Retraites, le 5 peut porter loin

dans Éditos

Édito de Matthias Tavel, publié dans l’Heure du peuple le 2 décembre 2019.

La retraite à points voulue par E. Macron serait une réforme perdant-perdant. Pour les salariés du privé, le calcul de la pension sur la totalité de la carrière et non plus sur les 25 meilleures années se solderait par une baisse générale des pensions comme l’a montré le passage des 10 aux 25 meilleures années par la réforme Balladur. Pour les fonctionnaires, l’effet serait encore plus terrible puisque le régime actuel calcule la retraite sur les six derniers mois. L’instauration d’un « âge pivot » repousserait de facto la retraite à 64 voire 66 ans. Une fois encore, les femmes payeraient un lourd tribut perdant par le calcul sur la carrière complète et par la disparition des bonifications pour les mères. Seuls les assureurs et les fonds de pensions se frottent les mains en espérant tirer profit de l’incertitude sur la valeur du « point » et de la baisse à venir des pensions.

Pourtant l’argent existe. Le ministre Darmanin met en avant un coût de 8 milliards pour les régimes spéciaux pour affoler. Qu’en est-il de celui des clercs de notaires, des curés, de l’Opéra de Paris, des parlementaires ? Surtout, pourquoi n’évoque-t-il jamais le puits sans fond de plus 10 milliards par an que coûtent les exonérations fiscales pour l’épargne retraite individuelle ? Le gouvernement préfère prendre dans la poche des cheminots que dans celles des financiers !

Le dernier rapport du conseil d’orientation des retraites est pourtant clair. Premièrement, il n’y a pas lieu à s’affoler puisque le déficit prévu n’excéderait pas 1 % de la richesse du pays. Deuxièmement, ce déficit provient essentiellement d’un problème de ressources et non de dépenses, trouvant son origine dans le chômage, les exonérations de cotisations non compensées ou les suppressions de postes de fonctionnaires.

La bataille engagée le 5 va bien au-delà. Déjà la grève est reconductible pour les jours suivants dans bien des secteurs. Les Gilets jaunes et les chômeurs appellent à se mobiliser le 7. Il faudra plus d’une journée pour faire reculer le gouvernement. L’enjeu lui-même est bien plus large : salaires, emploi, égalité entre hommes et femmes, partage des richesses, mise à contribution des revenus financiers, pauvreté des personnes âgées, utilité sociale des retraités (garde des petits-enfants, maires de villages, bénévoles associatifs, etc.) qui ne doivent être réduits au montant de leurs pensions. C’est un projet de société qui se joue.

L’onde de choc politique de la mobilisation se mesurera aussi, bien au-delà des jours qui viennent. La mobilisation victorieuse de 1995 a fait chuter le RPR deux ans plus tard aux législatives. Même s’il a réussi à faire reculer l’âge de la retraite en 2010, Nicolas Sarkozy a perdu dans les urnes deux ans après une puissante mobilisation. La victoire politique de demain se construit aussi dans la bataille sociale qui s’engage. Pour espérer transformer l’essai demain, il faut marquer le point aujourd’hui.