Mais cela ne peut pas conduire à revenir sur des points fondamentaux plébiscités par près de 8 millions d’électeurs, par exemple : la retraite à 60 ans, l’abrogation de la loi El Khomri et des contre-réformes du code du travail et de l’assurance chômage, l’augmentation du SMIC à 1400 euros net, l’allocation d’autonomie jeunesse et la garantie dignité à hauteur de 1063 euros par mois, le blocage des prix des produits de 1ère nécessité, la planification écologique et la règle verte, la fin de la monarchie présidentielle avec la 6ème République et le référendum d’initiative citoyenne, le développement des services publics, le refus de leur privatisation ou la fin de leur ouverture à la concurrence, l’engagement à consacrer 1 milliard d’euros contre les violences faites aux femmes, une fiscalité plus juste avec notamment le rétablissement de l’ISF et l’abrogation de la flat tax, l’abrogation des lois séparatisme, sécurité globale et du pass sanitaire et la désobéissance avec les règles européennes incompatibles avec nos propositions.
  • Une stratégie cohérente et ouverte : l’union populaire. Notre objectif n’est pas de ressusciter des stratégies d’accord à géométrie variable entre organisations politiques. Nous voulons poursuivre le regroupement d’organisations politiques, de groupes, de figures du monde politique, syndical, associatif, intellectuel ou culturel, autour d’un programme partagé. Pour permettre ce regroupement, nous proposons la mise en place d’un parlement de campagne à l’image du parlement de l’Union Populaire et nous voulons œuvrer à des candidatures allant bien au delà de celles issues de nos organisations politiques.
  • Une campagne pour gagner. L’ambition ne peut pas se réduire à sauver un maximum de députés de chaque formation politique. Nous voulons bâtir une majorité alternative pour appliquer notre programme et être ainsi à la hauteur de l’histoire. C’est pourquoi nous devons présenter des candidats du pôle populaire, représentatifs de ses différentes composantes et identifiés par un label commun, sur l’ensemble des circonscriptions du pays. Un intergroupe à l’Assemblée Nationale permettra à l’issue des élections législatives le travail commun de notre majorité parlementaire.
  • Un cadre de respect mutuel permettant de passer à une nouvelle étape des relations entre ces organisations. Les attaques de Fabien Roussel, de Yannick Jadot et d’Anne Hidalgo contre la candidature de Jean-Luc Mélenchon ont suscité une colère et une incompréhension légitimes. Pour être à la hauteur de notre ambition, tout travail commun nécessite donc de tourner la page de relations fortement dégradées. C’est un fait électoralement sensible. Il faut le surmonter politiquement. Et si d’éventuelles divergences politiques peuvent demeurer, elles ne doivent pas donner lieu à des caricatures, des mensonges et des invectives.

Sur cette base, nous réaffirmons notre volonté d’échanger avec toutes celles et tous ceux qui le souhaitent, sans volonté hégémonique ni exigence de ralliement. Seul compte pour nous notre capacité à proposer, dès les élections législatives, un autre avenir pour notre pays.