Les Assises insoumises de l’ESR

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La France Insoumise organisait samedi 8 avril une journée d’ « Assises insoumises de l’ESR » au siège national de la campagne. Il s’agissait pour l’équipe du livret thématique ESR d’approfondir la démarche d’élaboration continue et horizontale du programme. À cette fin, des syndicalistes, des membres de collectifs et des militant·e·s associatif·ve·s ont été invité·e·s à présenter leurs analyses sur la situation de l’ESR et les mesures à réaliser. D’un bout à l’autre de la journée, une cinquantaine de participant·e·s ont pris part à au moins un atelier ou une table ronde.

Les contributions générales

Nous avons premièrement écouté le point de vue d’un syndicaliste élu au Conseil d’administration d’une grande université parisienne. Celui-ci a souligné le caractère crucial de la réflexion sur la démocratisation du gouvernement des universités, en parlant du « coup d’état universitaire » représenté par les lois LRU (Pécresse, 2007) et ESR (Fioraso, 2013). Il a également évoqué l’importance du combat culturel pour la défense des libertés académiques et  l’incompatibilité de l’éthique de la recherche avec le nouveau management scientifique. La discussion qui a suivi a d’abord été consacrée à la souffrance psychologique des personnels BIATSS, enseignant·e·s et chercheur·e·s, et à la question de la bataille culturelle à mener. Elle s’est ensuite déplacée vers la démocratisation de l’université et le rôle que les étudiant·e·s pouvaient y jouer. Elle s’est conclue par l’intervention d’un représentant du livret jeunesse de la France Insoumise.

Le dernier tiers de cette matinée de travail a été consacré aux communs de la science. Un enseignant chercheur militant de l’accès ouvert aux publications a présenté l’absurdité de la situation actuelle de racket des universités et des EPST par les grandes maisons d’édition internationales. Les différents modèles d’ « accès ouvert » ont ensuite été présentés, avec leurs limites et leurs contradictions. La discussion a porté essentiellement sur les modalités techniques de mise en œuvre de ce dispositif, sur son inscription dans un contexte international et sur le lien entre le marché des publications et le développement des outils bibliométriques, qui émanent des majors de l’édition mais peuvent être alimentés par certains types d’open access.

Les ateliers

Le premier atelier portait sur la précarité des métiers de l’ESR et les difficiles conditions d’exercice du fait des réformes passées.

Un représentant des collectifs de précaires de l’ESR a rappelé la diversité de la situation des enseignant·e·s précaires dans le supérieur, en revenant notamment sur la situation dramatique des vacataires, et a rappelé les revendications du collectif national des précaires de l’ESR. Ensuite, un enseignant-chercheur précaire a présenté la situation des doctorant·e·s en revenant sur l’inégalité des précaires selon le statut mais aussi selon la discipline et le lieu d’exercice. Il s’est ensuite attardé sur les deux arrêtés et le décret de 2016 réformant le doctorat. Ces interventions ont été suivies d’un rappel des positions déjà formulées par la France Insoumise sur les questions de précarité.

L’atelier s’est poursuivi par le témoignage d’un insoumis ingénieur de recherche contractuel sur son expérience des concours dans ce corps de métier. Ce témoignage et la discussion qui suivi ont permis de revenir sur la situation complexe des concours réservés, sur les effets pervers de la loi Sauvadet dans l’ESR et sur la mécanique consistant à externaliser finalement ce qui constitue le cœur de métier de la recherche à savoir l’acquisition et le traitement des données.

Le second atelier portait sur « l’université inclusive et les discriminations dans l’ESR ». Il était en deux parties :

La première intervention était le fait d’une universitaire syndiquée et militante féministe, présentant la contribution collective d’un groupe féministe associant enseignantes et étudiantes d’une université parisienne. En partant d’exemples concrets, le collectif pose un diagnostic sans concessions et formule une série de propositions appuyées sur les bonnes pratiques observées dans plusieurs établissements. L’équipe ESR a pris note de ces propositions et s’engage à les prendre en compte ainsi qu’à accentuer la lutte pour la parité et contre le plafond de verre encore très présent dans les professions de l’ESR.

La seconde intervention de cet atelier portait sur les discriminations de nationalité et en particulier sur l’accueil des étudiant·e·s réfugié·e·s, migrant·e·s, exilé·e·s et demandeur·e·s d’asile, par un syndicaliste étudiant également président d’une structure associative d’aide à la reprise d’étude pour les migrant·e·s à Paris. 22 universités en France ont mis en place des programmes d’accueil. Les retours font état d’un grand désarroi dans un contexte général d’universités sous-dotées en moyens financiers, humains et immobiliers. Dans un premier temps, la moindre des choses serait de faire respecter un certain nombre de textes en vigueur. La généralisation de sas de FLE est aussi une nécessité absolue. Dans le même état d’esprit, il faut combler un certain nombre de lacunes et d’incohérences réglementaires. Les premières mesures d’urgence évoquées relèvent du rappel à la loi assorti d’un contrôle de son application par les établissements, elles pourront être mises en œuvre immédiatement. L’équipe ESR note en outre la nécessité de reprendre, dans la future loi sur l’Université, les dispositions sur le service inter-universitaire d’accueil des étudiants·e·s étranger·e·s introduites par la loi Fioraso, afin d’éviter tout risque de régression réglementaire sur ce point important. La mise en place du cadre national de l’Université et le retour à des financements pérennes massifs créeront les conditions matérielles d’application d’un programme d’accueil des étudiant·e·s migrant·e·s qui respecte les obligations de l’Université française.

Ces Assises seront suivies d’autres évènements relatifs à l’ESR. Ainsi, nous organiserons un atelier législatif, mais aussi une seconde édition des Assises insoumises de l’ESR.