Assurance Chômage : les intermittent·es se soulèvent

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Un article du groupe thématique Culture 

Ils et elles forment une image d’Epinal, variable selon le bord politique - artistes maudit·es ou saltimbanques fainéant·es grassement payé·es aux frais du contribuables ? Non, nous ne parlons pas des clowns du MEDEF mais bien de celles et ceux qu’on appelle les intermittent·es du spectacle. Cela regroupe près de 300 000 travailleurs et travailleuses du spectacle vivant, du cinéma et de l’audiovisuel (qui ont au moins un contrat de travail dans l’année dans ce secteur), parmi lesquels près de 130 000 sont indemnisé·es par Pôle Emploi au titre du régime spécifique des annexes 8 et 10 de l’Assurance Chômage, ce qui leur permet de vivre de leur métier malgré la précarité inhérente à celui-ci. Le principe est, en apparence, simple : sous condition de travailler au moins 507h par an dans le champ professionnel concerné, en « CDD d’usage », une allocation chômage est versée entre chaque jour travaillé.

L’Assurance Chômage, justement, a été renégociée en novembre par les « partenaires » sociaux auxquels le gouvernement a demandé de lourdes économies pour financer ses projets France Travail et France Compétences, entre autres. Bien que cette fois l’ensemble des négociateurs et négociatrices s’élève unanimement contre cette ponction de l’Etat sur les comptes de l’UNEDIC (12 milliards sur 4 ans), cela n’a pas empêché le MEDEF, suivi par les autres organisations patronales ainsi que la CFDT, la CGC et la CFTC d’exiger 15% d’économie sur cette seule catégorie de travailleurs et travailleuses, accusé·es comme de coutume de peser trop lourd sur les comptes de l’Assurance Chômage. Les intermittent·es ne représentent pourtant que 5% des dépenses de celle-ci, pour 5% des allocataires.

La négociation spécifique s’est déroulée dans un temps très réduit, mais a abouti à un accord unanime. L’ensemble des organisations ont refusé le cadrage imposé par le MEDEF et ont proposé un accord prévoyant des améliorations légères (mais sensibles) pour les intermittent·es : 

  • la prise en compte des congés paternité dans le calcul des allocations
  • le prolongement de l’indemnisation lors d’un arrêt maladie, dont l’absence a été dramatique pendant la crise sanitaire : de nombreux·ses professionnel·les se sont retrouvé·es contraint·es d’aller travailler en se sachant positif au COVID-19, sous peine de tout perdre
  • réévaluation du niveau des allocations, ainsi que des allocations planchers (gelées depuis 2016 à 38€ journaliers pour les technicien·nes et personnels administratifs, soit bien en-dessous du SMIC) chaque année au même rythme que les autres allocations chômage
  • garantie d’avoir un an de droits ouverts quelle que soit la date de la demande.

Cependant, alors que la négociation interprofessionnelle s’engageait mal, le revirement de deux centrales syndicales CFDT et FO a permis aux négociateurs et négociatrices d’aboutir à un accord, signé par toutes les organisations à l’exception de la CGT et la CGC. Celui-ci prévoit des baisses d’indemnisation pour l’ensemble des chômeurs et chômeuses (5 jours en moins par an) et le recul de deux ans de plusieurs bornes d’âge. S’il ne s’attaque pas pour le moment aux conditions d’indemnisation des intermittent·es, il rejette l’accord professionnel unanime des partenaires sociaux du spectacle, cinéma et audiovisuel, et les avancées nécessaires pour les professions concernées qu’il contenait. Le gouvernement a désormais la main pour décider ce qu’il fait des deux accords et les intermittent·es restent mobilisé·es pour que leur voix soit respectée et leurs besoins entendus.

La France insoumise reconnaît la création comme valeur fondatrice de la société en tant que productrice des biens symboliques. L’État doit ainsi garantir le socle social nécessaire à l’indépendance de l’ensemble des travailleurs et travailleuses de l’art. Concernant le régime des intermittent·es du spectacle, elle propose de l’améliorer sur la base du socle commun de revendications du mouvement des occupations de théâtre de 2021 et l’étendre aux autres professions culturelles et événementielles discontinues, comme les extras de l’hôtellerie-restauration et les guides conférencier·es.

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