Macronisme R.I.P. - édito de Charlotte Girard

dans Charlotte Girard, Éditos

Édito de Charlotte Girard publié le 20 mai 2019 dans l’Heure du peuple.

Dans la foulée de la proposition de 185 parlementaires de revenir sur la privatisation des Aéroports de Paris, le Conseil constitutionnel a autorisé la procédure de référendum d’initiative partagée. Le 9 mai dernier est donc devenu la date à partir de laquelle le pouvoir est maintenant tenu d’organiser le recueil des soutiens populaires à cette proposition. Ils ont un mois pour déclencher les opérations de recueil. Nous aurons ensuite 9 mois pour réunir 4 717 396 soutiens. Le format des soutiens sera vraisemblablement électronique. Une importante campagne s’ouvre.

C’est après les Européennes – que l’on espère cuisantes pour LREM – le moyen d’embrayer sur un thème idéal. Car le pouvoir ne va pas rester l’arme au pied. Le Conseil constitutionnel s’est déjà repris le 15 mai en validant le principe même de la privatisation d’ADP contenu dans la loi PACTE. L’exécutif s’apprête maintenant à nous assommer de nouveau avec les ignobles réformes des retraites, de la fonction publique et des institutions. Un pack 100 % antisocial !

La campagne du référendum d’initiative partagée est une contre-attaque bien sentie parce qu’il s’agit précisément sur le fond de rappeler notre attachement aux services publics en tant que patrimoine commun ; le contraire de la privatisation généralisée qui nous prive de tout. Le souvenir de la vente des autoroutes est encore frais et lourd de conséquences éprouvées quotidiennement pour beaucoup d’entre nous. C’est ensuite l’occasion pour tout le monde, sur les ronds-points ou ailleurs, d’apprendre et de mettre en œuvre un savoir-faire militant dont on va avoir besoin tant qu’ils seront au pouvoir. Ce sera enfin l’opportunité d’expliquer à quel point la constitution existante est défaillante et hostile au peuple. Car il apparaîtra aux yeux de tous que le RIP n’est pas le RIC dont beaucoup rêvent. Ce n’est qu’un semblant de démocratie directe.

Imaginez que non contents de mettre la barre à plus de 4 millions et demi de pétitions, si par miracle on la passe, la balle est alors à nouveau dans le camp des parlementaires qui pourront décider de réexaminer le texte. Dans ce cas, pas de référendum. Il suffit donc que l’Assemblée nationale qui est très majoritairement aux mains de Macron décide de réexaminer le texte pour que l’on enterre la consultation du peuple alors même que 4,7 millions d’électeurs l’auront demandé. De la même manière qu’en Europe, il n’y a pas de vote démocratique contre les traités ; en France, avec la constitution actuelle, il n’y a pas de vote démocratique contre une majorité présidentielle.

Difficile alors de ne pas voir que le degré d’exaspération et de détermination individuelles ne suffit pas pour renverser l’ordre établi. Il faut avoir de la suite dans les idées et viser la constitution elle-même. C’est ce que la campagne du RIP peut rendre évident en combinant volonté destituante et aspiration constituante du peuple.