Après l’agression de deux Agents à la prison de Condé-Sur-Sarthe, la situation très dégradée de la Pénitentiaire

dans Espace des luttes

Le mardi 5 mars 2019, à la prison de Condé sur Sarthe, un détenu purgeant une longue peine a agressé deux surveillants à la faveur d’une visite en Unité de Vie Familiale.
Après l’agression, le détenu s’est retranché avec sa compagne dans l’UVF, le RAID est intervenu, l’a interpelé, cependant que sa compagne est décédée pendant l’assaut. Le détenu, incarcéré pour des faits de droit commun mais connu pour ses positions islamistes radicales, avait agressé les gardiens à l’aide d’un couteau à lame céramique, indétectable au portique de sécurité seulement conçu pour détecter les objets métalliques.
Il s’en est suivi un mouvement social massif dans une administration dont les agents, par statut, n’ont pas le droit de grève, et dès le lendemain, 18 établissements connaissaient des mouvements sociaux.

Cette agression violente, met en lumière sans doute quelques carences dans l’organisation des visites des détenus considérés comme les plus dangereux, ou les plus à risque (pas de fouilles des visiteurs, par exemple), mais ne doit pas être non plus l’arbre qui cache la forêt d’une situation extrêmement dégradée des conditions de travail des agents de la pénitentiaire.

En effet, les organisations syndicales (FO, majoritaire, CGT et UNSA) pointent toutes un manque cruel de moyens humains qui permettraient de développer l’ensemble du champ des missions des agents, qui ne se limite pas seulement à l’aspect « sécuritaire » de leur fonction, et comprend également tout l’aspect d’accompagnement à la réinsertion des détenu.e.s.


Les O.S. considèrent qu’il manque à ce jour environ 4 à 5000 agents (pour un corps d’environ 27000 fonctionnaires, dans 189 établissements) afin d’être au ratio nominal vs le nombre de place de prison en France à quoi s’ajoute la surpopulation carcérale (environ 40%). Au final c’est près de 30 % d’effectif manquant pour assurer la mission convenablement et assurer à la fois des conditions de travail dignes pour les agents et des conditions de détentions qui le soient également pour les détenus. Toutefois, il convient de ne pas simplifier trop l’image et ne pas la résumer seulement à une question d’effectifs. En effet, si les effectifs manquent ça n’est pas seulement du fait d’une gestion draconienne des personnels mais également de difficultés liées au statut des agents autant qu’à leurs conditions de travail.

Un agent de la pénitentiaire est embauché en catégorie C, il est élève, 6 mois, puis stagiaire 1 an, à 1442€/mois* net (hors effet de la mutuelle, et des heures sup). Avec 10 ans d’ancienneté il est payé 1627€/mois*, 20 ans 1899€/mois* (*grille 2019)…
À ce prix là, il a le droit d’avoir une altercation violente avec un détenu, voire de se faire agresser physiquement, en moyenne une fois par semaine, même si les chiffres officiels sont en dessous de ça (4000 agressions/an ; 1 prise d’otage/semaine).
Les recrutements se sont donc faits au fil des ans sur des niveaux de plus en plus bas et souffrent d’un énorme taux de démission dans les première années.
Etre mal payé pour se faire agresser et risquer sa vie, n’est l’idéal professionnel de personne.
Enfin, le sous effectif chronique, qui impose de se concentrer uniquement sur le sécuritaire, fait négliger tout le volet réinsertion, partie intégrante du métier. Ce volet commence avec l’instauration d’un véritable lien humain entre agents et détenus, ce que rendent impossible les conditions actuelles d’exercice du métier.
La question de l’effectif n’est donc pas qu’un sujet touchant aux agents, elle touche également les conditions de détentions et donc le sens de la peine de prison qui, si elle doit être une privation de liberté, ne doit pas être en plus une privation de dignité, des agents ni des détenus.

Dans ce contexte, la France Insoumise défend plusieurs points :

φ.Redonner une place centrale au surveillant : leurs missions en terme de sécurité mais aussi en terme de réinsertion ont augmentées depuis des années sans aucune reconnaissance. Pour le groupe de la France insoumise il faut conforter leur statut et leur traitement doit être réévalué en conséquence.

Et pour aller plus loin, les surveillants doivent pouvoir avoir un rôle actif dans la réinsertion en participant notamment aux instances d’orientation pour la définition des parcours d’exécution des peines en détention.

Passage pour tous les surveillants et les surveillantes en catégorie B. Passage pour tous les personnels du corps de commandement en catégorie A.

φ. φ. Conforter le rôle des conseillers – conseillères d’insertion et de probation : leurs fonctions ont également énormément évolué. Mais les effectifs sont toujours insuffisants.

φ. Le sens de la peine d’incarcération ne doit pas se limiter à du tout sécuritaire.

Tout doit concourir à la prévention de la récidive. Nous le savons après de nombreuses études, le tout carcéral ultra-sécuritaire augmente les violences et la récidive. Nous sommes résolument pour la baisse de la récidive et donc pour renforcer tout ce qui y concours.

φ. Remettre l’humain au cœur de la gestion des prisons.

Pour le groupe de la France insoumise il faut doter le service public pénitentiaire du nombre de fonctionnaires adéquat pour assurer ses missions de sécurité et de réinsertion.

Il faut 2 à 4000 postes supplémentaires de personnels pénitentiaires. L’annonce gouvernementale des 1 100 emplois supplémentaires, pour les quatre années à venir est insuffisante et montre leur méconnaissance du sujet : ces nouveaux postes ne couvrent pas les actuelles vacances de postes estimées à 1 500 emplois. Et ce chiffre ne tient pas compte de l’obsolescence des organigrammes de référence.

φ. S’agissant de la sécurité, le groupe de la France insoumise est conscient du climat de violences des conditions carcérales qui touchent les détenus et les personnels. Cette situation n’est acceptable pour personne.

On doit donner aux surveillants pénitentiaires des moyens de protection proportionnés aux profils des personnes concernées. Tout particulièrement pour les extractions judiciaires, il faut doter les personnels pénitentiaires comme l’était la Police et la gendarmerie, à la fois en termes de moyens humains et d’équipements.

Il faut une gestion spécifique des personnes détenues les plus violentes en prenant en compte les recommandations du contrôleur général des lieux de privation de liberté.

φ. Mettre en place un modèle de prison à taille humaine, tourné vers la réinsertion des personnes condamnées. Manière la plus efficace d’assurer les préventions de la récidive et qui permet donc d’assurer la mission de sécurité.

Contrairement à ce que prévoit le budget de a justice, nous sommes contre la construction de places supplémentaires de prison. Il est en revanche urgent de remplacer celles qui sont actuellement vétustes et indignes de notre République.
Pour nous un établissement pénitentiaire doit être une structure à dimension humaine, située dans un bassin d’emploi et de population afin de correspondre au mieux aux objectifs de réinsertion. Il ne faut pas de grands établissements-usines, qui sont in-sécurisants pour les personnels comme les personnes détenues.

φ. Enfin, donner la priorité aux mesures alternatives à l’emprisonnement en leur donnant un sens.

Des moyens sont nécessaires pour que les conseillers d’insertion et de probation effectuent le meilleur suivi possible en milieu libre. Que ce soit une mesure de surveillance électronique, une libération conditionnelle, un placement à l’extérieur, etc. , Il faut de l’humain pour pouvoir suivre les personnes condamnées. Il ne s’agit plus de faire de la gestion de flux, mais au contraire de faire exister le principe d’individualisation des peines.

D’autres en Europe, ont réussi à baisser drastiquement la population carcérale (Pays-Bas), et en sont aujourd’hui à chercher à louer/vendre leur anciens sites pénitentiaires, alors qu’en parallèle la criminalité recule. C’est donc qu’une autre politique pénale est possible et qui permettrait de répondre favorablement aux revendications des Agents de la Pénitentiaire, tout en étant bénéfique pour l’intérêt général. Or, à ce stade, la réponse de Madame BELLOUBET, c’est pas plus de moyens pour les agents mais des constructions de prisons au profit de… BOUYGUES, VINCI, ou EIFFAGE !

Enfin, l’équipe de l’Espace des Luttes LFI a rendu visite aux O.S. de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis le jeudi 14 mars, en compagnie de la Députée Insoumise Mathilde PANOT qui a demandé à visiter inopinément l’établissement. Pendant sa visite nous avons échangé longuement avec les représentants des O.S. et également au retour de Mathilde PANOT.

Pour l’Espace des Luttes,
Guillaume Quintin