Edito #19

Au vendredi 31 janvier, nous sommes entrés dans une nouvelle étape de la bataille contre la réforme des retraites. Alors que la mobilisation sociale et syndicale continue, nous avons déposé avec mes collègues du groupe parlementaire La France Insoumise 19 713 amendements sur le projet de réforme des retraites du gouvernement. Nous assumons la volonté d’empêcher à tout prix le passage de cette réforme inégalitaire et ordo-libérale, avec la conviction que le gouvernement et la majorité présidentielle souhaitaient de toute façon passer sa réforme en force. Celle-ci a en effet déjà obstrué les débats parlementaires en employant les grands moyens : étude d’impact bâclée, procédure accélérée, utilisation prochaine des ordonnances, concertation de financement improvisée, mépris de l’avis du Conseil d’Etat et des syndicats… Ainsi, le texte sera examiné en commission la semaine prochaine et nous nous opposerons à chacune de ses dispositions. Il reste à mener et à gagner de nombreuses batailles.

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Ce jour est aussi marqué par la rupture historique entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne et par une actualité internationale chargée. Le Président américain Donald Trump a en effet présenté en présence du seul premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ce qu’il présente comme un « plan de paix » pour le Proche-Orient. Le langage politique employé autour de cette affaire est destiné à rendre vraisemblable un mensonge, pour reprendre la formule de George Orwell. Cet accord, qui prétend présenter une « solution à deux Etats », met en réalité définitivement fin à la perspective d’une solution de consensus au conflit israélo-palestinien. Déjà, le texte répond à des considérations bassement électorales de la part des deux Présidents. Ensuite, il a été préparé et annoncé par les Américains et les Israéliens sans que les Palestiniens n’aient été associés. Enfin, l’accord final épouse les propositions de la droite israélienne la plus dure : Jérusalem comme capitale « indivisible » de l’Etat israélien, non-reconnaissance de la souveraineté palestinienne en matière de diplomatie ou de contrôle sur ses frontières internes et extérieures, interdiction du retour des réfugiés… Donald Jr. Trump savait qu’en présentant un tel texte, il serait inacceptable pour les Palestiniens. Celui lui permettra de prétexter leur refus comme une raison supplémentaire de poursuivre une politique, qui, je le rappelle, bafoue les droits des Palestiniens les plus élémentaires. 

Face à cela, les réactions française et internationales contre ce plan sont aux abonnés absents, laissant des populations isolées face aux avancées de la colonisation. L’espoir d’une solution équilibrée permettant la reconnaissance de la Palestine et celle d’Israël semble désormais bien mince, même avec une médiation de l’extérieur. Une telle forfaiture nous rappelle que de tous les échecs de la diplomatie française, celui de la politique arabe est le plus spectaculaire. La France doit renouer avec les traditions d’humanisme et d’indépendance de sa politique étrangère qu’elle a délaissé depuis bien trop longtemps. 

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La bonne nouvelle de la semaine nous vient d’une institution qu’on ne saurait suspecter de proximité partisane avec les insoumis. Pourtant, pour la deuxième fois de la semaine, le Conseil d’Etat désavoue le gouvernement. Après avoir exprimé un avis négatif sur la réforme des retraites, il a suspendu en partie la circulaire dite Castaner sur le « nuançage » des listes aux municipales. Cette disposition était un scandale anti-démocratique. Elle visait à faire disparaître le vote de plus d’un électeur sur deux lors du décompte final du soir du premier tour des municipales, et ce, dans le seul but de minimiser la défaite électorale à venir pour La République En Marche. En émettant un « doute sérieux » sur la légalité d’une telle démarche, la juridiction la plus haute des juridictions de l’ordre administratif a tranché. Elle ordonne la suspension de la circulaire, en reprenant à son propre compte une partie des critiques que l’opposition parlementaire, unie sur ce sujet, avançait. En Ariège, une majorité de maires, de toute sensibilité politique, m’ont exprimé leur indignation. Sur les 332 communes que compte notre département, seuls Pamiers et Foix étaient alors épargnés par cette disposition.

Lors de ma question au gouvernement adressée à M. le Ministre de l’intérieur Christophe Castaner, j’ai pu rappeler que cette indifférence flagrante à l’égard des résultats électoraux de nos communes témoigne d’un mépris inégalé dans l’histoire politique récente à l’endroit de la ruralité et des scrutins politiques locaux. Tout ce qui ne concerne pas Paris et les moyennes et grandes villes est écarté et relégué au second rang, invisibilisé, pourtant en ces lieux les ronds points sont toujours jaunes de colère ! Sa suspension est donc une véritable victoire pour la démocratie, nous permettant d’espérer une juste prise en compte du vote des électeurs et des électrices ariégeois-e-s.

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Enfin, je souhaiterais finir cet édito en abordant en détail un sujet grave, qui concerne notre politique migratoire. On ne peut pas évoquer ce thème sans aborder précisément et concrètement les situations vécues par les concerné-e-s, sans comprendre ce que vivent ces familles défavorisées. C’est pourquoi j’aimerais vous parler de la situation d’une famille, vivant à Pamiers, qui a été honteusement expulsée ce mardi 28 janvier. Vahimir et Nabilla sont les parents de Négi, Gezim et Fatjon. Une famille sans histoire, connue du voisinage et parfaitement intégrée dans le tissu social. Les enfants sont scolarisés à l’école maternelle et à l’école primaire de Lestang. Ils sont doués à l’école, ils réussissent parfaitement leur scolarité. Mais, en l’espace d’un seul jour, leur vie a basculé. Ce mardi matin, à 6h30 du matin, la police est venue les chercher chez Michel. Nabilla est enceinte de 4 mois. Quant à Vahimir, il souffre du diabète, et il n’aura pas le temps de prendre avec lui ses médicaments. Les policiers les informent qu’une fois à l’aéroport, ils auront la possibilité de refuser de monter dans l’avion, car leur jugement n’a pas encore eu lieu. Mais sur place, tandis qu’ils signent les papiers administratifs pour refuser l’expulsion, d’autres policiers font monter leurs enfants dans l’avion… Ils se retrouvent piégés, contraints de les accompagner. Ils seront donc expulsés vers Tirana, avec les nombreuses familles arrêtées ce jour-là dans la France entière.

La direction de l’école devra expliquer aux enfants, amis et camarades de Négi, Gezim et Fatjon que ces derniers ont été expulsés parce qu’ils n’avaient pas la bonne origine et la bonne condition sociale. A Pamiers, le sort de la famille a recueilli l’indignation commune. Malheureusement, elle n’est qu’un « cas » parmi des dizaines d’autres, en Occitanie et ailleurs, où se multiplient les OQTF (obligation de quitter le territoire français, NDRL). Cela dévoile, une fois encore, la politique inhumaine et rétrograde du gouvernement en la matière. Une politique qui va à l’encontre des idéaux humanistes et des principes universels de liberté, de démocratie, de justice sociale et des droits de l’homme. Une politique qui menace, expulse et bouleverse la vie de familles déjà défavorisées, au mépris des droits humains. Une politique qui promeut et vante la liberté totale de circulation des capitaux, des biens et des services mais qui restreint celle des personnes.

Je voudrais ainsi, en guise de conclusion, affirmer mon soutien indéfectible aux associations sur le terrain qui se battent chaque jour pour garantir une vie décente à ces familles. Face à cette politique cynique et inhumaine, que le mécontentement populaire se traduise un jour en un changement profond. Et qu’enfin advienne le temps des jours heureux, le temps de la France belle et rebelle, soucieuse de sa devise républicaine « liberté, égalité, et fraternité ».

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