Davos, le sommet de tous les excès

Édito de Benoît Schneckenburger publié le 27 janvier 2020 dans l’Heure du peuple.

Chaque année depuis 1971 la petite ville de Davos en Suisse reçoit le forum économique mondial. Censé, selon son créateur Klaus Schwab, permettre des échanges sur l’avenir du monde, il est devenu, de son propre aveu un salon de rencontre pour les investissements financiers : « J’ai créé le forum il y a quarante ans pour que les PDG rencontrent la société civile mais au fil des ans, leurs politiques de rémunérations ont rapproché les PDG des actionnaires et, parallèlement, les actionnaires sont devenus court-termistes. » Qui peut croire sérieusement que le mot d’ordre de cette année « un monde plus solidaire et plus juste » sera une seconde tenu ?

Les participant présents ont lancé l’opération « 1 milliard d’arbres ». Que des dirigeants comme Donald Trump se soient immédiatement associés à cette opération montre l’hypocrisie de ces effets d’annonce. Au lieu de réfléchir à la source des dégâts de la déforestation, du déplacement permanent du monde, ils font semblant de s’occuper des conséquences par un vague greenwashing, qui plus est délocalisé et par le biais de sous-traitance en faisant planter des arbres par d’autres. La porte-parole de Greenpeace a vertement remis les choses à leur place : « Le simple fait que le Forum puisse encourager à planter des arbres plutôt qu’à réduire le problème montre à quel point ses participants sont déconnectés et loin de réaliser ce que cela signifie que de laisser une société vivable à ses enfants ». Et il suffit de rappeler le bilan carbone de ce forum : 1 700 jets privés, chacun consommant par heure l’équivalent d’une voiture toute une année. Ce n’est pas un détail, cela atteste du biais cognitif qui anime ce monde : leur mondialisation continue malgré les alertes.

Un monde plus solidaire serait-il défendu par le Forum économique mondial ? C’est évidemment impossible. Le simple ticket d’entrée coûte 53 000 euros, soit 3,5 smics annuels. Profitant du Forum, Oxfam a rendu son bilan annuel des inégalités mondiales : « La richesse des 1% les plus riches de la planète correspond à plus du double de la richesse de 90 % de la population mondiale, soit 6,9 milliards de personnes. Les milliardaires du monde entier, qui sont aujourd’hui au nombre de 2 153, possèdent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes, soit 60 % de la population mondiale. » Il y a un ruissellement, mais il profite aux riches. Au moment où le gouvernement recule sur la taxe GAFAM, et veut imposer un régime de retraites favorable aux plus hauts salaires et fonds de pension, force est de constater que la vague néolibérale qui dure depuis plus de 50 ans, continue à faire le tour du monde. Elle dévaste tout. Les catastrophes climatiques, comme les incendies qui ravagent l’Australie, ne la font toujours pas dévier. Seule une insurrection citoyenne semble à même de pouvoir dire stop à ce monde concurrentiel et injuste.