Communiqué des membres de la commission des affaires culturelles et de l’éducation du groupe parlementaire La France Insoumise
Omar Abdulkadir Artan devait devenir le premier arbitre somalien de l’histoire à officier lors d’une Coupe du monde. Malgré son titre de meilleur arbitre africain de l’année 2025, sa désignation par la FIFA et un visa en règle, il a été enfermé onze heures à son arrivée à Miami le 6 juin, interrogé sur le terrorisme puis expulsé. Les supporters ivoiriens, sénégalais, algériens, tunisiens et capverdiens n’ont pas obtenu de visa pour venir soutenir leur équipe. L’Iran s’est vu retirer son quota réglementaire de billets réservé à ses supporters. Des staffs techniques entiers ont été refoulés. Des journalistes africains accrédités ont été empêchés de couvrir la compétition. Donald Trump a délibérément fait de cette Coupe du monde le théâtre de sa politique suprémaciste.
Face à ces scandales, la FIFA se couche. Elle qui avait su exiger de l’Afrique du Sud et du Brésil qu’ils adaptent leur législation pour garantir le bon déroulement de la compétition se déclare aujourd’hui impuissante face aux expulsions d’arbitres accrédités et de membres de staffs officiels. Gianni Infantino, qui déclarait en 2017 que sans accès pour tous « ce n’est pas une Coupe du monde », a remis à Donald Trump le premier « Prix FIFA de la paix » en décembre dernier, un prix créé sur mesure pour le président étatsunien. Depuis, il l’accompagne dans ses tournées officielles, porte sa casquette rouge et laisse les États-Unis refouler ses propres arbitres sans mot dire. Infantino a choisi son camp.
Ce Mondial est aussi celui de l’exclusion sociale, à rebours de la dimension fondamentalement populaire du football. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum ne s’est pas rendue au match d’ouverture dans son propre pays car un billet coûtait 6 000 euros. Le prix moyen pour un match de la France atteignait 1 084€ à la revente. Un billet pour la finale se négocie à plus de 20 000 dollars. Cela n’a rien d’étonnant : l’objectif affiché de la FIFA est de générer le plus de profits possibles, avec des recettes espérées de 9 milliards de dollars. Mais cela se fait sur le dos des supporters. Le sport populaire n’est pas le bienvenu à la coupe du monde de Donald Trump.
Pendant qu’Infantino compte ses milliards et que Trump déploie sa politique raciste à l’échelle mondiale, cette édition s’annonce comme la plus polluante de l’histoire du football : jusqu’à 15 millions de tonnes d’équivalent CO₂ selon le New Weather Institute, soit sept fois le bilan de la Russie en 2018.
En janvier dernier, notre collègue Éric Coquerel avait demandé au gouvernement de retirer l’organisation du Mondial aux États-Unis. Les événements lui donnent raison. Il est désormais trop tard pour cela, mais il n’est pas trop tard pour parler. Nous exigeons que la ministre des Sports dénonce publiquement les discriminations racistes de l’administration Trump et interpelle la FIFA sur le respect de ses propres règlements. Nous demandons au Président de la République, qui a prévu d’assister à la finale, de conditionner sa présence à la manière dont se déroulera cette compétition. Le silence de la France face à ce qui se passe serait une faute politique et morale.