Espagne–Portugal : Au foot comme dans l’Union Européenne, ce n’est pas toujours l’Allemagne qui gagne !

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Tout au long de la compétition retrouvez les analyses « politico-tactiques » de La France insoumise sur les matchs de l’équipe de France mais aussi sur une sélection de rencontres alléchantes…

Espagne-Portugal, c’est la première belle affiche de ce mondial. Ces deux pays font naître les espoirs de duels acharnés entre les plus grands joueurs du moment : Ramos, Iniesta, Isco d’un côté, Ronaldo, Guedes, B. Silva de l’autre.

C’est aussi d’Espagne et du Portugal que sont nés les espoirs d’une Europe au service des peuples. A Lisbonne le 12 avril dernier, les représentant·e·s du mouvement espagnol Podemos, du Bloco de Esquerda portugais et de la France insoumise ont signé une déclaration commune. « Maintenant le peuple ! Pour une révolution citoyenne en Europe » acte la création d’un mouvement politique européen amené à s’élargir. Justice sociale, écologie et droits humains sont ses priorités.

Dans ces deux pays de football, la ferveur pour le ballon rond est au moins aussi puissante que le bouillonnement politique en cours.

En Espagne, le dégagisme frappe de tous côtés : Julen Lopetegui, sélectionneur de l’équipe nationale, a été viré de son poste la veille du début de la Coupe du monde. Dix jours plus tôt, c’est le Premier ministre de droite du pays, Mariano Rajoy, qui avait été destitué par une motion de censure à l’initiative des socialistes.

En virant son sélectionneur, la fédération espagnole n’a en fait rien changé : l’encadrement et surtout les joueurs ne changent pas. Ils connaissent par cœur les recettes pour mettre à mal les défenses adverses et protéger leur cage.

Le remplacement de Mariano Rajoy par le socialiste Pedro Sanchez fonctionne de la même manière. Le nouveau gouvernement des socialistes est libéral, austéritaire, soumis aux politiques désastreuses décrétées par Bruxelles. Il représente un dégagisme vide, un passement de jambes suivi d’une frappe hors du cadre. L’homme change, pas les recettes.

Sauf que pour le foot, les recettes marchent : Lopetegui a entraîné l’Espagne pendant 20 matchs, 14 victoires, 6 nuls, aucune défaite ! On ne peut pas en dire autant des recettes économiques successives des gouvernements espagnols : 17 % de chômage, 32 % de chômage des jeunes, 28 % de la population au bord de la pauvreté…

Des recettes libérales qui ont aussi écrasé le Portugal entre 2011 et 2015 sous l’égide la Troïka (Fonds monétaire international, Commission européenne et Banque centrale européenne). Le salaire minimum, les salaires des fonctionnaires et les pensions de retraites ont diminué, les privatisations ont été engagées et les services publics y ont été laissés à l’abandon. Conséquence de cette cure d’austérité : un pays plongé dans la récession. Depuis 2015 néanmoins, refusant les injonctions de la Troïka, une politique de relance (modérée) a été mise en œuvre sous la pression populaire. Elle a permis au pays de se redresser, voyant le taux de chômage diminué de moitié et la dette divisée par trois. En 2017, sa croissance a été à son plus haut niveau depuis l’année 2000, alors même qu’elle était au niveau catastrophique de -4% en 2012.

En écrasant leurs peuples sous des réformes injustes, les élites espagnoles et portugaises l’ont réveillé. De la révolte de ces peuples sont nées des forces populaires puissantes : Podemos comme le Bloco pointent à la 3ème place des dernières échéances électorales dans leur pays respectifs.

Cet été au mondial et dans les urnes en 2019, il faudra compter sur les Portugais et les Espagnols pour montrer qu’au foot comme dans l’UE, l’Allemagne ne gagne pas toujours.