Visite du centre d’hébergement André Jacomet

dans Bastien Lachaud, Nos parlementaires
Unité d’hébergement comportant 2 chambres

Une association professionnelle, les Cités du secours catholique, gère nationalement les sites partout en France. Le centre existe depuis 1996.
Le centre a 34 salariés, dont 1 infirmier (+ un médecin qui passe une fois par semaine), 1 AMP, 7 travailleurs sociaux.
124 personnes sont hébergées, et y accèdent par le 115, dès qu’il y a une place. Il n’y a pas d’entretien d’admission, comme il peut exister dans d’autres CHRS, ni de critère d’age, ou d’autre critère. Sont accueillies y compris les personnes ayant des pathologies alcooliques, psychotiques, ou en situation de handicap. L’intégralité des bâtiments est accessible aux personnes handicapées.

 

Le centre visité accueille seulement des hommes, des travaux sont envisagés pour accueillir également des femmes, dans un espace séparé pour les parties individuelles. Les personnes hébergées sont souvent cassées par la vie, vieillissantes, souvent handicapées, et dont les repères sont ceux de la vie dans la rue. Le centre a des maîtres animaliers, ce qui permet d’héberger y compris des personnes très en marge, vivant par exemple au bois de Vincennes, avec des chiens, ce qui serait impossible si le centre excluait les animaux.
Une autre cité a des appartements, et héberge des personnes déjà plus autonomes. Leur durée moyenne de séjour est de 2 ans, la demande de logement est faite au début, et ils sont hébergés le temps que durent les démarches d’obtention.
Séjours de durée très variable, de quelques mois à une dizaine d’année.
Certains des hébergés ont un salaire, mais ne parviennent pas pendant longtemps à avoir un autre logement.
Moyenne d’âge : 54 ans
Doyen : 82 ans
30% des personnes environ n’ont pas de papiers.
Un certain nombre de personnes auraient davantage leur place dans d’autres dispositifs d’hébergement, mais ne peuvent y être faute de place disponible, ce qui se répercute sur toute la chaîne d’hébergement (moins de place pour l’urgence), et sur les personnes qui sont mal à l’aise de cette situation, ne se sentent pas à leur place. Il faudrait agir en amont, en évitant les expulsions, ce qui évite les situations de rue et de devoir en sortir…
Pas de mineurs, qui relèvent d’un autre dispositif, ou de rien… les personnes de moins de 25 ans sont souvent peu à l’aise, vu la moyenne d’âge des hébergés
Plus difficile en été qu’en hiver, moins d’associations sont présentes, moins de personnes, moins de sensibilité au problème, déshydratation.
Le centre offre une domiciliation administrative postale.

Visite du centre d’hébergement

Les locaux sont en bon état, propres, accueillants.
Ils incluent une cafétéria, et des lieux de convivialité communs.
Il y a un réfectoire, où les petit-déjeuners sont servis, ainsi que les dîners. Des micro-onde sont disponibles pour faire réchauffer la nourriture du déjeuner pour ceux qui ont les ressources pour en acheter. Les repas sont livrés en barquettes. Certains hébergés participent au service, ce qui permet de leur donner des responsabilités, des horaires, ce qui commence un processus de réinsertion.

Couloir menant aux chambres

Il existe une cuisine pédagogique, pour réapprendre à cuisiner.

Une laverie est également tenue par des personnes hébergées qui en ont la responsabilité et sont rémunérées, au SMIC, pour ce travail, pour un maximum de 25h/mois.

Un espace d’animation existe, afin de proposer des loisirs créatifs, des ateliers. Des sorties en province sont parfois organisées, ce qui aide à avoir un dialogue différent avec les personnels et bénévoles, et permet aussi, simplement, de changer d’air.

Les chambres sont organisées en petites unités de 2-3 chambres. Il y a 1 sanitaire pour 5 personnes.

Le salon a été bloqué pour accueillir 6 personnes dans le cadre du plan grand froid.

Lieu de convivialité entre plusieurs unités d’hébergement

Les rapports avec les riverains sont souvent compliqués, phénomène NIMBY, incompréhension, peur irrationnelle, réelle crainte. Le dialogue est difficile.
Le centre accueille des personnes psychotiques qui ne sont pas prises en charge ailleurs, et en cas de rupture familiale, se retrouvent facilement à la rue. Depuis que l’hôpital ne les prend plus en charge, ils sont livrés à eux-mêmes et en grande souffrance. Souvent rupture de soin : une équipe mobile psy et précarité travaille au retour au processus de soin. Impossible de faire grand chose sauf si la personne se met en danger. La seule solution, particulièrement insatisfaisante, est d’attendre qu’il se passe quelque chose ou que le comportement change et devienne problématique.

Financement du centre

Il est toujours délicat, et ne donne pas de visibilité réelle sur le futur.
Pour le centre, Contrat Pluriannuel d’Objectifs et de Moyens (CPOM) permet d’avoir de la visibilité sur quelques années, mais à renégocier l’an prochain
Dépend de la DRIL. Une diminution des ressources se préparerait, 7%, ce qui grèverait considérablement les moyens d’action.
Les CHU et CHS font la demande de subventions tous les ans.
Budget : 3 millions d’€.

Le paradoxe est que plus les publics accueillis sont cassés, moins il y a de moyens pour les prendre en charge, alors qu’ils ont davantage de besoins.

Espace animation, où des ateliers sont régulièrement organisés

Le parcours des personnes hébergées

D’abord les personnes sont accueillies et ont du temps pour souffler, pouvoir se reposer.
Puis un référent est désigné, et élabore avec la personne un contrat d’accompagnement en fixant des objectifs, selon les cas. Cet objectif peut être simplement de refaire des papiers d’identité, ce qui peut en fait être très compliqué dans certaines situations. Cette démarche administrative a une forte portée symbolique pour les personnes. Les référents essaient d’éviter de fixer des objectifs trop élevés pour ne pas que les personnes se trouvent en situation d’échec.
Parfois ces objectifs renvoient vers la recherche d’un emploi, mais ce n’est pas toujours possible, du fait de l’âge notamment ; cela concerne surtout les plus jeunes, qui sont susceptibles de travailler.
Souvent l’accompagnement se fait en dent de scie, selon les moments, les besoins, les échecs, la volonté de la personne hébergée, etc.

Le centre organise les démarches pour les aides sociales, pour ceux qui y ont le droit, notamment pour RSA (Revenu de Solidarité Active), AAH (Allocation pour Adulte Handicapé). Cette dernière nécessite de d’abord un travail avec la personne, par exemple pour qu’elle reconnaisse son handicap, et accepte d’entamer ces démarches.
Le centre aide à l’ouverture d’un compte en banque. Avant, tous l’ouvraient à la poste, maintenant c’est plus compliqué. Le centre a fait des lettres à la banque de France pour l’inciter à accepter, car théoriquement elle ne peut pas refuser. Parfois la mise sous tutelle des comptes est nécessaire, pour apprendre à gérer de l’argent sur un mois. Parfois le centre conserve l’argent, et le donne au fur et à mesure pour ne pas que les personnes dépensent tout d’un coup, et aussi pour éviter qu’ils ne se fassent braquer tout leur argent dans la rue.

Le refectoire où les personnes peuvent prendre petit déjeuner et dîner

La sortie du centre

Le centre ne pratique pas la remise à la rue, les personnes partent de leur propre chef, quand leur situation s’est améliorée, ou quand ils. Travaille à la sortie par le haut.
Les seuls autres cas de sortie sont en cas de manquement grave au règlement :

    • non paiement délibéré de la participation à l’hébergement (20% des ressources légales)
    • violence : soit violence grave (très rare), soit violences répétées, et problème de comportement incompatible avec la vie en collectivité.
La cafétéria, accessible en permanence

L’équipe gère la prévention des conflits avec les personnes hébergées, la disposition des lieux en petites unités aide. Le lieu est globalement paisible.

Pour les personnes âgées, une sortie est possible en maison de retraite, mais c’est compliqué, pour des questions financières, parce que certains centres n’acceptent pas les personnes sans domicile. Et aussi parce qu’il faut que les personnes acceptent d’y aller, c’est un long travail, environ 6 mois d’accompagnement au départ en maison de retraite. Certains se trouvent bien au centre et n’ont pas forcément envie d’en bouger.

Il y a également des personnes hébergées qui sont en fin de vie. On dénombre 8 décès par an en moyenne. Les personnes sont accompagnées jusqu’à la fin, y compris au cimetière.