« La France insoumise, outil au service du peuple et de sa révolution citoyenne »

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Voici la version proposée à l’ensemble des insoumis⋅es du texte « La France insoumise, outil au service du peuple et de sa révolution citoyenne ». Une première version de ce texte avait été enrichie préalablement à l’Assemblée représentative par les contributions des insoumis⋅es sur la plateforme. Transmise à l’Assemblée représentative, celle-ci en a produit une troisième version à l’issue des travaux sur table, puis la version actuelle après les interventions en plénière des participant⋅es.

Les mots et phrases soulignés sont les éléments qui ont été modifiés par rapport à la version transmise à l’Assemblée.

Les crises sociale, écologique et politique que traverse notre pays n’ont pas trouvé d’issue dans la séquence électorale qui vient de se terminer. La question d’une alternative aux politiques menées en France comme en Europe depuis des dizaines d’années reste devant nous. La France insoumise considère qu’elle porte cette alternative grâce au soutien de plus de sept millions de personnes à son programme « L’Avenir En Commun ». Elle est prête à déployer tous ses efforts au service de l’élargissement du rassemblement populaire nécessaire sur cette base programmatique, prête à le faire dans l’esprit d’ouverture la plus large à toutes celles et ceux qui veulent y contribuer. Le rôle politique conscient que doivent y jouer les groupes d’actions est décisif.

Les élections européennes confirment la poursuite de la vague dégagiste. Sa première expression est la grève civique par l’abstention massive. Nous déplorons aussi que rien n’ait été fait pour encourager davantage à l’inscription sur les listes électorales et saluons les militant⋅es de La France insoumise qui ont organisé les campagnes d’inscription que l’État aurait dû assumer. Malgré un léger sursaut de participation, la moitié des citoyen·nes n’a pas voulu participer. Ce refus exprime non seulement la colère contre le pouvoir mais aussi la défiance qu’inspirent la vie institutionnelle en général et l’Union Européenne en particulier. Le président de la République a organisé un duel avec l’extrême-droite. Il l’a perdu mais n’en tire aucune conséquence. C’est pourtant près de 80% des suffrages exprimés et près de 90% des inscrit⋅es qui n’ont pas voté pour la liste de la majorité et de ses allié⋅es.

Dans ce contexte, le résultat de la France insoumise n’est pas à la hauteur de nos efforts. Ce revers électoral n’est pas un mal français : partout en Europe notre courant de pensée, toutes formes confondues, subit un même échec électoral. Cela correspond aussi à une offensive du libéralisme qui s’appuie dorénavant sur des pouvoirs de plus en plus autoritaires et des médias massivement à son service. Aussi, nous ne parvenons pas à retrouver dans les urnes celles et ceux qui avaient fait le choix de La France insoumise en 2017. Si l’explication se situe en partie dans le caractère particulier de cette élection européenne, dans le contexte politique et dans l’adversité d’une campagne de dénigrement perpétuel contre La France insoumise, nous ne sommes pas parvenu⋅es à construire de façon transverse la jonction politique entre classes moyennes des centres villes et la population des quartiers et de la France péri-urbaine et rurale comme le veut notre projet de fédération populaire. En résulte l’installation d’un paysage politique polarisé entre Macron et Le Pen, c’est-à-dire entre le système et son assurance-vie. Ce paysage fonctionne comme une nasse qui fait reculer le moment où seront prises en charge les urgences démocratiques, écologiques et sociales.

Sur la forme, nous avons mené une campagne inédite et intense impliquant l’ensemble du mouvement et multipliant les initiatives ambitieuses sur l’ensemble du territoire. Nous saluons l’équipe de campagne et les candidat⋅es. Ils et elles se sont dévoué⋅es, sans compter leurs efforts, quels que soit leur profil et leur place sur la liste, à l’image de notre tête de liste Manon Aubry. Nous les en remercions solennellement. Nous avons trouvé sur notre route des obstacles que nous n’avons pas pu contourner. Ainsi, alors qu’une partie grandissante du peuple exprime sa défiance à l’égard du fonctionnement actuel de l’Union européenne, nous n’avons pas su la traduire en mobilisation électorale car notre mot d’ordre principal de sortie des traités a été rendu invisible et nous n’avons pas su trouver celui qui synthétiserait simplement nos propositions. Le président de la République a éclipsé la campagne en imposant son agenda médiatique. De même, l’extrême-droite s’étant une nouvelle fois appropriée nos mots, le référendum anti-Macron lui a profité et nous a desservi alors que ce prétendu duel est en fait un véritable duo. Nous n’avons pas réussi à convaincre que le vote populaire en faveur du Rassemblement National est un vote en contradiction totale avec les revendications sociales et démocratiques portées depuis six mois par le mouvement des Gilets Jaunes et ses soutiens. Enfin, l’heure des marches pour le climat confirme notre diagnostic selon lequel doit émerger une écologie populaire et anticapitaliste face au mirage de l’écologie de marché. Pourtant, le vote pour l’écologie de compromis est parvenu à donner l’illusion que l’on pouvait sauver le climat sans changer le système.

Pour autant, nous disposons de points d’appui évidents. Ils nous servent à apprécier ce qui doit structurer notre action politique dans les prochains mois :

  • Nous nous félicitons de nos résultats dans les quartiers et dans les villes populaires où nous avons déployé beaucoup d’énergie depuis l’élection de 2017. Plus que jamais, nous devons œuvrer au développement des dynamiques d’auto-organisation populaire dont le mouvement des Gilets Jaunes est la plus forte expression et aux initiatives de solidarités concrètes comme ce fut le cas par exemple avec la rénovation de l’école à Marseille, les actions contre les punaises de lit et toutes celles qui consistent à régler sans attendre les problèmes avec celles et ceux qui les rencontrent. Nous en ferons la priorité de nos efforts à venir.
  • Nous voyons dans l’émergence d’une nouvelle génération engagée dans les grèves scolaires pour le climat une nouvelle porteuse d’avenir. S’y exprime une conscience de l’urgence, d’une radicalité dans les solutions à mettre en œuvre, comme dans les modes d’actions utiles au combat idéologique. Nous voulons nous adresser à elle et nous mettons en place au sein de La France insoumise un pôle en charge des actions de désobéissance populaire pour soutenir les ONG et les mobilisations citoyennes pour l’environnement.
  • Malgré notre score très insuffisant, la France insoumise voit six eurodéputé⋅es arriver au renfort de nos combats. Avec nos parlementaires nationaux dont le travail est largement reconnu, ils et elles formeront un groupe d’élu⋅es efficaces face aux lobbies, porteront des propositions alternatives au face à face entre les libéraux et l’extrême-droite et seront aux côtés des mouvements sociaux européens (collectifs de travailleur⋅se⋅s ubérisé⋅e⋅s, etc.).

Enfin, la séquence des élections européennes a surtout été dominée par le contexte national du mouvement des Gilets jaunes et la répression judiciaire et policière violente que subissent les mouvements de contestation populaire. Malgré ses imperfections, ce mouvement conforte notre vision de la révolution citoyenne et nous sommes fiers d’y avoir participé. Déclenché sur une revendication sociale, il est venu interroger l’organisation démocratique de la société pour poser la question du pouvoir de décision du peuple. Il confirme dès lors la pertinence de la revendication d’une Assemblée constituante pour une 6ème République qui peut transformer la grève civique en un sursaut démocratique. La souveraineté populaire est notre boussole. Elle est le préalable à l’application de notre programme écologiquement et socialement ambitieux et elle sera donc l’axe central de l’activité de notre mouvement.

À ce titre, La France insoumise mettra toute son énergie pour que se tienne le référendum contre la privatisation des Aéroports de Paris en participant notamment au Comité national pour un référendum (CNR) et en impulsant des actions de collecte des signatures nécessaires. Il n’est pas question que nous laissions le patrimoine et la souveraineté des Français·es être bradés de la sorte. Cette question est transversale et offre l’occasion d’une bataille d’intérêt général face à l’oligarchie.

La France insoumise doit disposer de son propre agenda en dehors des campagnes électorales et du calendrier parlementaire national et européen. Elle doit être non seulement une opposition à Macron et à son monde. Mais elle doit surtout être force de proposition et montrer que nous pouvons réenchanter le réel. Elle doit notamment poursuivre son travail idéologique, assumer les débats en son sein et dans la société et continuer l’enrichissement de son programme en réseau avec des chercheurs, des ONG, des militant.e.s et des professionnel.le.s. Une fondation y contribuera. Le mouvement s’appuiera sur ses campagnes nationales décidées par les insoumis⋅es pour porter les combats qu’ils et elles pensent utile dans le débat politique, à l’image de la campagne de votation citoyenne sur la sortie du nucléaire.

Notre mouvement a été pensé pour être l’outil du peuple et de sa révolution citoyenne. A l’aune de la situation politique et loin des tentatives de résurrection des formes dépassées, c’est plus que jamais ce qu’il doit être. Nous continuerons à servir les luttes sociales, écologiques et démocratiques pour la dignité et l’égalité de toutes et tous. Ce sera le sens de notre action dans les prochains mois, notamment dans les batailles pour l’assurance chômage et les retraites, comme de notre implication dans la prochaine bataille électorale qui s’annonce avec les élections municipales. Nous devons être les déclencheur⋅ses du pouvoir d’agir citoyen en adaptant nos méthodes pour accompagner l’implication du peuple en politique. Après les ateliers des lois où nous disions « faites la loi vous-mêmes ! », puis les ateliers des directives européennes, nous organiserons des ateliers des délibérations du conseil municipal pour co-construire les solutions avec les citoyen⋅ne·s. Il ne s’agit pas seulement de démocratie participative mais d’une prise de pouvoir du peuple. Parce que les urgences qui nous ont poussées à faire naître « La France insoumise » demeurent, parce que plus que jamais notre pays a besoin de retrouver le goût du bonheur, nous prétendons toujours à gouverner ce pays autrement et continuons de nous y préparer.