Hébergement et sans abrisme dans la crise sanitaire du Covid-19

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Pendant ces jours de confinement les groupes thématiques de la France insoumise ont décidé d’apporter leur contribution à travers des réflexions sur la situation actuelle. Chaque jour, un ou plusieurs articles d’analyses seront mis en ligne et produits par un des groupes thématiques. Retrouvez ces productions sur la page de l’espace programme.

Les personnes sans abri (vivant à la rue) ou sans domicile (vivant en centre d’hébergement ou dans les hôtels du 115) sont particulièrement exposées aux risques sanitaires et sociaux liés à la pandémie actuelle. Pour les personnes sans abri, plusieurs difficultés s’accumulent en période de confinement :

  • Impossibilité de tirer un revenu de la mendicité
  • Fermetures des accueils de jour géré par les associations
  • Fermeture des dispositifs d’aide alimentaire
  • Fermeture des toilettes publiques et parfois des fontaines à eau potable

D’un point de vue sanitaire, ce sont également les difficultés d’accès à l’hygiène et la promiscuité dans les campements de personnes sans abri, notamment près des métropoles ou dans le nord de Paris. Cette situation aggrave les risques de circulation du virus par manque d’hygiène corporelle et ainsi favorisent les maladies de peau et les parasites. Les femmes sans abri ou sans domicile n’ont plus accès aux protections d’hygiène intime.

Quelques chiffres : Plus de 3 500 personnes vivent à la rue à Paris ; plus de 100 000 sont hébergées par une association (financée par l’Etat) en Ile-de-France ; plus de 35 000 personnes sont hébergées à l’hôtel par le 115 (financement Etat) en Ile-de-France.

Aide alimentaire

La situation de l’aide alimentaire est particulièrement préoccupante. L’aide alimentaire est gérée par des associations reposant sur des bénévoles dont un grand nombre sont retraités, mais aussi des bénéficiaires. Légitimement inquiets pour leur santé et ne disposant pas d’outil de protection (masques) les bénévoles âgé·es se sont retiré·es. Des difficultés d’approvisionnement de denrées alimentaires ont également été constatées. Enfin, les bénévoles et leurs associations ne savent pas si l’attestation de déplacement dérogatoire couvre le déplacement pour bénévolat. Pour l’instant, aucune mesure n’est prise par les pouvoirs publics pour répondre à ce problème alors qu’en 2019, l’aide alimentaire a augmenté de plus de 10 %. Ces bénévoles représentent plusieurs milliers d’emplois équivalents temps plein et sont nécessaires à la distribution des produits de première nécessité.

Les centres d’hébergement

Les associations gestionnaires des centres d’hébergement sont inquiètes quant à leur capacité à assurer la continuité d’activité. Comme dans de nombreux secteurs, les associations sont touchées par l’absentéisme lié à la garde des enfants depuis la fermeture des crèches et établissement scolaires. La pénurie de ressources humaines a conduit la plupart des associations à concentrer leurs effectifs sur les centre d’hébergement et à fermer les accueils de jour. S’ajoute à cela l’inquiétude du contact avec le public sans bénéficier de masque de protection. Des organisations syndicales ont déjà appelé les salarié·es à utiliser leur droit de retrait.

Par ailleurs, la promiscuité dans les centres d’hébergement (parfois des chambres de 3 ou 4 personnes) augmente le risque de transmission du virus. Certains centres d’hébergement accueillent des familles nombreuses et la fermeture des établissements scolaires à déplacer le regroupement d’enfants au sein des centres d’hébergement. En plus, il faut les occuper, les jardins publics sont fermés.

Dans ce contexte, il est difficile pour les associations d’organiser l’isolement des personnes à risque. Pour les personnes positives au COVID-19, des centres de confinement doivent être ouverts dans chaque département. Plus généralement, les associations cherchent à “dédensifier” leur centre d’hébergement pour ralentir la propagation du virus, elles collaborent autant que faire se peut avec les CCAS.

La mise à l’abri des personnes vivant à la rue

Alors qu’elles sont à la limite de la rupture en termes de ressources humaines et confrontées au risque de circulation du virus à l’intérieur des centres d’hébergement, il est très difficile pour les associations d’envisager d’accueillir un plus grand nombre de personnes.

L’idée d’ouvrir des gymnases (notamment ceux prévus dans le cadre de la période hivernale) semble avoir été abandonnée par les pouvoirs publics car elle ne permet pas d’assurer un confinement satisfaisant des personnes. Le Ministère a annoncé l’utilisation de chambres d’hôtel supplémentaires, profitant de la baisse de la fréquentation touristique. En pratique il est compliqué de convaincre les hôteliers et le droit de réquisition des Préfets n’a toujours pas été utilisé. L’utilisation des places supplémentaires à l’hôtel pour mettre à l’abri de nouveaux publics rentre en concurrence avec l’enjeu de “dédensification” des centres d’hébergement cité précédemment. Enfin, reste à savoir comment les personnes à la rue vont être orientées vers ces chambres d’hôtel.

Propositions de mesures d’urgence que porte la FI :

  • Fourniture de masques chirurgicaux à tous les travailleurs sociaux en première ligne c’est à dire en contact avec le public (cela pose la question de la filière de production des masques, le manque d’anticipation du gouvernement et fait le lien avec les besoins des autres secteur professionnels qui doivent assurer leur activité en période de confinement)
  • Réquisition des chambres d’hôtel vides pour mettre à l’abri les personnes à la rue et sortir des centres d’hébergement les personnes vulnérables
  • Mobilisation des réservistes pour assurer la distribution de l’aide alimentaire
  • Réouverture des toilettes publiques (à Paris, c’est l’entreprise JC Decaux qui bénéficie de la délégation de service public qui a pris cette décision de manière unilatérale)
  • Accès aux fontaines d’eau potable

Article rédigé par le groupe thématique de lutte contre la pauvreté de La France insoumise. Vous aussi, rejoignez un groupe thématique.