Affaires Benalla : l’autoritarisme Macron sous toutes ses formes

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Il semblerait que les 1er mai ne réussissent pas au pouvoir macroniste… Déjà embourbé dans une histoire de « fake news » autour de la soi-disant  « attaque » de l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière, ce mercredi 1er mai marquait également le triste premier anniversaire de l’affaire Benalla. Plus précisément, de l’élément déclencheur qui aboutira aux multiples affaires autour du collaborateur d’Emmanuel Macron.

Les événements de la PlaContrescarpe (rebaptisée ironiquement « Place Benalla » ce mercredi) allaient révéler au grand jour le rôle trouble du personnage. D’abord lors de la manifestation, auprès des forces de l’ordre, mais pire encore, à l’Élysée, où l’ancien « garde du corps » du Président semblait disposer de missions et prérogatives extraordinaires.

Pour preuve, les différentes affaires qui vont suivre ce 1er mai 2018 (affaire du Jardin des Plantes, affaire du port d’arme irrégulier, affaire des passeports diplomatiques, affaires des contrats russes, …) vont mettre en lumière une véritable affaire d’État ; une faillite de l’appareil du pouvoir macronien, qui a usé et continue d’user de tout son autoritarisme pour étouffer ces affaires.

À tous les niveaux, des défaillances, mais surtout des fautes graves ont été commises pour protéger l’ex-collaborateur d’Emmanuel Macron. C’est ce qu’est venu confirmer le rapport de la commission d’enquête du Sénat remis le 20 février dernier. Ce dernier donne un éclairage sans appel sur la mise en place de l’autoritarisme Macron, sous toutes ses formes.

Des collaborateurs menteurs

En plus des différentes affaires dans lesquelles il est impliqué (voir plus haut), Benalla est soupçonné par la commission d’enquête du Sénat d’avoir menti sous serment sur : 

les motifs de sa demande de permis de port d’arme : une procédure « au caractère inédit et dérogatoire au droit commun » qui n’a aucune justification sérieuse sinon celle d’une protection rapprochée du Président. Mission qu’il a pourtant prétendu ne jamais avoir assurée. 

son rôle dans les contrats passés avec des oligarques russes : des révélations qui lient la société de Vincent Crase, également impliqué dans plusieurs des affaires, à l’oligarque Iskander Makhmudov via Benalla. Dans l’enregistrement de leur conversation publié par Mediapart le 31 janvier, Benalla et Crase y discutent du meilleur montage possible pour brouiller les pistes. Quelques jours plus tard, le patron de la société de sécurité Velours, utilisée comme sous-traitante, a affirmé que Benalla avait assisté à des réunions sur la négociation du contrat, au siège de LREM, alors qu’il était encore en poste à l’Élysée. Devant la commission, il a nié tout lien avec cette affaire.

l’utilisation de ses différents passeports dans le cadre d’activités soi-disant privées à l’étranger. Il a voyagé à de multiples reprises avec ces documents après le 1er août, alors qu’il avait assuré devant la commission les avoir remis à l’Élysée.

Alexandre Benalla muni d'un brassard "Police", le 1er mai 2018.

Une présidence de l'Elysée qui protège le barbouze Benalla

La présidence de la République n’a pris ses dispositions dans cette affaire que sous la contrainte des différentes révélations de la presse et des interpellations de l’opposition. Le groupe parlementaire de la France insoumise a multiplié les interventions dans l’hémicycle pour réclamer des éclaircissements et a également déposé une motion de censure. Sans ces pressions, Alexandre Benalla n’aurait subi qu’une pseudo-sanction avec une « mise à pied » qui ressemblait davantage à quinze jours de « congés payés ». 

Par ailleurs, la rétrogradation dont il a fait l’objet ne l’a pas empêché de continuer à participer régulièrement à plusieurs déplacements à l’extérieur du palais de l’Élysée et ses avantages ont perduré après l’affaire du 1er mai : véhicule siglé police ; un téléphone Teorem crypté alors qu’aucun autre membre de la chefferie de cabinet n’en possédait ; un appartement de fonction de 84 m² attribués après sa rétrogradation, un badge tout accès à l’Assemblée nationale, une habilitation secret-défense ; quatre passeports, soit plus que n’importe quel autre « collaborateur » de son rang…

Les rapporteurs du Sénat ont pointé lors de la remise de leur rapport le 20 février dernier la mauvaise volonté de la présidence dans la transmission d’informations. Ce qui les conduit « à penser que certains d’entre eux ont retenu une part significative de la vérité sur le périmètre des missions dont Alexandre Benalla avait réellement la charge »

Le doute persiste quant au rôle effectif de Benalla.

Jean-Luc Mélenchon, président du groupe parlementaire LFI, revient sur les différents mensonges autour de l’affaire Benalla

Un gouvernement qui cherche à étouffer les scandales

Alors que les faits du 1er mai auraient dû être signalés au parquet en vertu de l’article 40 du code de procédure pénale, le rapport des Sénateurs raconte comment l’Élysée, la Place Beauvau et la préfecture « se sont défaussés » les uns sur les autres, avec « un spectaculaire renvoi circulaire ».

Des ministres font pression sur la commission d’enquête au Sénat, dont Nicole Belloubet, ministre de la Justice, qui, le jour de l’audition de Benalla au Sénat intimait aux élu·e·s de ne pas empiéter sur le pouvoir judiciaire. Autres pressions avec les déclarations de Benjamin Griveaux  ou encore les appels téléphoniques au président du Sénat dénoncés par la commission d’enquête.

Enfin le célèbre « qu’ils viennent me chercher ! » de Macron, affirmant être fier d’avoir recruté Benalla n’a pas empêché un certain nombre de démissions notamment de Gérard Collomb ex-ministre de l’intérieur ou plus récemment d’Ismaël Emelien, conseiller de Macron, soupçonné d’avoir récupéré les bandes de vidéo-surveillance auprès de la Préfecture dans l’optique de protéger Benalla. Des départs qui témoignent des secousses en interne provoquées par les dossiers Benalla… 

Au point que la commission d’enquête pointe, en conclusion de son rapport, des « dysfonctionnements majeurs au sein des services de l’État, dont certains ont pu affecter non seulement la sécurité du Président de la République, mais également les intérêts de notre pays ».

Pourtant, un an après le début de cette affaire d’État, les premières sanctions se font toujours attendre. Autre constat inquiétant, le pouvoir macroniste semble déterminé à poursuivre dans sa lancée du 1er mai…