ENQUÊTE PUBLIQUE - NOUS NOUS OPPOSONS AU PROJET D’INCINÉRATEUR D’IVRY-PARIS XIII

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Le texte ci-dessous est la contribution des élu·e·s insoumis·es d’Ivry-sur-Seine à l’enquête publique sur l’incinérateur d’Ivry-Paris XIII.

Mathilde Panot, députée du Val-de-Marne

Ali Riza Algul et Mourad Tagzout, conseillers municipaux d’Ivry-sur-Seine

 

La France insoumise est opposée au projet d’incinérateur prévu à Ivry-sur-Seine. Nous tenons à présenter les raisons principales qui motivent notre opposition au projet.

1. Un grand projet inutile

Tout d’abord, lorsqu’il s’agit d’un investissement de 2 milliards d’euros, il est légitime de s’interroger sur la pertinence réelle du projet. Lorsque les principaux bénéficiaires de l’investissement se trouvent être Vinci et Suez, la vigilance citoyenne que nous incarnons doit être redoublée.

a. Surdimensionnement

Le projet Ivry-Paris XIII est clairement surdimensionné. Il est prévu d’y traiter 350 000 tonnes annuelles de déchets. La diminution du tonnage en comparaison de celui prévu au début projet n’est en réalité qu’un trompe l’oeil, l’usine de tri prévu pour traiter une partie des déchets devant reverser une partie de ses déchets à l’incinérateur. Il est important de noter que ce changement en trompe-l’oeil intervient en dépit d’une diminution effective des déchets potentiels à traiter. Cette absence de capacité d’adaptation est liée à la nature même du projet : cette usine, du fait de son importance, serait la première d’Europe en tonnage, et la seule de France en milieu urbain dense. Le biais impliqué par un tel surdimensionnement est dommageable : en effet, il risque de mener à un transport de déchets venus de loin afin de pouvoir la faire fonctionner de façon optimale. C’est un contresens écologique (2, a).

b. La sensibilisation et le tri, les grands absents du projet

L’action publique suppose toujours d’examiner avec attention le coût d’opportunité d’un investissement. En d’autres termes, les deux milliards prévus pour ce projet pourraient être investis autrement. En matière de traitement des déchets, et pour continuer la trajectoire souhaitable d’une diminution du tonnage, il faudrait en effet investir massivement dans des politiques de sensibilisation visant à la réduction des déchets, ainsi qu’à une pratique plus systématique de leur tri. L’utilité publique d’un tel investissement paraît de fait plus adapté aux enjeux que pose aujourd’hui la question des déchets. Le projet, outre qu’il soit surdimensionné, est également mal dimensionné aux enjeux contemporains relatifs au traitement des déchets.

Le fait que le projet se situe en zone inondable, en cas de crue de la Seine, en renforce l’archaïsme : à l’âge du changement climatique, il faut plus que jamais intégrer ce type de risques.

Nous précisons également que l’autorisation d’installation des usines est une compétence exclusive de l’Etat par l’entremise du préfet. Il n’est donc pas question que le gouvernement s’en remette à la région pour se défausser de ce problème épineux.

2. Un projet dépassé et archaïque

Il faut à ce stade expliciter ce que nous entendons par la contemporanéité de ces enjeux, et le renouvellement nécessaire de notre approche de la question.

a. Le traitement d’hier

Pour ce qui est des déchets, l’approche archaïque du projet est à considérer à partir de sa formulation originelle : conçu au début des années 2000, il n’a depuis presque pas évolué. Cependant, l’enjeu écologique aurait pu provoquer une modification de la perception de ce problème. De fait, le projet entre clairement en contradiction avec les objectifs fixés par la loi pour la transition énergétique de 2015, qui prévoit que les biodéchets doivent être tous triés à la source à horizon 2025. Le projet Ivry-Paris XII se fonde sur des prévisions contraires à la loi. En lui-même, il pose donc un problème de cohérence des politiques publiques. L’autorité environnementale l’a fait clairement savoir dans son avis datant du 21 mars 2018. Elle « recommande au maître d’ouvrage de réexaminer la pertinence, au sein de l’unité de valorisation organique, de l’installation de traitement des ordures ménagères résiduelles au regard des dispositions de la loi pour la transition énergétique et la croissance verte visant la réduction des volumes d’ordures ménagères résiduelles à traiter et la mise en place d’un tri à la source des biodéchets ».

b. L’horizon pour demain

Le tri à la source constitue, pour le Syctom, « un objectif inatteignable ». En soi, c’est une négation de la loi elle-même, qui considère cet objectif comme souhaitable et possible. La production toujours plus importante de déchets est un mal profond pour nos sociétés, comme le continent en plastique à la dérive sur nos océans le montre assez. Nous devons poser un nouvel horizon de société, où le suremballage est pénalisé, le recyclage encouragé et le tri systématique. C’est d’ailleurs la perspective politique posée par la feuille de route relative à l’économie circulaire rendue publique par le ministère de la transition écologique et solidaire en avril 2018. Entre autres, le vingt-troisième objectif pose qu’il faut « faciliter le déploiement du tri à la source par les collectivités des biodéchets ». Face au projet Syctom, nous défendons le projet B’OM, dont l’ambition est la réduction des ordures ménagères et la construction d’une alternative au projet Ivry-Paris XIII.

Contrairement aux détracteurs de ce projet citoyen, nous ne considérons pas ce projet comme particulièrement radical : il ne questionne pas l’existence des incinérateurs de Saint-Ouen ou d’Issy-les-Moulineaux. Il pose une alternative au projet archaïque de l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine. Il permet d’envisager des perspectives politiques concrètes à partir d’une alternative concrète.

Nous soutenons pleinement les douze actions envisagées par ce plan : communication du programme d’actions, collecte séparée des biodéchets à horizon 2023, création d’un service d’accompagnement des gros producteurs de biodéchets, campagne anti-gaspillage alimentaire, hotline SOS compost, opération zéro papier gaspillé au bureau, relance et contrôle de l’application stop pub, mise en place d’un dispositif spécifique pour la collecte du carton, plan de diffusion des consignes de tri, tri sur l’espace public, point de collecte du textile pour 3000 habitants, faire découvrir les alternatives au textiles sanitaires jetables, création d’une SCIC pour le développement du réemploi et de la réparation.

C’est une opportunité immense pour le pays que d’envisager la question des déchets par le réemploi au lieu de l’incinération : le réemploi implique 300 emplois pour 10 000 tonnes de déchets, alors que l’incinération ne permet l’embauche que de 3 personnes pour la même quantité.

Nous défendons l’adoption d’une loi zéro déchet fondée sur quatre principes : la réduction de la production de déchets, ce qui suppose d’encadrer les producteurs, le réemploi, le recyclage et la réhabilitation des sites pollués. Pour partie, nous partageons les objectifs de la feuille de route proposée par la ministre : nous tenons à rappeler qu’il y a contradiction entre cet horizon posé au sommet de l’Etat et le projet Ivry-Paris XIII.

Il est préférable de construire le zéro déchet pour demain, autour d’un horizon commun, celui d’une société plus réaliste et raisonnable dans son rapport à ce qu’elle produit.

3. La pollution, toujours pour les villes populaires !

a. La pollution liée à l’incinérateur

Un incinérateur pose toujours des problèmes de pollution, singulièrement du fait des dioxines bromées qui sont reconnues par l’OMS comme cancérigènes, même si elles sont émises à de très faibles doses. Le revenu médian d’Ivry-sur-Seine était de 17 344 euros par an par unité de consommation, soit 1445 euros par mois par unité de consommation, plus de 200 euros par mois de moins que le revenu médian au niveau national. A Neuilly-sur-Seine, commune légèrement plus grande et beaucoup plus riche, le revenu médian, à la même année, était de 42 765 euros par an par unité de consommation, soit 3564 euros par mois par unité de consommation, plus de 2000 euros de plus qu’à Ivry-sur-Seine. Nous regrettons que, toujours, le choix de projets polluants mettant en danger la santé des habitants se dirige vers les plus pauvres de la communauté nationale. Non que nous voudrions que les habitants de Neuilly-sur-Seine soient rendus malades par la proximité d’un incinérateur mais plutôt que de délocaliser la pollution dans les villes populaires, il faut agir collectivement pour diminuer cette pollution, d’autant plus pour un projet inutile.

b. Miser sur l’absence de résistance : un pari cynique éprouvé

Et pour cause : la stratégie de s’en prendre aux plus faibles, sur des territoires où le foncier est nécessairement moins cher, est éprouvée. Le présent projet auquel nous nous opposons n’est pas le premier de la sorte, loin s’en faut. Le pari sous-jacent est l’absence de mobilisation face à un sujet qui semble très technique de prime abord ; il faut toutefois noter que ce pari n’a pas fonctionné. Le collectif 3R ainsi que Zero Waste France se sont emparés du sujet. Nous contribuons quant à nous à construire une mobilisation citoyenne fondée sur une proposition alternative : celle d’une société où recyclage et réemploi sont les mots d’ordre premiers en matière de traitement des déchets. Nous continuons à participer aux débats relatifs à l’incinérateur, par la présente contribution et toutes les voies institutionnelles qui nous seront proposées. Nous souhaitons également que les citoyens s’emparent du sujet et que soit posée la question éminemment sociale sous-tendue par le projet : pourquoi est-ce toujours aux pauvres de payer de leur santé les projets inutiles et dangereux des puissants ?

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