Synthèse de la boîte à idées « Quelles campagnes et quels thèmes d’actions pour la France insoumise ? »

dans Convention 2017

Plus de 1300 contributions ont été postées par les insoumis·e·s pour la thématique « Quels thèmes de campagne pour la France insoumise ? ». Une équipe de huit rapporteurs·rices les a étudiées attentivement pour en extraire cette synthèse thématique. Beaucoup de contributions, en évoquant les thèmes des campagnes à mener, mentionnaient aussi les formes les plus pertinentes pour faire vivre ces contenus. C’est donc sans surprise que certains axes de cette synthèse recoupent ceux de la partie « Quels moyens d’action ? » de la boîte à idées.

Dans leur ensemble, les contributions dessinent un large tableau d’actions concrètes et offensives, qu’elles soient locales ou nationales mais proches du quotidien des citoyen·nes que nous devons convaincre. En prenant un peu de recul, c’est une véritable nouvelle société qui s’esquisse, en alternative au monde de pauvreté, de précarité, de conflits et de catastrophe écologique qui nous est offert.

De quoi devons-nous parler ?

I) Faire vivre le programme l’Avenir en commun en le reliant à l’actualité

Le programme est considéré comme un socle solide sur lequel construire l’action de la France insoumise dans les années à venir, et les thèmes principaux de l’Avenir en commun reviennent dans la majorité des contributions. Les campagnes proposées montrent toutefois l’importance d’ancrer les thématiques du programme dans le quotidien des gens. L’objectif est ainsi de montrer comment serait la France gouvernée par la France insoumise, en marquant l’opposition avec la politique d’Emmanuel Macron. Beaucoup de contributeurs·trices ont à cœur de rappeler la précision et la cohérence du programme de la France insoumise tout en soulignant qu’il y a à convaincre de la crédibilité de nos propositions.

1) L’urgence écologique

C’est l’un des thèmes les plus récurrents dans les contributions, avec beaucoup de diversité dans les axes d’action proposés. Plusieurs contributions parlent de la nécessité de rappeler, sans catastrophisme mais avec lucidité, des dangers auxquels notre écosystème fait face à court terme.

Des insoumis​.es insistent sur la nécessité de s’associer aux luttes contre les grands projets inutiles ou éco-incompatibles (comme par exemple Notre-Dame des Landes, Bure, Europacity, etc.) qui portent atteinte aux écosystèmes déjà fragilisés par le réchauffement climatique.

L’énergie est un second axe fréquemment évoqué, avec le besoin de mener campagne pour la sortie du nucléaire et la promotion d’énergies écologiques alternatives. La défense des biens communs prend également une belle place dans les priorités des contributeurs·trices, notamment la lutte contre la délégation des services publics de l’eau et la protection des forêts.

La thématique de l’agriculture revient fréquemment avec des propositions de campagne en faveur d’un nouveau modèle agricole tourné vers la production locale et biologique et sa traduction au niveau local, avec par exemple des campagnes pour intégrer les produits bio dans les cantines scolaires et la restauration collective. Le thème de la condition animale et de l’alimentation saine est revenu plusieurs fois. La recherche de convergences entre le monde agricole et les consommateurs, à l’exemple des AMAP, est ainsi promue.

2) La répartition des richesses et le progrès humain

C’est sur ce thème que les contributions appellent le plus à la réaction immédiate face aux politiques mises en place par le gouvernement. Les insoumis·e·s appellent à continuer la mobilisation contre les ordonnances de réforme du code du travail. Certains souhaitent inscrire la lutte contre les lois Travail sur le moyen terme en proposant par exemple de créer une plateforme numérique qui permettrait de recenser les témoignages de pertes de droits ou de dégradations des conditions de travail dans les entreprises suite aux ordonnances, sur le modèle de la campagne #OnVautMieuxQueÇa.

Plusieurs contributions soulignent l’urgence de montrer, avec des exemples concrets issus du terrain, l’impact de la suppression des contrats aidés. D’autres demandent à mettre en valeur les conséquences de la baisse des subventions aux associations, en s’appuyant par exemple sur les associations sportives, en la mettant en parallèle avec le coût des Jeux olympiques.

Une contribution propose de mener une campagne sur le long terme pour montrer, pour chaque mesure prise par le gouvernement, quelle classe sociale en profitera et dans quelles proportions. Une autre propose de mettre davantage en avant les formes alternatives d’organisation du travail et de l’entreprise (SCOP…), en faisant connaître ce que serait une « entreprise insoumise ».

Enfin, des contributions soulignent l’urgence de se mobiliser contre les expulsions de logements avant le début de la trêve hivernale. Plus généralement, les insoumis-es appellent à  la lutte contre la pauvreté sous toutes ses formes (précarité, mal logement, surendettement…) à la fois en soutenant les associations qui agissent sur le terrain et en menant des campagnes nationales sur le sujet.

Les contributions sont nombreuses et abordent une grande variété de sujets. Ainsi d’autres thèmes reviennent plusieurs fois, pour notamment mener des campagnes sur le handicap, les violences conjugales, la jeunesse et l’Éducation (notamment le primaire).

3) La 6ème République et la défense des services publics

Le thème de la 6ème République revient à de nombreuses reprises, avec des propositions concrètes de campagne. Plusieurs contributeurs·trices proposent d’initier des actions préparatoires aux travaux de la constituante via des ateliers constituants. Un contributeur propose de faire une émission dédiée à la constituante et à la 6ème République, sur son organisation et ses objectifs, en suivant le modèle de l’émission de chiffrage du programme, comme une simulation de ce que à quoi pourrait correspondre les travaux de la constituante. À échelle locale, les insoumis·e·s proposent de participer à des référendums locaux et d’en initier.

Le thème des institutions contient aussi la volonté de certain d’échafauder une campagne critique à l’égard du système pénitentiaire et, plus largement, contre  la dérive sécuritaire à l’œuvre depuis plusieurs années. Une telle campagne consisterait à rappeler l’impérative nécessité de respecter les droits humains en toutes circonstances.

La défense des services publics et de celles et ceux qui les font fonctionner revient aussi régulièrement. Les campagnes proposées s’orientent vers la défense de notre modèle de sécurité sociale et notre système de santé. Plusieurs contributions soulignent la chance qu’a la France insoumise d’avoir dans ses rangs une députée aide-soignante et qu’il faut en profiter pour porter la voix des personnels de santé.

Plusieurs contributeur·trices appellent à dénoncer les inégalités dans l’aménagement du territoire et dans l’accès aux services publics. Les mobilisations locales contre la fermeture des bureaux de poste ou des maternités par exemple sont soutenues comme un moyen de faire vivre le programme au quotidien.

4) La solidarité internationale

Plusieurs contributions appellent à poursuivre et intensifier les campagnes pour dénoncer le CETA et autres accords de libre-échange. La solidarité concrète avec les réfugié·e·s fait aussi partie des thèmes revenant fréquemment.

II) Enrichir et diffuser le corpus programmatique

La poursuite du travail programmatique et de son élaboration collective apparaît plusieurs fois, notamment par l’enrichissement des livrets existants et de traiter des sujets qui n’avaient pas été assez approfondis. Il s’agit d’un côté de préciser certaines propositions et les moyens de leur mise en œuvre pour convaincre de leur faisabilité, par exemple sur la remise à plat des aides à la presse.

De nombreuses contributions citent notamment le besoin d’approfondir notre réflexion sur la question des nouvelles technologies (robotisation, intelligence artificielle, « blockchain ») et leur impact sur l’emploi et la transformation des conditions de travail. Une telle campagne d’enrichissement programmatique « révolutionnons le travail ! » pourrait se faire notamment en partant des livrets déjà existants Uberisation et Numérique.

Certains sujets mériteraient selon les contributeurs·trices d’être approfondis, comme la place des seniors dans notre société (notamment concernant les problématiques liées aux retraites, à la solidarité entre les générations et à la fin de vie), ou encore la question de la souffrance animale, l’élargissement de la sécurité sociale ou la stratégie européenne plan A / plan B.

Sans produire de nouveaux livrets à court terme, ces enrichissements pourraient ainsi faire l’objet d’une élaboration collective d’ateliers des lois, en faisant par exemple collaborer plusieurs équipes des livrets thématiques et en lien avec le groupe parlementaire à l’Assemblée nationale.

Pour contribuer à l’enrichissement du programme et sa diffusion, les contributeurs·trices proposent des outils numériques. On peut notamment citer le souhait de disposer d’outils permettant des consultations plus fines (ex : notation, classement).

Plus que de modifier le programme, les contributions insistent en priorité pour développer des outils de formation autour du programme et d’éducation populaire sur toutes les thématiques pour que les insoumis-es soient en mesure de défendre nos propositions.

III) Adapter les thèmes de campagnes aux échéances électorales à venir

  • Les élections européennes

Les élections européennes de 2019 sont perçues comme un moyen de faire une campagne pédagogique sur la mise en œuvre de la stratégie du plan A et du plan B. Une telle campagne devrait être l’occasion de mettre en avant les liens qui existent avec d’autres autres formations politiques européennes sur le sujet pour montrer la démarche de solidarité dans laquelle cet axe programmatique s’inscrit.

  • Les élections municipales

Les insoumis·e·s expriment le besoin de formation pour être capables de s’exprimer et faire campagne sur les thématiques locales (délégations de services publics, modifications de PLU, projets de voirie…). Une contribution insiste ainsi sur la nécessité de réfléchir à ce que doit être une « municipalité insoumise » et la façon dont l’Avenir en commun peut être décliné dans un programme national de l’échelon local.

À qui devons-nous parler ?

Certaines contributions nous rappellent qu’il est essentiel de s’adresser à un public large, sans à priori, en cherchant à sortir de la conflictualité pour montrer que le programme de la France insoumise peut parler à tout le monde. Une contribution prend l’exemple des « patrons de TPE/PME » qui ont, pour certains, voté pour Emmanuel Macron alors que la France insoumise aurait eu bien davantage à leur apporter.

Beaucoup rappellent l’importance de s’adresser aux séniors et aux habitants des zones rurales notamment, et notamment aux agriculteurs, en imaginant des solutions autres que le porte à porte, souvent compliqué car nécessitant le parcours de longues distances pour les groupes d’appui locaux.

En outre, notre présence dans les quartiers populaires est essentielle. Plusieurs contributions considèrent ainsi qu’il est nécessaire de poursuivre les caravanes des droits et de reprendre les campagnes d’inscription sur les listes électorales.

Enfin, d’autres contributions avancent l’idée de construire des groupes d’appui par entreprises ou secteurs et aussi de créer un collectif de « chômeurs insoumis ».

Comment devons-nous en parler ?

Le sujet est longuement traité dans la synthèse sur les outils d’action de la France insoumise. Il semble toutefois essentiel de rappeler ici que l’ancrage dans les luttes locales est la modalité d’action qui revient le plus fréquemment dans cette partie sur les thèmes de campagne.

Il s’agit notamment, sans viser à l’exhaustivité au vu de la richesse des contributions à ce sujet, de soutenir les projets locaux d’économie sociale et solidaire, de développer nos propres labels pour soutenir les commerces défendant les valeurs de la France insoumise, de créer des potagers insoumis, etc.

Enfin, des contributeurs·trices suggèrent que les caravanes des droits soient déclinées en caravanes thématiques (caravane culturelle, caravane constituante, etc.) voire en « tracteurs insoumis » pour aller à la rencontre des citoyen-ne-s sur les sujets que nous souhaitons mettre en valeur.

 

Liste des personnes ayant participées à la synthèse :

Jean-Baptiste Forez, responsable du site internet du programme
Danièle Obono, députée de la France insoumise
Charles Plantade, rapporteur du livret Culture
Françoise Quainquard, membre de l’espace politique
Xavier Robert, animateur du livret Justice
Louise Rouan, animatrice du livret Numérique
Raphaëlle Temios, animatrice du livret Enseignement supérieur et Recherche
Paul Vannier, animateur du livret Éducation