Le bio fait les frais de l’hypocrisie gouvernementale

dans Actualités, Éditos, Laurence Lyonnais

Edito de Laurence Lyonnais, candidate aux élections européennes, publié dans « La lettre Agriculture et Alimentation de la France insoumise » numéro 11 de novembre 2018.

Deux tiers des agriculteurs-trices bio attendent toujours le versement de leurs aides de 2016 :
« Tous les versements sont en retard, détaille Dominique Marion de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab). Entre 25 000 et 27 000 agriculteurs sont impactés par ces retards, les plus fragiles sont ceux qui sont en période de conversion. »

En cause, un pseudo bug informatique dû à l’incompatibilité du logiciel de références cadastrales
entre l’Etat français et la commission européenne. Curieusement, le bug n’affecte que les mesures environnementales, les aides traditionnelles aux agricultures conventionnelles ayant elles été
versées à 99% !!

La situation s’avère dramatique pour des petites fermes en conversion ou en situation de trésorerie précaire, la plupart ont dû contracter des prêts à court terme ou des avances remboursables
pour survivre. Autant de démarches administratives lourdes tant pour les agriculteurs que les agents en charge de ces demandes – en sous effectif et en contrat à durée déterminée…
un vrai magma bureaucratique ! Les organismes gestionnaires de contrats Natura 2000 pour les sites naturels remarquables, assortis de mesures agro-environnementales, sont également impactés.

Il faut aussi ajouter que non seulement les montants d’aide ont baissé mais encore l’aide au
maintien à l’agriculture bio a été supprimée pour la part nationale du FEADER.

L’hypocrisie est donc totale et doit être dénoncée, surtout quand le gouvernement se fait fort d’avancer l’objectif de 20% d’agriculture bio dans les cantines en 2022 !

Pourtant, soutenir massivement et avec détermination l’agriculture agro-biologique est une
nécessité pour le climat, les sols, l’eau, la biodiversité et la qualité de l’alimentation.

D’ailleurs, une étude menée sur un groupe de près de 70.000 personnes et publiée le 22 octobre
dernier, a montré une diminution de 25% du risque de cancer chez les consommateurs « réguliers » d’aliments bio, par rapport aux personnes qui en consomment moins souvent. Malgré toute la prudence avec laquelle l’équipe INRA-INSERM a annoncé ces résultats (« Bien que le lien de cause à effet ne puisse être établi sur la base de cette seule étude(…) ») les chiens de garde de l’industrie
des pesticides sont montés au créneau contre les résultats de ce travail.

Montrer des effets positifs ou négatif de l’alimentation sur la santé est certes une tâche délicate
car on peut facilement confondre l’effet de l’alimentation avec d’autres facteurs (âge, hygiène de vie, etc.). Dans cette étude, les risques de confusion ont été réduits au maximum.

Deux hypothèses pour expliquer ces bienfaits du bio : des teneurs plus élevées en micronutriments
bénéfiques pour la santé dans les aliments bio d’une part, des résidus de pesticides dans les aliments issus d’une agriculture conventionnelle d’autre part. Rien de très étonnant, et on
comprend d’autant mieux le déchaînement des sbires de l’industrie des pesticides, que l’on a
par ailleurs jamais vu exiger des études pour mesurer les effets sur la santé de l’exposition de la
population aux cocktails de pesticides…

Pour en savoir plus :
La lettre Agriculture et Alimentation de la France insoumise est préparée par l’équipe thématique Agriculture et Alimentation.
– Retrouvez toutes les informations du livret Agriculture et Alimentation
– Télécharger la lettre Agriculture et Alimentation de la France insoumise n°11