Les Ehpad en saturation !

dans #Desintox

Suite à la mobilisation des Ehpad, qui ne faiblit toujours pas, une mission « flash » a été commandée à l’Assemblée nationale. Elle est animée par notre députée insoumise Caroline Fiat, et la députée Monique Iborra (LREM). Ses conclusions ont été déposées à la mi-mars à l’Assemblée nationale. Retour sur la lutte des personnels soignants, qui tentent d’accomplir leur métier dans des conditions dignes. Une lutte qui ne fait que démarrer, et atteint même de nouvelles régions !

 

Dix ans de violation des droits fondamentaux

Dès 2007, le premier ministre Dominique de Villepin avait formulé un objectif à 5 ans : atteindre en 2012 le chiffre de 8 salariés d’Ehpad pour 10 résidents en Ehpad. C’était un objectif déjà bien en-dessous des besoins : un Ehpad nécessite environ 40% de personnel administratif et 60% de personnel soignant. Donc 8 salariés pour 10 résidents signifient en réalité 5 soignants. Et ces 5 soignants ne peuvent pas être présents 24 heures d’affilée, ils doivent souvent travailler en deux services, et dans des conditions éprouvantes.

Plus de dix ans se sont écoulés, et nous sommes encore loin de ces objectifs, déjà insuffisants il y a 10 ans ! Aujourd’hui, en Ehpad, on trouve en moyenne 6 salariés pour 10 résidents, soit 3 ou 4 soignants pour 10 résidents. Une fois les services, les week-ends, les semaines légales de congés et les temps de repos décomptés (pour être sûr que les personnels ne subissent pas un accident professionnel), 3 soignants pour 10 personnes représentent une quarantaine de minutes de soins par individu en 24 heures, tout compris. Ce qui laisse dans le meilleur des cas une dizaine de minutes pour assurer l’hygiène des personnes, une dizaine de minutes de repas expédié, et encore une petite marge de manœuvre nécessaire en cas de souci imprévu. Ces conditions sont atroces pour les personnels, et atroces pour les résidents. Elles imposent de rogner sur le temps de douche et de soin… voire, comme dans certains établissements à bout de souffle, de renoncer à changer les draps, laver ou correctement nourrir les résidents. Tous les Ehpad sont concernés !

Cela, alors que les Ehpad sont déjà inaccessibles à de nombreuses personnes. La retraite moyenne atteint 1100€ et le minimum vieillesse 833€. Pourtant, les pensionnaires d’Ehpad paient en moyenne 1750€ par mois ! Ainsi, la majorité des retraités ne peuvent pas y être logés. Dans le meilleur des cas, s’ils touchent une retraite pleine, les séniors doivent encore trouver 640€ supplémentaires auprès de leurs proches – et le plus souvent de leurs enfants. Or, la précarité touche des millions d’actifs, parfois hors d’état d’aider leurs parents financièrement, ou bien obligés à renoncer à avoir un enfant pour préserver leurs parents en perte d’autonomie.

 

Le business de « l’or gris »

L’allongement de l’espérance de vie et la montée de la dépendance ont conduit les pouvoirs publics à ouvrir un marché privé de la prise en charge, afin de faire des économies. Quelques grands groupes s’y sont engouffrés, et font des Ehpad un secteur capitaliste féroce, qui rapporte beaucoup aux actionnaires.

Ainsi, le groupe Korian dispose de 75.000 lits dans le monde, et dispose d’une marge « confortable » de 14 % par an ! Son concurrent direct, le groupe Orpéa, le dépasse avec 18% de marge annuelle sur ses 87.000 lits. Chaque année, en France, le business des Ehpad rapporte 30 milliards d’euros, dont un quart est capté par des multinationales cotées en Bourse. Soit 7,5 milliards d’euros qui passent directement des poches des séniors à la finance internationale.

D’ailleurs, on retrouve 4 fondateurs d’Ehpad dans le classement Challenge des 500 premières fortunes de France :  Yves Journel (n°154, détient 30% de Domus Vi, fortune de 550 millions d’euros, +37% entre 2016 et 2017) ; Jean-François Gobertier (n°187, dirige GDP Vendôme, fortune de 450 millions d’euros) ; Jean-Claude Marian (n°197, dirige Orpéa, fortune de 430 millions d’euros, +40% entre 2016 et 2017) ; et enfin, Didier Mennechet et Philippe Peaulier (n°365, contrôlent SGMR, fortune de 200 millions d’euros, soit +33% entre 2016 et 2017).

Dans certains Ehpad, il ne s’agit plus de service aux personnes, mais de commercialisation des personnes âgées. On comprend mieux la pression sur les soignants et sur les pensionnaires : il faut qu’ils rapportent !

 

L’aumône et le mépris

Le gouvernement précédent, avec la ministre socialiste Marisol Touraine, a réformé le financement des Ehpad, sans se soucier des problèmes humains. Leur objectif : faire converger les budgets des Ehpad, publics ou privés, pour 2023. Comment faire ? Et bien via une formule de technocrate, identique partout et automatique, basée sur des forfaits par activité. Les conseils départementaux n’ont plus la main dessus, et ne peuvent plus pondérer au cas par cas, ou accorder des rallonges en cas de situation dramatique. Ce qui aurait pu être mené de manière à améliorer les budgets a été bâclé, et certains établissements y ont perdu, au profit d’autres. Et on constate que globalement, ce sont les établissements publics qui perdent, et les établissements privés à but lucratif qui y gagnent ! Sur le forfait dépendance, par exemple, 63% des établissements publics perdent de l’argent, ce qui n’est le cas que de 14% des privés lucratifs.

En mars, le gouvernement a promis une enveloppe de 50 millions d’euros. Cette somme représente un centième de la suppression de l’impôt sur la fortune… mais « il n’y a pas d’argent », d’après la ministre. Ce qui montre bien les priorités budgétaires… Que peut-on faire avec cette somme ridicule ? Elle représente 2000 postes d’aide-soignante au salaire moyen de la profession, soit une personne salariée pour plus de trois Ehpad !

Une tentative d’intimidation ministérielle

Avant même que notre camarade députée insoumise Caroline Fiat ne puisse présenter le rapport rédigé avec Monique Iborra, elles ont été convoquées par la ministre Agnès Buzyn, qui a affirmé qu’elle refuserait de donner le moindre sou aux Ehpad. Cette dernière s’est procuré le texte avant même l’Assemblée nationale, ce qui en dit beaucoup sur la séparation des pouvoirs sous Emmanuel Macron. On imagine qu’elle leur a réservé tout son mépris de classe désormais culte.