Chronique de François : L’érosion démocratique s’accélère

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Dimanche 28 janvier, deux élections législatives partielles, les premières du quinquennat Macron, ont donné par le niveau extrême qu’a atteint l’abstention un aperçu de la dynamique civique à l’œuvre : 70,5% d’abstention dans le Val-d’Oise et même 79,7% d’abstention dans le Territoire-de-Belfort. En chiffres inversés, cela fait tout juste respectivement 29,5% et un famélique 20,3% de participation. Un électeur sur cinq !

« C’est habituel, ce ne sont jamais que des partielles » entends-je déjà répliqué. Dont acte. Pour en avoir le cœur net, j’ai donc été jeter un œil sur les élections législatives partielles intervenues à une période similaire en métropole lors des précédentes législatures.

Durant la première année du mandat de François Hollande, quatre élections législatives partielles se sont déroulées en France métropolitaine. L’abstention était en moyenne de 62,7%. Lors des douze premiers mois d’exercice de Nicolas Sarkozy, quatre partielles ont là aussi eu lieu avec une abstention moyenne s’élevant à 65,9%. Quant à la période Chirac, histoire de commencer avec le début de ce siècle, l’abstention moyenne atteignait 61,1% sur six partielles. Pour l’heure, elle est de 75,1% pour les huit premiers mois du quinquennat Macron.

Dans le détail, le constat reste le même. L’abstention enregistrée dans le Territoire de Belfort n’avait jamais été atteinte auparavant dans la première phase du quinquennat. Seules deux partielles avaient connu plus de 70 % d’abstention, dans le Val-d’Oise en 2007 suite au remplacement de Dominique Strauss-Kahn parti au FMI, et dans le Val-de-Marne en 2012 dans un duel entre les droites à Saint-Maur-des-Fossés. Peut-être faut-il d’ailleurs voir là une raison à l’abstention enregistrée ce 28 janvier, les citoyens étant finalement déjà démobilisés par cette guerre des droites LR-EM.

Ce qui est plus notable encore, c’est que les taux d’abstention enregistrés ce dimanche n’apparaissent d’ordinaire que dans la deuxième moitié du quinquennat. Lors de la période Sarkozy, ce saut de 10 points supplémentaires d’abstention intervient au bout de deux ans. Pareil pour le quinquennat Hollande. Les taux d’abstention actuels ne s’étaient retrouvés qu’à l’occasion des partielles de 2016 soit en toute fin d’un mandat que le président et sa majorité achevaient carbonisés. Cette fois la politique de M. Macron porte quasi instantanément l’abstention à son paroxysme. C’est une usure immédiate de la démocratie, comme un vice de fabrication.

Il faut dire que M. Macron n’avait pas lésiné durant sa campagne pour se présenter comme un élément régénérateur de la vie publique et pour affirmer qu’il redynamiserait l’implication citoyenne. Huit mois après et une loi sur la moralisation de la vie publique estampillée « loi restaurant la confiance dans l’action publique » plus loin, le constat est sans appel : M. Macron a échoué sur ce sur quoi il était d’abord attendu par beaucoup de ceux qui de bonne foi ont fait mouvement vers lui. Sa principale promesse de campagne est à l’eau. « A quoi bon aller voter ?» continue de penser le grand nombre.

Alors bien sûr le signal envoyé par les électeurs n’est pas encore qu’ils veulent sanctionner M. Macron. Leur grève civique traduit pour l’instant plus leur résignation et leur dépit. Mais elle indique aussi que le processus destituant se prolonge par-delà l’élection présidentielle. Et se prolongera jusqu’à ce que les citoyens, après avoir éliminé tous les autres, fassent leur le bulletin de vote dégagiste. Celui de La France insoumise, en confortant l’implantation du mouvement lors de ces partielles, est déjà le dernier en lice.

François Cocq