La domination masculine dans les arts, la culture et les médias doit cesser

Un article des groupes thématiques Culture et Égalité Femmes-Hommes de la France insoumise 

Dans le secteur culturel, il est courant de défendre haut et fort la diversité, la démocratie, les valeurs de liberté, de partage ainsi que celles d’émancipation individuelle et collective. On pourrait en conséquence s’attendre à ce que ce secteur mette en acte ce qu’il sait si bien réciter. Malheureusement les faits nous conduisent à faire un bien triste bilan : la vieille domination masculine reste toujours indémodable dans les arts, la culture, les médias.

En 2006, le ministère de la Culture publiait un premier rapport qui soulignait les nombreuses inégalités entre les femmes et les hommes. Trois ans plus tard, un deuxième rapport indiquait que le talent artistique était et restait masculin. L’étude 2018 du HCE (Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes) mettait en évidence que les femmes dans le secteur culturel étaient « moins nombreuses, moins payées, moins aidées, moins programmées, moins récompensées, moins dirigeantes ».

Si dans son rapport de mars 2020, l’Observatoire des inégalités affirmait que les femmes étaient plus présentes que les hommes dans les formations de l’enseignement supérieur liées à la culture et l’art, il faut bien se rendre à l’évidence : la suite est moins réjouissante. En effet, à la fin de leurs études, les femmes ont plus de difficultés à trouver un travail que leurs équivalents masculins et lorsqu’elles sont embauchées, elles sont bien moins payées que les hommes. Par exemple, elles sont 42 % moins bien payées qu’un homme si elles sont réalisatrices, et 43 % si elles travaillent dans le milieu de la BD.

Le président du SYNDEAC (Syndicat des entreprises artistiques et culturelles) dans un discours écrit pour la réunion annuelle du comité ministériel égalité femmes-hommes du 14 janvier dernier (et dont la prise de parole a été refusée) dénonce l’insupportable inégalité de traitement dans les subventions de l’État. Seulement 22% des équipes aidées pour le théâtre en 2019 sont dirigées par des femmes et ces 22% rassemblent seulement 18,5% des moyens distribués.Les créatrices sont moins accompagnées financièrement par l’État, les organismes publics et privés et les collectivités territoriales.

Elles sont aussi, de fait, moins programmées comme le dénonce régulièrement le groupe d’action féministe la Barbe. Évidemment, elles continuent à être oubliées lors des prix, des récompenses. Le prestigieux Molière a récompensé des metteuses en scène dans seulement 8% des cas de 2010 à 2019. Une seule femme a remporté la Palme d’or en soixante-douze ans : Jane Campion, en 1993, et encore, elle a du la partager avec le cinéaste chinois Chen Kaige. Agnès Jaoui affirmait en mars 2020 que le cinéma avait cent ans de retard, « un siècle à rattraper pour sortir de l’oubli celles qui ont été effacées comme l’ont été des compositrices, des auteures ». 

Si l’on regarde de plus près la programmation et la présence des femmes dans l’espace médiatique, on se rend compte qu’elles sont minoritaires dans tous les domaines étudiés par l’Observatoire des inégalités. Ainsi, sur 100 rédacteurs en chef dans la presse écrite, seulement 39 sont des femmes. En radio comme en télévision, elles représentent 39% des personnes dans les programmes à forte audience. Ces différences sont autant visibles dans les rôles à responsabilité que dans les personnes interrogées par les médias.

Ce plafond de verre retranscrit les inégalités structurelles qu’implique le patriarcat. Et rien d’étonnant que la représentation inégale des femmes le soit aussi par secteurs. Ainsi, elles sont peu présentes lorsqu’il s’agit de sujets scientifiques ou politiques. Si l’on peut penser que cela est dû à la répartition inégale entre femmes et hommes dans ces secteurs professionnels, il n’en est rien. En effet, selon un article publié sur la plateforme de l’INA le 14 mars 20197, les femmes ne représentent que 2% des sources utilisées lorsqu’il s’agit de sources scientifiques alors qu’en 2011, 30% des individus participant aux activités de R&D étaient des femmes. Ainsi, la sous-représentation des femmes n’est pas justifiée par les inégalités déjà présentes dans les formations professionnelles. Certaines de ces inégalités sont propres au secteur de la culture et des médias. Elles maintiennent l’invisibilisation des femmes et médiatisent des positions de domination masculine tout en les normalisant.

Ainsi, il est plus que temps pour nous d’affirmer que ces positions ne sont ni justifiées ni acceptables. Il s’agit aussi de cesser de nier que ces inégalités ne sont pas dues à des écarts de compétence. En 2008, suite à un rapport démontrant déjà ces inégalités, un acte d’engagement de la part des représentants des médias, du ministère chargé de l’égalité sous le gouvernement Fillon II et de la commission responsable de ce rapport avait été produit. Celui-ci prônait l’autorégulation des médias en termes de représentation des femmes. Force est de constater que cela n’est pas suffisant.

C’est donc pour cela que la France insoumise propose d’augmenter la visibilité des femmes dans les médias et le secteur culturel. Plusieurs propositions peuvent d’ores et déjà être mises en place. Il est nécessaire de favoriser la représentation des femmes dans les festivals et les musées publics. La façon dont les moyens de production culturels et artistiques sont orientés est déterminante, l’État doit donner l’exemple dès maintenant. Les femmes ne veulent plus faire de la figuration, il est temps de passer à plus de justice. Elles doivent être reconnues, payées, programmées, représentées, récompensées comme elles le méritent. C’est à dire à égalité !