Au G7, la zizanie du libre-échange

dans À la une, Assemblée nationale, Bastien Lachaud

Le dernier sommet du G7, qui avait lieu ce week-end au Canada, s’est fini sur un coup d’éclat de Donald Trump. Alors que les discussions avaient abouti à une déclaration commune des participant·e·s, le maniaque qui préside les États-Unis a saisi l’occasion d’une phrase un peu acide de Justin Trudeau pour tout envoyer balader.

Comme d’habitude, cette gesticulation de l’espèce d’Ubu roi qui gouverne outre-Atlantique suscite des commentaires effrayés dans la presse française ; comme d’habitude encore, les éditorialistes trouvent là l’occasion de faire par contraste un portrait flatteur d’Emmanuel Macron. Comme d’habitude, il faut aller au-delà des apparences pour saisir la situation.

Le G7 est une structure qui permet aux sept pays anciennement les plus riches de la planète, alliés des USA, de se mettre d’accord sur à peu près tout, sur le dos du reste de la planète. Notons que la Chine elle-même n’en est pas membre… En vertu de quel principe les décisions prises par 7 pays devraient-elles engager toute l’humanité ? Par l’application assez brutale de la loi du plus fort par un tout petit club de pays riches.

Que le G7 échoue n’est pas en soi une mauvaise chose, cette « institution » est néfaste. C’est le rôle de l’ONU de représenter la communauté internationale ; c’est la seule instance qui soit légitime, aussi imparfaite soit-elle, pour prendre des décisions éventuellement applicables à tous.

Sur le « caprice » de Trump. Le fond de l’affaire, c’est le déclin de la puissance étasunienne : sa chute est inéluctable. Mécaniquement, du fait de sa taille et de l’élévation du niveau d’instruction et d’industrialisation, la Chine est en train de se hisser au premier rang des puissances du monde. Les Etats-Unis ne pourront bientôt plus imposer leur loi au monde entier ; une fois la déconfiture entamée, la chute emportera tout ou presque.

En attendant, la grosse bête remue encore et ne veut rien lâcher. Dans la grande compétition du capitalisme mondial, les Etats-Unis cherchent donc à enrayer l’ascension des puissances rivales et en particulier de la Chine. La prospérité de celle-ci repose en très grande partie sur sa politique d’exportation. Comme on sait, des milliers d’entreprises multinationales y ont délocalisé leurs usines en laissant derrière elles le chaos du chômage de masse. En agissant de cette façon, les grands groupes ont scié la branche sur laquelle les États-Unis étaient assis : le pays s’est vidé de ses usines, le chômage sévit partout dans les anciens poumons industriels. Pour s’attacher le vote des « perdants de la mondialisation », Trump a promis de revenir sur le libre-échange qui a asphyxié l’économie. Aujourd’hui, il est face à un dilemme : il doit servir les intérêts des gros capitalistes américains qui ont payé pour son élection impliquent de préserver le libre-échange ; le problème est que sauver la superpuissance étasunienne, qui est aussi une condition de l’enrichissement des même gros capitalistes, implique d’en finir avec le libre-échange. Si bien qu’arrivé au G7, Trump a fait deux propositions absolument contradictoires : généraliser les tarifs douaniers sur les matières premières ou bien faire du G7 une zone de libre-échange absolue. Bien entendu, aucune des deux n’est acceptable et Trump le sait bien. Le seul moyen qu’il a trouvé pour garder à son pays sa position dominante a été de précipiter une crise, peu importe sa nature.

Cette crise aura au moins le mérite de mettre en lumière les vrais mérites de la diplomatie d’Emmanuel Macron. On se souvient des mises en scène pour montrer une relation spéciale entre Trump et lui. En réalité, la stratégie de la cajolerie, qu’il a adoptée dès le début avec tous les chefs d’État est un échec. Pour une raison simple : Macron croit à sa propre propagande ! Il croit à son génie et à sa capacité à séduire. Il croit surtout que ses convictions sont les seules valables ! C’est une caractéristique de la pensée technocratique : il considère que celles et ceux qui sont en désaccord sont simplement irrationnels. Il n’abandonne pas le mépris qu’il montre en France à l’égard de tou·te·s les opposant·e·s, politiques ou syndicaux, quand il discute avec les dirigeant·e·s du G7. Il ne s’est pas débarrassé non plus de l’illusion européiste qui l’amène à oublier systématiquement l’intérêt de la France dès lors que l’intérêt d’autres États européens sont en jeu. C’est donc comme cela que Merkel se retrouve à reprendre la direction des opérations lorsqu’il s’agit de refuser le protectionnisme violent, « à la hussarde », défendu par Trump. L’hégémonie allemande en Europe repose sur l’exportation massive de produits industriels, en particulier d’automobiles. L’instauration de tarifs douaniers, c’est l’asphyxie pour ce modèle politico-économique, qui garantit à la bourgeoisie allemande de régner sur toute l’Europe. Voilà pourquoi la chancelière se contente d’opposer un refus pur et simple. Au lieu de profiter de l’occasion, Macron ne dit rien et ne propose rien.

Pourtant, il faudrait de toute urgence des discussions apaisées, rationnelles pour instaurer le protectionnisme solidaire indispensable à des relations commerciales harmonieuses et au maintien de la paix.

Le moment est périlleux : le libre-échangisme est en bout de course ; le désastre est peut-être enfin arrivé à son terme et le règne de la concurrence généralisée pourrait faire de même. Mais cela risque d’occasionner des tensions et aboutir même à des conflits très graves. La mondialisation libérale est un désordre permanent.

Surtout, remettre à plus tard l’instauration d’un ordre protectionniste international est une grave erreur écologique. Le réchauffement climatique a atteint un seuil critique ; il ne permet plus d’attendre. Laisser en place un système où les marchandises font plusieurs fois le tour de la terre avant d’arriver au consommateur est une aberration et un véritable crime contre la nature et les espèces vivantes qui peuplent la terre. Pourtant, bien décidé à continuer à faire de grands discours, Emmanuel Macron n’a toujours pas décidé à œuvrer sérieusement pour la préservation de la vie sur terre. La zizanie du libre-échange continue.