Rapport visite de prison – Centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers, 15 décembre 2017

Vendredi 15 janvier, j’ai visité le Centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers. Voici mon rapport :

 

Situation générale des prisons en France au 1er novembre 2017

  • 69 300 personnes incarcérées
  • Taux d’occupation de 120 % en moyenne
  • 1 473 matelas au sol recensés
  • Multiples condamnations de la France pour l’état de ses prisons : la justice française a considéré 31 établissements pénitentiaires comme exposant les personnes détenues à des traitements inhumains ou dégradants. La Cour européenne des droits de l’homme a condamné 17 fois la France pour les conditions de détentions.

 

Centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers

  • Ouverture en 2004, établissement à « gestion déléguée » avec un partenaire privé responsable de la maintenance du site, la restauration, la formation professionnelle pour les personnes détenues, etc.
  • 1 maison arrêt prévenu
  • 1 maison arrêt détenu
  • 1 centre de détention
  • 1 quartier « nouveau concept » qui n’a pas été visité
  • Capacité de 640 places

 

Une surpopulation carcérale chronique

  • En 40 ans, le nombre de personnes détenues a été multiplié par 2,3 passant de 29 482 en 1977 à plus de 69 000 en 2017 selon Observatoire international des prisons
  • Taux d’occupation au centre pénitentiaire de Meaux de plus de 200 % (210 % la semaine précédant la visite) avec en moyenne 1 000 détenus pour 640 places. Cette surpopulation carcérale touche les deux maisons d’arrêt.
  • En 2009, les cellules prévues pour une personne ont été doublées (lits superposés) voire triplées (lit rabattable). Mais cela n’a pas suffi et 90 personnes incarcérées dorment sur un matelas au sol.
  • Cette surpopulation, en plus de ne pas respecter la dignité des personnes déjà punies par une privation de liberté (les toilettes dans des cellules individuelles à la base mais occupées de fait par 3 à 4 personnes n’ont pas de porte par exemple), crée, du fait de la promiscuité, un environnement tendu, des problèmes d’hygiènes et de sécurité.

➡️ Entre janvier et novembre 2017 : 315 comptes rendus d’incidents pour injures ou agressions

 

Un manque de moyens humains criant

  • Les effectifs sont même en baisse malgré l’augmentation du nombre de détenus, sans compter la multiplication des missions. La CGT Pénitentiaire de Meaux a d’ailleurs alerté Madame la Ministre sur ce sujet par une lettre du 13 novembre 2017, jusqu’ici sans réponse.
  • Effectif moyen de 230 surveillants → manque 30 personnels
  • Fatigue physique et morale qui épuise les personnels avec parfois 40, 50 voire 60 heures par semaine et des heures supplémentaires très fréquentes au-delà des 108h/trimestre qui restent souvent non payées.

« Lorsque je suis du matin, je travaille de 7h à 13h. Il arrive souvent qu’on vous demande de faire des heures supplémentaires la veille pour le lendemain voire qu’on me demande à 12h45 de rester l’après-midi jusqu’à 19h » - un surveillant

« Les personnels sont en souffrance, nous avons beaucoup d’arrêt maladie ce qui aggrave notre problème de sous-effectif » - la directrice adjointe

« Lorsque je suis seul à l’étage, j’ai la charge de 120 personnes détenues. J’ai calculé par rapport à mon temps de travail, cela me laisse 20 secondes par personnes ! » - un surveillant

  • Lors des visites de cellules, nous rencontrons une personne incarcérée qui vivait auparavant à la rue. Cette personne a des grandes difficultés d’hygiène, sa cellule sent donc l’urine et des mouches y séjournent même en hiver. La directrice adjointe a demandé à avoir une auxiliaire de vie car les surveillant·e·s ne sont pas assez nombreux pour aider cette personne. Aucun poste d’auxiliaire de vie n’a été débloqué jusqu’à aujourd’hui, laissant cette personne dans une indignité complète.
  • Le manque d’effectif met aussi en danger la sécurité : plus de fouilles systématiques ce qui empêche de contrôler les objets qui circulent en détention et le surencombrement empêche de faire du renseignement sur l’éventuelle radicalisation de détenus.

 

Un métier de surveillant sous valorisé

  • Au centre pénitentiaire de Meaux : près de la moitié du personnel a moins d’un an d’ancienneté
  • Sur une promotion de 28 surveillants formés, 15 sont déjà partis
  • Salaires très peu attractif : 1466 euros brut à la sortie d’école

« Il faut une revalorisation salariale, pour rendre attractif ce métier à forte pénibilité » directrice adjointe

  • Les personnels pénitentiaires d’Ile‑de‑France perçoivent une indemnité de résidence à 3% alors qu’au centre pénitentiaire de Meaux elle n’est que de 1%. Or bien souvent les surveillant·e·s ne sont pas francilien·ne·s et ont énormément de problèmes pour se loger.
  • Pourtant, ce métier s’exerce dans des conditions fortes de pénibilité : insultes, agressions, bruit, métier mal perçu dans l’opinion publique, rythme de travail très élevé…

« Pour l’instant malgré le problème de personnels et la surpopulation ça tient grâce à l’engagement du personnel, mais jusqu’à quand ? » directrice adjointe

 

« Certaines personnes n’ont rien à faire ici » un surveillant

« Plus d’un gros quart des détenus présentent des troubles et des maladies psychiatriques graves. » et ces personnes « relèveraient de l’hospitalisation et non pas de la détention » - François Bès, coordinateur de l’Observatoire international des prisons, août 2017

  • Depuis 6 mois, le centre pénitentiaire a une psychologue PEP et la directrice adjointe pointe que des suspensions de peine du fait d’incompatibilité médicale sont un peu plus fréquemment prononcées. Mais cela a concerné seulement 3 ou 4 personnes cette année ce qui est très loin de l’enjeu rencontré.

 

« Le tout prison est une aberration » la directrice adjointe

« La prison ne résout rien », « Une détention sans incident, ça n’existe pas » directrice adjointe

  • Nécessité de développer les alternatives à la prison aujourd’hui sous-utilisées : travaux d’intérêt général, sursis avec mise à l’épreuve, assignation à résidence avec surveillance électronique, contrôle judiciaire ou encore la contrainte pénale.
  • Comme le note l’Observatoire international des prisons sur son site : « le risque de récidive est très élevé après une condamnation à de la prison ferme : 63 % des personnes condamnées à une peine de prison ferme sont réincarcérées dans les cinq ans. Le ministère de la Justice lui-même soulevait en 2014 que « la récidive est toujours moindre après des sanctions non carcérales ». »
  • De plus, le manque d’effectif empêche de travailler réellement à la réinsertion des personnes. « Quand on parle de réinsertion, ça commence par une vie décente » directrice adjointe
  • Du fait de la surpopulation, toutes les personnes détenues ne peuvent pas accéder au travail, aux activités sportives, etc.

 

La promesse de créer 15 000 places de prison d’Emmanuel Macron ?

  • Créer 15 000 places de prison pour la France insoumise est une non-solution car elle ne s’attaque pas aux racines du problème. Le développement des peines alternatives serait notamment une solution.
  • Comme le souligne la directrice adjointe, il faut avoir des prisons à taille humaine : jusqu’à 500 personnes détenues maximum, sinon la prison se déshumanise complètement.

 

Les propositions de la France Insoumise : Humaniser et rendre plus efficaces les peines prononcées

  • Donner des moyens humains et financiers supplémentaires à l’administration pénitentiaire
  • Priorité donnée aux mesures alternatives à l’emprisonnement et aux services pénitentiaires d’insertion et de probation en charge de leur suivi. Nous leur permettrons de faire un travail moins administratif et plus en lien avec les services sociaux de droit commun.
  • Garantie du respect des droits des personnes détenues par le développement du budget « réinsertion » de l’administration pénitentiaire, l’engagement de travaux urgents de lutte contre l’insalubrité, la mise en place d’un numerus clausus comme mesure transitoire, le respect du droit à l’encellulement individuel, la mise en place de bureaux de vote dans les établissements, le respect du droit du travail pour les détenus.
  • Abolition de la rétention de sûreté, qui consiste à placer un criminel dans un centre de sûreté après sa peine de prison sur la base d’un supposé « risque » de dangerosité

 

➡️ Toutes nos propositions sont à retrouver sur : https://​avenirencommun​.fr/​l​e​-​l​i​v​r​e​t​-​j​u​s​t​i​ce/

 

Remerciements aux syndicalistes de la section CGT Pénitentiaire de Meaux et à la directrice adjointe pour cette visite de 3h30.