Campagne contre la pauvreté : synthèse des travaux préparatoires

dans Actualités du mouvement

Cette synthèse a été réalisée à partir de plus de 200 contributions (constat, argument, campagne). Les contributions, quel que soit le type de cogitations, insistent fortement sur une volonté de prendre à bras le corps la question de la pauvreté qui n’est pas suffisamment traitée dans les mouvements politiques.

Il est souligné le caractère nécessairement global de la lutte contre la pauvreté. Ainsi, il s’agit souvent d’une « spirale infernale » englobant tous les dysfonctionnements de notre société et on retrouve ce fléau à tous les âges et sur l’ensemble du territoire : pour beaucoup de nos concitoyens, la notion de « survie » est aujourd’hui une réalité bien concrète.

 

Le constat

On peut distinguer ici les causes des situations de pauvreté et leurs conséquences pour les personnes qui y sont confrontées.

 

LES CAUSES

  • Le chômage

La pauvreté frappe les personnes au chômage. Les conditions d’indemnisation des personnes sans emploi ne permettent pas un niveau de vie décent. Les solutions mises en avant par le gouvernement comme le renforcement du contrôle des chomeurs ne peuvent constituer une réponse viable. Au contraire, les conséquences des politiques gouvernementales (baisse des emplois aidés, réforme du code du travail, réduction des dépenses publiques) vont nécessairement conduire à une augmentation du chômage et donc des situations de pauvreté.

  • La précarité dans le travail

Mais la pauvreté ne se limite pas aux personnes sans emploi. Le nombre de travailleurs pauvres a explosé : plus d’un million de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté si l’on utilise celui situé à 50% du niveau de vie médian. Les causes sont connues : stagnation du SMIC et du niveau des salaires, ubérisation du travail, temps fractionné et cumul de plusieurs emplois.

  • La pauvreté des étudiants

Les insoumis.es soulignent dans leurs constats la difficulté à être étudiant.e aujourd’hui. Cela a plusieurs traductions concrètes : les étudiants mangent et se soignent mal ; ils sont souvent contraints de se salarier pour payer leurs études ce qui compliquent la réussite de leurs parcours étudiants ; la prostitution étudiante explose.

  • La pauvreté des étrangers

Certains insoumis constatent également l’explosion des situations de précarité chez les personnes étrangères en France : la situation des mineurs étrangers isolés, des étudiants étrangers et des personnes sans papiers sont notamment soulignées.

  • Le problème de l’accès aux droits

Les insoumis.es insistent sur la complexité des démarches administratives qui freinent les personnes dans leur accès aux droits. C’est le problème du non recours dont les causes sont multiples : méconnaissance des droits, sentiment d’impuissance face à un circuit administratif complexe, intériorisation d’un service public à deux vitesses « qui n’est pas fait pour nous ».

 

LES CONSÉQUENCES

  • La santé

Les constats rédigés par les insoumis insistent sur l’impact immédiat des situations de pauvreté sur la santé des personnes qui y sont confrontées. Elles rendent difficiles l’accès aux soins, notamment en ce qui concerne les soins optiques et dentaires : de nombreux citoyens sont aujourd’hui contraints de ne pas se soigner. Par ailleurs, les personnes qui sont confrontés à ces difficultés de la vie peuvent être plus sensibles aux risques de l’alcoolisme ou de la drogue.
Ce constat est renforcé par les choix politiques de réduction des moyens alloués au système de santé et aux services sociaux, par l’opacité et la complexité des systèmes d’aides sociaux et par la suppression des aides périscolaires. Le manque de prise en charge des soins lourds et le coût des soins optiques et dentaires sont aussi pointé par les insoumis.es.
Enfin, la pauvreté fait encore davantage de dégâts lorsqu’elle frappe des personnes en situation de handicap, pour lesquelles le montant des aides n’est pas en mesure de répondre à la fois à la situation de pauvreté et à la prise en charge du handicap.

  • Le logement

Le logement est un thème qui est revenu de façon récurrente dans le constat. Le logement est souvent le point de départ pour une vie dans la société (avoir une adresse, pouvoir chercher un travail proche de chez soi, etc …) et doit permettre de vivre dans des conditions décentes.
Les situations de pauvreté peuvent se traduire par l’absence de logement. Les insoumis.es soulignent le caractère insupportable du nombre de personnes contraintes de dormir dans la rue ou dans leur voiture.

Mais la pauvreté se traduit aussi par des conditions de mal logement : logements insalubres avec leur conséquence sur la santé et la sécurité des occupants, situation de précarité énergétique renforçant la spirale de la pauvreté, explosion du montant des charges, entassement dans des logements trop petits, etc …
Ces situations sont renforcées par la spéculation immobilière et l’explosion des loyers dans le parc privé et par le manque de volonté et d’investissement des pouvoirs publics dans le logement social. De ce point de vue-là, la baisse des APLs est soulignée comme un symbole fort de l’absence totale de prise en compte des difficultés sociales liées au logement.

  • La difficulté à bien manger

Une des conséquences immédiates des situations de pauvreté est la possibilité de se nourrir correctement. Les insoumis.e.s témoignent de la banalisation et du renforcement de la fréquentation des restos du cœur, de l’augmentation de la mendicité, de la multiplication des personnes qui recherchent de la nourriture dans les poubelles ou encore de la difficulté pour de plus en plus d’enfants d’accéder à la cantine scolaire, souvent le seul repas complet de la journée.

  • L’isolement

Enfin, il est rappelé par les insoumis.e.s que la pauvreté provoque aussi un sentiment d’isolement qui enferme dans une spirale infernale. Les associations qui tentent de s’attaquer à cette difficulté n’ont pas assez de moyens et la baisse des subvention et des emplois aidés complexifie encore davantage leur travail.

Enfin pour conclure ces constats certains insoumis ont évoqués des difficultés plus spécifiques : pour les familles monoparentales, les populations carcérales, les retraités, les familles en difficulté en milieu rural, le problème de places en structures d’hébergement, les violences conjugales, la précarité des entrepreneurs, les transports pour les personnes précaires.

 

Les arguments

Il existe beaucoup d’idées reçues sur la pauvreté, les cogitations ont permis d’en recenser quelques-unes et d’y apporter des premiers arguments de réponse.

  • « Les pauvres ne veulent pas travailler, ils fraudent les assurances chômages »

Il est rappelé que le nombre de personnes identifiées comme « fraudeurs » est de 1,2 % sur l’ensemble des bénéficiaires. En effet, lorsque les chômeurs sont contrôlés, 86% d’entre eux sont bien en recherche active d’emploi. Et sur les 14% restant, près des deux tiers ne perçoivent aucune indemnité.
La difficulté est dans le trop faible nombre d’offre d’emploi : environ 190 000 offres d’emploi ne sont pas pourvues en une année, soit environ 0.4% du nombre total d’offres d’emplois.

  • « Ils profitent du système, des aides sociales, et gagnent plus que ceux qui travaillent »

Il est rappelé que les aides sociales sont un droit et que, bien souvent, les personnes ont cotisé pour y avoir droit. Il est souligné également que 5 milliards de droits ne sont aujourd’hui pas réclamés par des personnes qui devraient pourtant y avoir accès.

Enfin, les minimas sociaux sont en deçà du seuil de pauvreté et ne permettent pas de vivre dignement. Si une personne qui reprendrait un emploi verrait ses revenus baisser, c’est parce que les salaires sont trop bas et non pas parce que les aides sont trop importantes.

  • « C’est triste, mais nous n’avons pas les moyens »

Des ressources financières existent pour faire autrement. Ainsi, la France est recordman d’Europe du nombre de milliardaires. Le gouvernement Macron vient d’offrir plusieurs milliards d’euros aux plus riches du pays et la fraude fiscale représente entre 60 et 80 milliards d’euros chaque année. Une réforme fiscale d’envergure et la limitation des écarts de salaires pourraient permettre une meilleure répartition des richesses.

  • « Les aides coutent trop d’argent à l’état »

Il est important de comparer le coût des dispositifs de solidarité au coût réel de la pauvreté pour la société : santé, logement, incapacité à briser des spirales infernales. Au contraire, des dispositifs de soutien s’ils participent d’une réponse globale font progresser la société dans son ensemble.

  • « Les étrangers profitent de nos aides à la place des français »

Il faut rappeler d’abord qu’il faut 5 ans de résidence en France afin de pouvoir bénéficier par exemple du RSA et de manière générale des différentes prestations sociales.

  • « Si il y’avait moins d’immigrés, il y’aurait moins de chômeurs »

Toutes les études réalisées sur la comparaison internationale entre le taux d’immigration et le niveau du chômage montrent une absence totale de corrélation entre ces deux éléments.

 

Propositions de campagnes

Plusieurs idées de campagne ont été proposées. Nous avons choisi de les classer par thématique en indiquant à chaque fois les moyens proposés pour les mettre en œuvre. Bien sûr, cette liste n’est pas exhaustive.

  • Pauvreté et solidarité

Organiser un marché gratuit
Activer des réseaux de solidarité entre particuliers : collecte de vêtements, nourriture, entraide, etc …
Organiser des maraudes et des actions de solidarité concrètes
Mettre en place des actions de redistribution dans les supermarchés avec les députés
Développer des jardins partagés
Réaliser une chaîne de portraits de personnes confrontées à des situations de pauvreté

  • Santé et accès aux soins

Multiplier les caravanes pour l’accès aux soins dans les quartiers populaires et les zones rurales les plus frappés par la désertification médicale.
Mobiliser contre la fermeture des hôpitaux de proximité et contre la réduction des moyens alloués à l’hôpital public. Soutenir les luttes du secteur de la santé.

  • Logement

Impulser et soutenir des opérations de réquisition des bâtiments publics pour organiser le logement de personnes sans-abris.
Faire une campagne de dénonciation des municipalités qui n’appliquent pas la loi sur le logement social.
Présenter des listes aux élections des locataires HLM.
Multiplier les initiatives d’auto-organisation

  • Transports

Organiser une journée de grève du paiement des transports pour dénoncer le coût de l’accès aux transports publics.

 

Synthèse réalisée par un groupe d’insoumis coordonné par Charlotte Girard, coordinatrice nationale de la campagne de la France insoumise contre la pauvreté.