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FAIRE FACE AUX MÉGAFEUX - Une contribution commune des Verts Populaires et de la France insoumise

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feux feu

Ce document a été rédigé par : Jérôme Gleizes (membre des Verts Populaires), Catherine Couturier (membre de la coordination de la France insoumise), Florian Chauche (ex-député insoumis du Territoire de Belfort), Damien Maudet (député insoumis de la Haute-Vienne), Anne Stambach-Terrenoir (députée insoumise de Haute-Garonne), Manuel Bompard (député insoumis des Bouches-du-Rhône)

Introduction — Saumos, l’avertissement répété

L’incendie qui part de Saumos en juillet 2026 n’est pas un objet froid. Au moment où cette note est écrite, les bilans sont encore évolutifs. Certaines données comme la surface parcourue, le nombre d’évacuations, les bâtiments atteints devront être consolidées. Mais cette incertitude ne diminue pas le fait politique : quatre ans après les incendies de 2022 à Landiras, le même massif a été soumis à une nouvelle épreuve de saturation.

Saumos ne doit donc pas être regardé comme la preuve isolée d’une thèse, mais comme le point d’entrée dans un faisceau de connaissances : aggravation du danger météorologique, allongement de la saison, fragilisation sanitaire des forêts, extension des interfaces habitat-forêt, interdépendance des réseaux et tensions sur les capacités de secours. 

Le climat est un système dynamique complexe : une modification apparemment mineure d’un paramètre peut y provoquer des effets majeurs et en cascade. Les travaux d’Edward Lorenz sur la théorie du chaos – popularisés par l’expression « effet papillon » – montrent que l’incertitude ne diminue pas avec le temps ; elle se déplace. Le capitalisme a produit des perturbations extrêmes – émissions massives de gaz à effet de serre, artificialisation, monocultures inflammables – et nous en récoltons les extrêmes climatiques. Face à cette perte de maîtrise, la planification écologique est une condition pour reprendre collectivement une forme de contrôle sur notre devenir. Le mégafeu est la conséquence d’une longue chaîne de perturbations.

Nous sommes bien dans le dérèglement climatique

Ce texte distingue trois registres. Les faits sont datés et sourcés. Les incertitudes sont présentées, qu’elles concernent le bilan d’une crise en cours, l’adaptation future d’une essence ou l’efficacité locale d’un traitement du combustible. Les choix politiques sont assumés : la science établit des contraintes et des probabilités ; elle ne décide ni du niveau de réserve, ni de la propriété, ni de la répartition de l’effort.

Nous ne vivons plus seulement dans un monde qui se réchauffe. Nous commençons à habiter un monde qui brûle.

Ce qu’est réellement un mégafeu : risque systémique, saturation et cascades

Un mégafeu n’est pas seulement un incendie plus vaste. Il devient systémique lorsqu’il coupe une route d’évacuation, menace une ligne électrique ou un site industriel, sature les télécommunications, dégrade l’air, mobilise les hôpitaux, contamine l’eau par les cendres et détourne des moyens attendus sur un autre front. Le GIEC décrit ces risques composés et en cascade : plusieurs aléas et vulnérabilités interagissent, puis leurs effets se propagent d’un système à l’autre.

Cette lecture change la préparation. Il ne suffit plus que chaque opérateur respecte séparément sa norme. Il faut tester les dépendances communes : alimentation des stations de pompage, autonomie des centres d’accueil, relais radio, accès des secours, continuité des soins et ravitaillement. Le scénario pertinent n’est plus le feu moyen, mais la concomitance plausible de plusieurs feux, d’une canicule, d’une sécheresse et de ruptures de réseau.

Il n’existe pas de seuil scientifique universel du mégafeu. Les usages vont approximativement de 1 000 hectares en Europe à 10 000 hectares aux États-Unis. Nous proposons une définition opérationnelle française : est un mégafeu tout incendie de forêt ou de végétation qui, par sa superficie, son intensité, sa vitesse, sa durée, ses phénomènes convectifs, ses sautes, la multiplicité de ses fronts ou ses effets en cascade, dépasse durablement les capacités locales de maîtrise et menace la continuité de fonctions vitales.

La surface demeure un indicateur, pas un couperet. La notion décisive est la contrôlabilité : le moment où la puissance du feu et la simultanéité des besoins imposent une stratégie défensive. Dans cette situation, l’avion ne remplace pas le territoire préparé ; le territoire préparé ne rend pas le Canadair inutile.

I Le constat, révélateur d’un échec et d’un basculement

L’incendie de Saumos en Gironde n’est pas un accident, mais la conséquence prévisible de choix politiques, économiques et d’aménagement qui ont accru la vulnérabilité des communes face à un climat déjà déréglé.

1°) Un basculement historique

a) Saumos 2026 : un feu hors norme 

En 1949, la forêt des Landes a été le théâtre du plus important incendie jamais enregistré en France, avec plus de 52 000 hectares détruits et 82 morts parmi les sauveteurs. Cet événement a constitué un choc dans l’histoire des politiques forestières et de la lutte contre les incendies. Il a conduit à une recomposition profonde des dispositifs de prévention, d’organisation des secours et de gestion des massifs forestiers. Aussi tragique qu’a été l’incendie de Saumos, il ne doit pas occulter les autres incendies qui ont parsemé la France avec un année record de plus de 115 000 hectares brûlés en 2026. 

77 ans plus tard, l’incendie de Saumos s’inscrit dans une séquence comparable, mais à une échelle inédite. : le feu aura finalement brûlé plus de 47 000 hectares, malgré les moyens déployés pour y faire face : 2 500 pompiers, 1 500 militaires, 1 200 policiers et gendarmes, 18 moyens aériens ont été mobilisés. Plusieurs zones habitées ont été directement touchées, tandis que le front de feu a menacé l’agglomération bordelaise. Plus de 220 000 personnes ont été évacuées — probablement la plus importante opération d’évacuation civile de l’histoire française en temps de paix. Sa progression a menacé trois sites classés Seveso, seuil haut, contenant des substances dangereuses, hautement combustibles dans des zones évacuées et présentant un risque d’accident industriel majeur. L’ampleur des atteintes à la biodiversité a été considérable, tant pour la faune que pour la flore. Plus largement, cet incendie s’ajoute à une succession de départs de feu observés sur l’ensemble de l’hexagone au cours de l’été. Il intervient dans un contexte de tension accrue sur les moyens de lutte et de transformation structurelle du risque incendie.

b) Les mégafeux comme nouvelle réalité écologique et territoriale

Au vu de ses caractéristiques, l’incendie de Saumos correspond à la catégorie des mégafeux. L’extension vers des territoires jusqu’alors peu exposés, marque un basculement durable du risque incendie, même si la cartographie mondiale des feux de la NASA montre que l’incendie de Saumos reste sans commune mesure avec certains incendies observés dans les zones tropicales, souvent moins densément peuplées.

Ces événements constituent une catastrophe écologique lorsqu’ils affectent des biotopes sensibles, en particulier les forêts primaires. Dans les forêts méditerranéennes de chêne-liège, la reconstitution du peuplement après incendie nécessite en général au moins quinze ans ; un nouvel incendie survenant avant ce délai augmente nettement la mortalité des arbres et fragilise la résilience de l’écosystème. La répétition des feux compromet donc durablement l’équilibre écologique. Les effets sur la biodiversité animale et végétale sont également majeurs. À titre d’exemple, l’incendie du bush australien de 2019-2020 a entraîné la mort d’environ un milliard de vertébrés, selon plusieurs estimations.

Le massif des Landes de Gascogne n’est pas une forêt demeurée à l’écart de l’histoire économique. À partir de la loi de 1857 relative à l’assainissement et à la mise en culture des Landes, près d’un million d’hectares ont été drainés et largement plantés de pin maritime, une essence locale choisie notamment pour son intérêt économique. L’objectif était ainsi d’exploiter de nouvelles ressources forestières et de répondre aux besoins de la construction ferroviaire en poteaux et en traverses. Au-delà du pin maritime, un écosystème complexe s’est diversifié avec le temps : tourbières, zones humides, étangs et ripisylves. Le pastoralisme a été très présent, ce qui permettait un entretien des espaces et une présence humaine. Aujourd’hui, environ 85% des peuplements du massif restent constitués de pins maritimes, majoritairement conduits en futaie régulière pure. Cette spécialisation a fait naître une filière industrielle majeure, mais aussi de vastes espaces forestiers relativement homogènes.

Cette homogénéité ne suffit pas, à elle seule, à expliquer les incendies. Le danger dépend de la sécheresse de la végétation, de la continuité horizontale et verticale des combustibles, de l’état des sous-bois, de l’entretien des peuplements, des sources d’ignition et de la proximité des habitations. Le réchauffement climatique renforce désormais chacun de ces facteurs. C’est pourquoi les organismes forestiers recommandent de réduire la taille des unités homogènes, de préserver ou d’introduire des essences d’accompagnement et de maintenir des espaces ouverts susceptibles de constituer des coupures de combustible.

Le problème n’est donc pas que le pin maritime serait, par nature, une erreur. Il réside dans un mode historique d’aménagement qui a organisé un territoire vivant principalement comme un appareil de production de bois, en reléguant trop souvent la diversité écologique et la sécurité collective au rang de contraintes secondaires. Le changement climatique rend cette hiérarchie désormais intenable.

Comme chaque fois, le capitalisme s’adapte. Il a permis dans un premier temps l’exploitation industrielle de la forêt, avec des monocultures d’arbres très inflammables et grands consommateurs d’eau puis a développé une industrie de la lutte contre les incendies. L’émergence des mégafeux nous oblige désormais à repenser les réponses politiques et institutionnelles.

2°) Une irresponsabilité gouvernementale …

a) les coupes budgétaires qui fragilisent la lutte contre les incendies

La Défense des Forêts Contre les Incendies (DFCI) s’inscrit dans une logique austéritaire. Le budget qui lui est alloué (action 26 du programme 149) se maintient artificiellement autour de 16,19 millions d’euros d’autorisations d’engagement — un montant globalement stable depuis plusieurs années, ce qui équivaut, compte tenu de l’inflation et de l’extension du périmètre à risque à près de 7 400 communes (contre 6 870 recensées en 2022, soit déjà une commune sur cinq), à une érosion réelle des moyens par commune exposée. Plus grave, la loi de finances pour 2025 a supprimé la ligne budgétaire spécifique dédiée à la DFCI, diluant ces crédits dans une enveloppe globale de « planification écologique ». Cette opacité comptable n’est pas anodine. Pire, l’ensemble du budget de la planification écologique s’effondre de 1 milliard d’euros en 2024 à 118,5 millions en 2026, ce qui a été largement dénoncé par les associations écologiques et les forces politiques comme la France insoumise ou les Verts Populaires.

La situation est encore plus marquée au niveau des Services Départementaux d’Incendie et de Secours (SDIS) qui constituent le premier échelon de réponse opérationnelle. Leur budget global atteint 6 193 M€ en 2024, mais sa répartition révèle une architecture financière héritée de la départementalisation de 1996 qui pèse lourdement sur les collectivités locales. Selon le rapport flash de la commission des finances de l’Assemblée nationale, les dotations des collectivités représentaient 83,3 % des recettes totales des SDIS en 2022, dont 50,7 % directement assumés par les départements. Dans le rapport co-rédigé par le député insoumis Damien Maudet sur la valeur du sauvé et le financement, la part des collectivités locales atteint même 90%. 

Cette répartition n’est pas une simple organisation institutionnelle. C’est un mécanisme de déresponsabilisation financière qui confisque à l’État sa mission régalienne de protection civile. Les départements les plus exposés au risque incendie doivent lutter avec leurs seules ressources contre un sinistre dont l’ampleur dépasse désormais le cadre départemental. Or, le montant de leurs ressources propres n’est pas en rapport avec l’ampleur du risque incendie. Cette situation crée des inégalités territoriales criantes alors que le risque s’uniformise sur l’ensemble du territoire.

Les conséquences matérielles de cette politique sont immédiates. La flotte aérienne de la Sécurité civile, outil stratégique d’extinction, est à la fois vieillissante et sous-dimensionnée. Les douze Canadair CL-415 en service affichent un âge moyen de trente ans et leur « exploitation intensive » entraîne « une disponibilité des appareils très insuffisante ». Dans le rapport co-rédigé par le député insoumis Damien Maudet, comme dans les travaux du Sénat, cette dégradation est confirmée : à certaines périodes critiques de l’été 2024, seuls trois appareils sur douze étaient opérationnels, selon la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. En juillet 2025, selon cette même source, le sous-dimensionnement de la flotte a contraint le commandement à arbitrer entre des demandes simultanées d’engagement dans l’Aude et les Bouches-du-Rhône. Mi-juillet 2026, seuls 5 canadairs étaient disponibles, 7 au plus fort du mégafeu.

Face à cet état de délabrement, le renouvellement annoncé par le Président de la République en octobre 2022 (remplacement des douze appareils par seize unités neuves d’ici 2027) a été amputé par le gouvernement Attal. Le décret du 21 février 2024, signé par le Premier ministre dans le cadre d’un plan d’économies de 10 milliards d’euros, a purement et simplement annulé 52,7 millions d’euros de crédits du programme 161 (Sécurité civile), somme précisément destinée à l’acquisition de deux Canadair supplémentaires. Cette décision budgétaire, prise au nom de la maîtrise des dépenses publiques, a contraint la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) à renoncer à la commande de ces deux appareils.

Les deux appareils effectivement commandés l’ont été dans le cadre du mécanisme européen RescEU, avec un contrat signé le 12 août 2024 et une livraison prévue en avril et décembre 2028. Mais la stratégie de renouvellement intégral a été abandonnée. La DGSCGC a renoncé à remplacer les douze CL-415 par des appareils neufs et envisage désormais un « rétrofit » (rénovation à mi-vie) des anciens avions pour atteindre seize appareils (anciens et nouveaux confondus) d’ici 2033. Le gouvernement a préféré économiser 52,7 millions en 2024 pour reporter la dépense à plus tard et laisser la flotte végéter pendant une décennie supplémentaire. La Cour des comptes avait déjà pointé en 2022 « l’absence de vision stratégique de l’État dans la gestion de sa flotte ». Le décret du 21 février 2024 n’a fait que matérialiser cette incurie.

Finalement le ministre de l’intérieur a signé le 4 juin une commande pour 2 nouveaux canadairs pour un montant de 209 millions d’euros. Mais ils ne seront pas livrés avant fin 2032 ou même courant 2033. 6 voire 7 ans à attendre alors qu’il y a urgence. C’est là aussi la conséquence des choix gouvernementaux : rien n’a été fait pour développer une filière française de Canadair, renforçant nos dépendances vis-à-vis de l’industriel canadien De Havilland, en rupture complète avec les objectifs affichés de reconstruction d’une souveraineté industrielle.

Autre critique, la France entend combattre les mégafeux de 2026-2030 avec une flotte conçue dans les années 1990. Cette incurie budgétaire s’apparente à un calcul politique à court terme dont le coût social et écologique est exorbitant. Alors que l’été 2026 a déjà vu 115 000 hectares brûlés sur le territoire national mi-juillet, battant le record historique de 2022, les dommages immobiliers et les coûts d’évacuation liés à l’incendie de Saumos dépasseront largement les coupes budgétaires. L’austérité appliquée à la prévention et à la lutte contre les incendies n’est donc pas une économie : c’est augmenter le risque pour les populations et les écosystèmes.

b) Une absence de planification de la lutte contre les feux

Depuis la rédaction des rapports cités, la loi du 10 juillet 2023 et le Troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3) ont créé un cadre national. Le problème n’est donc plus l’absence absolue de stratégie, mais l’écart entre les documents, les financements, la territorialisation et les obligations contrôlables.

Les choix budgétaires sont des choix politiques. À titre d’exemple le budget de la sécurité civile est de 874 millions contre 1,3 milliards consacré à la police des étrangers. Mais ce sont aussi des choix court-termistes qui montrent une absence de planification de long terme. Alors que le risque d’incendie augmente, la France ne dispose d’aucune stratégie nationale cohérente de prévention et de lutte contre les incendies. Cette carence structurelle a été formellement établie par le rapport interministériel commandé en mars 2022 aux inspections générales de l’administration, de l’environnement et au Conseil général de l’alimentation. Ses conclusions sont implacables : il existe un « déficit de pilotage au niveau national ». L’État français a produit des rapports pendant quinze ans sans en assurer le suivi, laissant chaque direction générale « concentrée sur son seul domaine de compétences » alors qu’il y a une « intensification du risque dû au changement climatique ».

Cette absence de pilotage se traduit concrètement par l’échec des outils de planification existants. Les Plans de Protection des Forêts Contre les Incendies (PPFCI), théoriquement déclinés à l’échelle départementale ou interdépartementale, peinent à constituer un cadre opérationnel. Mais l’approche reste bureaucratique comme le montre le schéma sur « les outils disponibles pour la prévention des feux de forêt ».

Le rapport ancien de 2016 du Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux constatait déjà que les équipements DFCI n’étaient pas suffisamment inscrits dans la stratégie de prévention, que leur hiérarchisation manquait de faisabilité, et que les PPFCI eux-mêmes n’intégraient pas assez les impératifs de protection de la biodiversité et de la ressource en eau. Dix ans plus tard, le constat est identique : les PPFCI restent des documents administratifs sans contrainte réelle, sous-financés et déconnectés des réalités du terrain.

Le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) a produit de nombreuses notes techniques et proposé des réformes sur la prise en compte du risque incendie de forêts dans l’urbanisme. Il indique que « le risque incendie de forêts est aggravé par la progression de la pression urbaine dans un contexte de croissance démographique très importante, le développement de l’habitat à l’interface des forêts ». L’incendie de Saumos montre que l’artificialisation des friches et la densification périphérique des zones boisées a aggravé la vulnérabilité des territoires. À Saumos, le feu est parti d’une opération de débroussaillement réalisée par un prestataire pour le compte d’Enedis, dans le cadre des obligations de prévention et de sécurité autour des ouvrages électriques. Une mesure de prévention est ainsi devenue le déclencheur d’une catastrophe. Cet épisode révèle l’absurdité d’un système où la prévention est morcelée entre acteurs privés, collectivités et services de l’État, sans coordination opérationnelle ni supervision étatique.

En définitive, la France fait face aux mégafeux de 2026 avec une architecture de planification héritée des années 1990, pensée pour des incendies de surface limitée et des saisons courtes. Le rapport interministériel évoqué ci-dessus appelait pourtant à un « changement de paradigme » et à « apprendre à vivre avec le feu » dès 2024. Mais à l’instar des rapports parlementaires sur les moyens aériens, ces recommandations sont restées sans suite. L’absence de planification n’est pas une lacune technique : c’est un choix politique qui consiste à ne pas faire du risque incendie une priorité stratégique nationale.

c) les leçons non tirées des incendies de Landiras 1 et 2 (2022)

Quatre ans avant Saumos, la Gironde avait déjà été le théâtre d’une catastrophe annonciatrice. Les incendies de Landiras 1 (déclenché le 12 juillet 2022) et Landiras 2 (reprise le 9 août 2022) ont ravagé environ 20 000 hectares cumulées de forêt des Landes de Gascogne, entraîné 16 000 évacuations sur la seule commune de Landiras et mobilisé jusqu’à 1 700 pompiers venus de toute la France et de plusieurs pays européens. Le feu n’a été déclaré éteint que le 28 septembre 2022, après plus de deux mois et demi de lutte. À l’échelle départementale, l’été 2022 a fait près de 30 000 hectares brûlés et 50 000 évacuations préventives.

Face à cette hécatombe, le Conservatoire Botanique National Sud-Atlantique (CBNSA) a produit dès le 22 juillet 2022 une note d’alerte sur les enjeux de biodiversité, suivie d’un rapport d’expertise complet en 2023. Ce document dressait un constat écologique sans appel : destruction des habitats, mortalité des espèces patrimoniales, vulnérabilité des milieux tourbeux, et risque de prolifération d’espèces pyrophytes (espèces qui tirent profit des feux pour se développer). Il recommandait la mise en place de dispositifs de suivi post-incendies, l’évaluation de la résilience des milieux, et des mesures pour « limiter le risque incendie tout en favorisant la biodiversité ». Ces recommandations, pourtant élaborées par une institution scientifique publique, sont restées largement lettre morte. Aucun dispositif de suivi structuré n’a été déployé, aucun plan de reconstruction écologique du massif n’a été engagé.

Parallèlement, le rapport interministériel de janvier 2024, commandé après les incendies de 2022 aux inspections générales de l’administration, de l’environnement et au Conseil général de l’alimentation, a formellement identifié les failles structurelles mises au jour par les incendies : déficit de pilotage national, absence de coordination interministérielle, manque de coordination entre services, et carence des outils de planification. La seule réponse législative a été une proposition de loi adoptée en juin 2023, renforçant les obligations de débroussaillement et interdisant de fumer en forêt. Lors de l’examen de cette proposition de loi, les députés insoumis ont tenté, en vain, de faire voter des amendements pour y inclure une reconstruction de l’ONF et une véritable politique de gestion de la forêt face au risque incendie. Ils ont finalement rejeté cette proposition de loi qui était clairement une occasion manquée.

Quatre ans après Landiras, le même département, la même forêt des Landes, la même préfecture de Gironde sont confrontés à l’incendie de Saumos. Les mêmes failles se sont reproduites, à une échelle infiniment supérieure. Le rapport CBNSA avait pourtant alerté sur la nécessité d’anticiper la répétition des feux dans des écosystèmes déjà fragilisés. La réponse politique s’est limitée à des promesses de « grand chantier national » lors de la visite présidentielle de juillet 2022, suivies d’inaction. Les leçons de Landiras ont été tirées, mais elles ont été ignorées.

d) Des alertes restées sans suite

A la suite des incendies de 2003 en France et de 2005 au Portugal, une mission d’information de l’Assemblée nationale (“mission sur l’effet de serre”) remettait un rapport en 2006 où le risque de feux de forêts était déjà indiqué comme ayant tendance à s’accroître et à s’élargir à la majorité du territoire métropolitain. 20 ans déjà. Depuis rien n’a été fait.

Depuis 2022, à la suite des incendies alors qualifiés d’exceptionnels, Florian Chauche, puis Damien Maudet, rapporteurs spéciaux du programme « Sécurité civile », ont régulièrement alerté, à l’occasion de l’examen des précédents projets de loi de finances, sur l’insuffisance des moyens humains et matériels consacrés à la lutte contre les feux de forêt . Ces alertes prennent aujourd’hui une résonance particulière : depuis le début de l’année, près de 119 000 hectares ont déjà brûlé sur le territoire, soit près du double des surfaces incendiées en 2022. Ce niveau inédit s’explique notamment par une sécheresse précoce et des vagues de chaleur intenses, conséquences de l’aggravation du changement climatique. 

Cette situation est d’autant plus préoccupante que la flotte aérienne de la sécurité civile est aujourd’hui vieillissante et sous-dimensionnée au regard de l’extension, tant géographique que temporelle, du risque d’incendie de forêt. À ces difficultés s’ajoutent les incertitudes concernant la capacité du constructeur De Havilland à respecter les délais de livraison des nouveaux Canadair. Face à ces contraintes, plusieurs propositions ont été formulées afin de renforcer, à court comme à long terme, les capacités nationales de lutte contre les incendies.

Les rapporteurs préconisent notamment de diversifier les moyens aériens de lutte contre les feux de forêt, en envisageant l’acquisition d’hélicoptères lourds bombardiers d’eau afin de répondre aux besoins les plus urgents. Ils recommandent également la définition d’une stratégie pluriannuelle d’investissement destinée à assurer le renouvellement de la flotte aérienne de la sécurité civile. Dans une perspective de souveraineté stratégique et opérationnelle, ils proposaient par ailleurs qu’une partie des crédits du programme 161 soit consacrée au soutien de projets français et européens de développement d’avions bombardiers d’eau, afin de favoriser l’émergence d’une capacité industrielle européenne dans ce domaine.

Enfin, leurs recommandations portaient sur la pérennisation du pacte capacitaire, afin de permettre aux services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) de poursuivre le renforcement de leurs moyens terrestres, notamment par l’acquisition de camions-citernes feux de forêts (CCF).

Ces différentes propositions témoignent d’une volonté de construire une réponse plus durable et plus cohérente face à l’évolution du risque incendie, en combinant le renforcement des capacités nationales, le renouvellement des moyens aériens et terrestres et le soutien aux filières industrielles françaises et européennes.

Les travaux des rapporteurs ont également mis en évidence les fragilités croissantes du modèle de financement des SDIS, dont les équilibres apparaissent aujourd’hui de plus en plus difficiles à maintenir. Cette question est indissociable de celle de l’adéquation des moyens des SDIS à l’évolution de leurs missions et à l’intensification des risques auxquels ils sont confrontés.

Ces constats ont notamment été développés dans le rapport d’information consacré à l’évaluation de l’adéquation des moyens des services départementaux d’incendie et de secours à leurs missions et aux défis à venir, ainsi que dans le rapport d’information visant à mieux définir la stratégie de renouvellement de la flotte aérienne de la sécurité civile. 

3°) … mais aussi la conséquence d’une transformation profonde et durable de la France.

a) Un climat dérégulé et des sécheresses extrêmes

L’incendie de Saumos s’inscrit dans un contexte climatique et météorologique particulièrement dégradé. La France vient de connaître trois mois consécutifs parmi les plus chauds de son histoire. L’« anomalie » climatique dépasse 3,5°C par rapport à la moyenne mensuelle des trente dernières années.

Cette « anomalie » statistique tend à devenir la norme du climat futur. Les 40°C ne seront plus l’exception sur une partie du territoire et des températures comprises entre 45°C à 50°C pourraient devenir plus fréquentes.

D’autant que les gouvernements successifs sont loin de respecter leurs propres objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre françaises. Ainsi, selon les estimations publiées par Citepa le 8 avril 2026, elles ont baissé de seulement 1,8% entre 2023 et 2024, et de 1,5% entre 2024 et 2025 : c’est donc trois fois moins que les 4,6% demandés par la Stratégie nationale bas carbone 2, et la réduction des émissions de GES ralentit alors que la France et l’ensemble de l’Europe occidentale se réchauffent environ deux fois plus vite que la moyenne de la planète.

La conséquence immédiate est une sécheresse parmi les plus sévères observées depuis le début des mesures fiables en 1947. L’indice hydrique n’a jamais été aussi déficitaire.

Et les incendies qui s’en suivent nous font entrer dans une nouvelle ère climatique où nous devrons vivre avec comme le montre le graphique suivant :

Cette situation s’inscrit dans une accélération structurelle documentée depuis plusieurs années. L’année 2022, marquée par les incendies de Landiras, reste une référence, mais elle est en train d’être dépassée : température moyenne annuelle de 14,5°C, soit +1,5°C au-dessus des normales, 33 jours de vague de chaleur, déficit pluviométrique de 25%, et sécheresse des sols superficiels à partir de mars dépassant les records observés, y compris ceux de 1976.

Les projections disponibles depuis des années rendent cette trajectoire irréversible. Elle reste pourtant ignorée par la Macronie. Selon les travaux présentés au Sénat en 2022 par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), la zone à risque incendie, qui couvre aujourd’hui environ 30 % du territoire du Sud-Est, s’étendra à près de 50 % en 2050 et jusqu’aux deux tiers à la fin du siècle dans le scénario pessimiste. Les surfaces brûlées devraient augmenter de 80% d’ici 2050, et la haute saison des feux, aujourd’hui concentrée du 15 juillet au 24 août, irait du 15 juin au 15 septembre, soit un quasi-triplement. Le portail gouvernemental consacré à l’adaptation au changement climatique confirme ces tendances : avec un réchauffement de +2,7°C, la France métropolitaine connaîtra 24 jours supplémentaires de sécheresse des sols en été, et les épisodes extrêmes pourront durer 4 à 5 mois dans le nord, voire 7 mois dans les régions méditerranéennes.

Ce qui se passe en France n’est pas déconnecté du reste de la planète. Le 14 juillet 2026, la Terre a affiché un écart thermique de 136,8 °C entre le lieu le plus chaud (52,7°C à Omidieh, Iran) et le lieu le plus froid (-84,1°C à la station Concordia, Antarctique). Nous assistons à un dérèglement climatique global dont les incendies de forêt ne sont que l’un des symptômes les plus visibles.

b) Des écosystèmes forestiers de plus en plus inadaptés

La forêt française est simultanément victime, combustible et milieu vivant. La sécheresse, les dépérissements, la structure des peuplements et la continuité des combustibles peuvent accroître la propagation ; le bois mort conserve cependant des fonctions écologiques essentielles. La réponse ne peut être un nettoyage uniforme, mais une gestion spatialisée qui traite prioritairement interfaces habitées, voies d’évacuation et coupures stratégiques.

La Cour des comptes l’a souligné dans son rapport de 2024 : les reboisements intervenus après les tempêtes de 1999 et 2009 ont constitué des « zones de plusieurs centaines d’hectares de peuplement de même âge et d’un seul tenant », supprimant la mosaïque traditionnelle d’âges et d’essences qui freinait historiquement la propagation des incendies. Ces jeunes boisements, particulièrement inflammables, couvriront 350 000 hectares d’ici 2030. Le pin maritime, certes économiquement rentable, est « plus combustible que d’autres essences » et sa vulnérabilité s’accroît avec le réchauffement climatique. L’INRAE préconise pourtant depuis des années la plantation d’essences d’accompagnement — « chênes lièges, tauzins, chênes pubescents » — pour rompre la continuité du combustible. Ces recommandations restent largement ignorées par la filière bois, plus attentive à la rentabilité immédiate qu’à la résilience écologique.

Ce déni de la réalité écologique ne se limite pas aux Landes. Sur l’ensemble du territoire, la forêt française est en dépérissement accéléré. L’Inventaire forestier national (IGN) a publié en octobre 2025 des données alarmantes : la mortalité des arbres a augmenté de 125 % en dix ans, et 8 % des arbres présentent des symptômes d’altération sanitaire. Le Département de la santé des forêts (DSF) estime à 670 000 hectares la surface dépérissante — soit l’équivalent du cumul des surfaces incendiées sur les trente-cinq dernières années. Les épicéas, chênes sessiles, châtaigniers, frênes et hêtres sont particulièrement touchés, dans un climat qui leur devient hostile, victimes de sécheresses répétées et de bioagresseurs qui prolifèrent (champignons et insectes xylophages). Une forêt affaiblie brûle plus vite et se régénère moins bien. La capacité de la forêt française à absorber du carbone a été divisée par deux en dix ans, transformant un puits de carbone en émetteur potentiel.

Face à cette dégradation, l’Office national des forêts (ONF) a élaboré une stratégie d’adaptation des forêts au changement climatique (AFCC) qui préconise la diversification des essences, la « forêt mosaïque » et une gestion adaptative fondée sur l’observation, le diagnostic et des réajustements ciblés. Mais cette stratégie bute sur un obstacle politique et économique de taille : la forêt française, à 75% privée, soit environ 13,2 millions d’hectares sur 17,6, échappe en grande partie à la planification publique. Les propriétaires forestiers, incités par les filières industrielles du bois et des résines, continuent de planter des monocultures de résineux à haute inflammabilité. L’État, loin de contraindre cette logique, la subventionne par le biais de la politique forestière et du code forestier qui privilégient la production de biomasse à la résilience des écosystèmes. La forêt française n’est pas inadaptée par nature : elle est rendue inadaptée par des choix sylvicoles et industriels qui persistent malgré l’alerte scientifique. Entre le dépérissement sanitaire, la monoculture inflammable et l’absence de stratégie de reconquête écologique, les écosystèmes forestiers deviennent des accélérateurs du sinistre plutôt que des freins.

Dès la mandature 2017/2022, le groupe parlementaire de la France insoumise s’est engagé dans un travail approfondi sur la préservation de notre écosystème et particulièrement de la forêt. Le 24 septembre 2019, Mathilde Panot annonçait le lancement d’une commission d’enquête citoyenne appelée « Forêt bien commun », réunissant des parlementaires de gauche et des spécialistes, pour proposer un contre-modèle à l’industrialisation massive des forêts françaises. C’est à l’appui de cette commission qu’a été déposée une première proposition de loi le 15 septembre 2020 visant à l’encadrement des coupes rases.

Puis le 3 décembre 2021, l’Institut La Boétie organisait un Forum mondial sur les forêts. Cet événement a été retransmis en direct avec la participation de nombreux invités internationaux. Il a été introduit par Mathilde Panot, présidente du groupe parlementaire de La France insoumise, et conclut par Jean-Luc Mélenchon, député des Bouches-du-Rhône. La brochure réalisée suite à cette initiative traite d’un bien commun menacé et pourtant essentiel : la forêt.

Entre 2022 et 2024, la députée insoumise de la Creuse Catherine Couturier a poursuivi ce travail. Suite aux incendies de Landiras, elle a présidé une mission d’information qui aboutira à 39 propositions. Or, ces propositions transpartisanes, déposées sous forme d’amendements, seront balayées d’un revers de la main par le gouvernement et sa majorité lors de l’examen de la loi de 2023.

Elles aboutiront tout de même sur le dépôt d’une proposition de loi transpartisane, signée par 118 députés qui ne sera malheureusement jamais inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale.

Après la dissolution et les élections législatives de 2024, elle sera finalement redéposée dans sa version initiale par le député insoumis de l’Essonne Bérenger Cernon, mais les groupes socialistes, communistes et écologistes refuseront de la signer pour ensuite déposer un texte moins-disant et moins exigeant pour les industriels de la forêt en juillet 2026.

c) Une extension urbaine mal maîtrisée

L’incendie de Saumos a détruit des zones forestières et habitées, menaçant Bordeaux. Ce n’est pas un hasard, en France métropolitaine, neuf feux sur dix sont d’origine humaine, et la grande majorité naissent à proximité des zones bâties. Plus on construit au bord des massifs forestiers, plus on multiplie les possibilités de départs de feu. Et la France continue de construire avec une voracité sans précédent. Selon les données INSEE-Agreste, les sols artificialisés couvrent aujourd’hui 9,1 % du territoire métropolitain — soit près de 5 millions d’hectares — et ont augmenté de 66 % en quarante ans, trois fois plus vite que la population. Entre 2019 et 2022, 61 800 hectares d’espaces naturels, agricoles et forestiers ont été artificialisés, soit environ 20 600 hectares par an selon les fichiers fonciers du Cerema.

Cette consommation d’espace n’est pas une fatalité démographique : elle est le résultat d’un modèle urbain choisi. L’habitat individuel concentre à lui seul 63 % de l’artificialisation, et les opérations de faible densité — moins de 8 logements par hectare — sont responsables de 51 % de la consommation d’espaces pour seulement 19 % de la production de logements. C’est l’étalement pavillonnaire et le mitage, indissociables de la voiture et des zones d’activités périphériques, qui poussent les populations vers les franges forestières. Les communes à faible densité, souvent situées en périphérie des massifs boisés, artificialisent à un rythme bien supérieur aux centres urbains, sans que les documents d’urbanisme ne parviennent à enrayer la tendance.

Il faut ajouter à cela les impensés de l’aménagement du territoire, et notamment le poids des infrastructures liées aux transports, qui constituent 26 % des sols artificialisés. Or la France, avec au moins 1 105 094 km de voies routières (chiffres de 2021), a déjà le réseau routier le plus dense d’Europe… mais l’Etat continue de le développer sans aucune réflexion relative au changement climatique et à l’effondrement de la biodiversité, comme en témoignent les nombreux conflits à travers le pays contre des projets d’autoroutes et autres contournements imposés (A69, A412, A31bis, Contournement Ouest de Montpellier, etc.). Malgré l’urgence, l’Institut de la transition foncière alertait le 4 mars 2026 : « la construction de nouvelles routes continue de consommer des espaces naturels, agricoles et forestiers ».

Face à ce constat, la loi Climat et Résilience de 2021 avait inscrit l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) à l’horizon 2050, avec une réduction de moitié de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers d’ici 2031. Mais l’État a légiféré sans imposer de contrainte réelle, laissant les communes et les promoteurs continuer d’étaler l’habitat sur des zones à risque. De plus, dès 2023, des lois successives ont introduit de nombreux assouplissements au dispositif, permettant notamment de comptabiliser certains projets à l’échelle nationale plutôt qu’au niveau régional ou local, ou encore instaurant des dérogations sectorielles au principe de sobriété foncière. Ainsi la loi de simplification de la vie économique en exonère l’ensemble des projets considérés comme “d’intérêt national majeur” (parmi lesquels projets industriels, d’infrastructures ou encore de Data-centers) et leur autorise sans justification un dépassement de 20 % dans les surfaces ouvertes à l’urbanisation, voire plus avec l’accord du représentant de l’État.

La multiplication de constructions, y compris isolées au milieu des bois, rend l’intervention des pompiers bien plus difficile et dangereuse en cas d’incendie, les obligeant à éparpiller leurs forces pour défendre maison après maison au lieu de pouvoir se concentrer sur la sauvegarde de villages ou hameaux. Rien que 240 habitations ont été détruites à Saumos sans compter celles des autres villages et celles qui sont endommagées. La question va se poser : faut-il laisser reconstruire des maisons dans des secteurs isolés entourés par la forêt ? Comment organiser la prévention des incendies autour des villages ? Le nombre et la largeur des pare-feu telle que prévue actuellement sont-ils suffisants surtout dans des forêts de résineux ?

d) Une catastrophe écologique qui touche aussi la faune et la flore

L’incendie de Saumos a également anéanti des écosystèmes entiers. Le bilan écologique des incendies de 2022 dans la même région, établi par le Conservatoire Botanique National Sud-Atlantique (CBNSA), donne la mesure de ce qui nous attend. Sur le seul secteur de Landiras-Hostens, les experts ont recensé l’impact sur 33 associations végétales avérées, 12 habitats d’intérêt communautaire, 489 espèces de plantes vasculaires dont 19 protégées, et 129 espèces de mousses. Sur le secteur de La Teste-de-Buch, c’est une forêt à forte naturalité qui a été rasée — vieux arbres, bois mort, diversité des strates : l’essentiel de ce qui constituait la richesse de l’écosystème a disparu, et le CBNSA estime que plusieurs centaines d’années seront nécessaires à sa reconstitution. La surface de l’incendie de Saumos étant plus importante, nous avons lieu d’être inquiets. La destruction est sans commune mesure.

La faune n’est pas épargnée. Le rapport du CBNSA, pourtant complet sur la flore, ne livre aucune estimation de mortalité animale. Le seul suivi faunistique disponible, mené deux ans après les incendies sur la réserve d’Hostens, relève une « forte mortalité » des proies et l’absence de plusieurs espèces de reptiles (couleuvre vipérine, lézard ocellé), mais reconnaît l’impossibilité de tout bilan chiffré faute de données pré-incendie.

Et le pire est peut-être à venir. Les sols nus, dévégétalisés par le passage des flammes, deviennent vulnérables à l’érosion hydrique dès les premières pluies. Les cendres, riches en phosphore et en azote, polluent les cours d’eau et les nappes phréatiques. Les espèces exotiques envahissantes — mimosa, robinier faux-acacia, ailante glanduleux, raisin d’Amérique — colonisent les zones brûlées plus vite que les espèces indigènes. Le rapport du CBNSA relève déjà la « forte dynamique » du robinier dans les boisements incendiés d’Hostens et l’expression accrue de la banque de graines du raisin d’Amérique. Une plantation de chêne rouge d’Amérique, espèce exotique envahissante à impact majeur, a même été observée en zone incendiée de La Teste-de-Buch : elle « modifiera le devenir de l’habitat et les végétations alentours ». Ces invasions biologiques transforment les écosystèmes en monocultures inflammables, préparant le terrain du prochain sinistre. Le rapport interministériel de 2024 soulignait déjà que les PPFCI n’intégraient pas assez les impératifs de protection de la biodiversité et de la ressource en eau. Quatre ans après Landiras, et alors que Saumos vient de brûler, aucun plan de reconstruction écologique n’a été annoncé. L’État français n’a toujours pas créé de fonds dédié à la restauration des écosystèmes incendiés. La faune et la flore brûlent deux fois : une fois par le feu, une seconde fois par l’indifférence politique.

e) Des impacts importants sur la santé

La destruction écologique s’accompagne d’une autre catastrophe invisible : l’atteinte à la santé humaine. Prev’Air, le service national de prévision de la qualité de l’air, a confirmé que les feux de Gironde entraînaient une dégradation importante de la qualité de l’air, avec des dépassements du seuil d’alerte pour les PM10 (80 µg/m³) en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, et des seuils d’information atteints en Auvergne-Rhône-Alpes et en PACA. Le panache de fumée, transporté sur plusieurs centaines de kilomètres, a affecté l’intérieur des terres dans les jours suivants. L’ARS Nouvelle-Aquitaine a rappelé les recommandations sanitaires et annoncé l’acheminement de 2,5 millions de masques FFP2 issus des stocks stratégiques — des mesures d’urgence a posteriori, sans stratégie préventive structurée.

L’Anses a documenté la composition de ces fumées : particules fines (80 % de PM₂,₅), monoxyde de carbone, composés organiques volatils (acroléine, formaldéhyde, benzène), HAP et métaux lourds. L’inhalation provoque des symptômes respiratoires, des otites, des dermatites, et peut entraîner des hospitalisations pour asthme et maladies cardiovasculaires. L’OMS Europe rappelle que ces particules pénètrent dans la circulation sanguine, avec des effets à long terme sur les systèmes cardiovasculaire et respiratoire.

Les pompiers sont les plus exposés. L’INRS identifie les particules, gaz et fumées professionnels comme le deuxième facteur de risque de décès chez les sapeurs-pompiers, juste après les longues heures de travail. L’Anses souligne que les pompiers restent exposés aux fumées pendant les phases de surveillance et via la contamination des équipements par les suies. L’État dispose depuis des années de données scientifiques validées. Pourtant, la protection de la santé publique face aux incendies n’a jamais été intégrée dans la planification nationale de lutte contre les feux. Là encore, l’incurie n’est pas technique, elle est politique.

II Les propositions

Face à ce constat d’échec structurel, il convient de proposer une rupture avec la logique actuelle. Les rapports parlementaires successifs — notamment ceux des députés insoumis Florian Chauche (2023, 2024) et Damien Maudet (2025) — ont tous alerté sur le sous-dimensionnement structurel de nos moyens. Toutes ces recommandations sont restées sans suite.

1°) Renforcer la lutte contre les incendies

a) Une session parlementaire extraordinaire pour répondre à l’urgence

Dès le début de l’été, les députés insoumis par l’intermédiaire du président de la commission des finances Eric Coquerel ont demandé la convocation d’une session parlementaire extraordinaire pour répondre à l’urgence. Il s’agissait de voter sans délai un budget rectificatif afin de permettre le vote des crédits nécessaires aux pompiers et à la protection civile. Par exemple, les kits de largage A400M ont été testés et validés, mais il n’y a toujours aucune commande publique, bien que la sécurité civile craigne une rotation trop faible pour ces modèles. Malheureusement, cette proposition est restée sans suite et les moyens ont été largement insuffisants.

b) Une commission d’enquête parlementaire sur la gestion des incendies de l’été 2026

Pire encore, le gouvernement aura répété durant tout l’été que les moyens aériens, comme terrestres, étaient suffisants pour faire face à la crise. Il aura finalement reconnu, par l’intermédiaire du ministre de l’intérieur Laurent Nunez qu’il s’agissait d’une “posture” pour répondre aux oppositions et non d’une réalité. Face à ces mensonges et à la colère populaire légitime face à l’abandon de l’Etat face à ces phénomènes, les députés de la France insoumise ont demandé le 18 août la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur la gestion des incendies de l’été 2026.

c) Moyens aériens : sortir de la dépendance et de l’improvisation

Nous proposons : 

  • de diversifier et d’augmenter la flotte aérienne par l’acquisition d’hélicoptères lourds bombardiers d’eau qui pourront être utilisés pour le transport de personnel et de matériel lors d’autres événements climatiques extrêmes
  • d’engager le développement d’une filière nationale de production de bombardiers via la commande publique et en collaboration avec les autres pays du pourtour méditerranéen.
  • de sécuriser la commande de kits de largage (20 000 litres) pour les avions A400M
  • de créer un fonds national de soutien à la recherche et à l’innovation en matière de sécurité civile
  • d’intégrer le sujet des drones, capteurs et radars d’observation et de surveillance dans le dispositif des pactes capacitaires de la sécurité civile
  • de poursuivre le maillage du territoire national en pélicandromes pour permettre aux moyens aériens de lutte de se ravitailler en eau et en produit retardant
  • de revaloriser des personnels non navigants de la sécurité civile et programmer la réinternalisation de la maintenance des avions de la sécurité civile
  • d’engager une réflexion sur la répartition des moyens aéronefs sur le territoire national en portant une attention particulière aux territoires ultramarins

d) Moyens terrestres : sortir de la dégradation

La situation des moyens terrestres est tout aussi préoccupante. Le parc de camions-citernes feux de forêt (CCF) est passé de 5 117 en 2002 à 3 845 en 2020. Celui de fourgons pompe-tonne (FPT) a diminué de 4 093 à 3 143 sur la même période. La répartition territoriale est extrêmement inégalitaire : 45 % du parc national de CCF est regroupé dans seulement 16 départements, et certains départements n’en possèdent aucun

Le rapport d’information de Florian Chauche sur l’évaluation des SDIS soulignait que le taux de vétusté du matériel mobile d’incendie est passé de 51 % en 2011 à 61 % en 2021. Les SDIS ont essentiellement investi dans les véhicules de secours aux personnes (plus de 80% des interventions), au détriment des véhicules de lutte contre les incendies. Il faut réorienter le rôle des SDIS dans la lutte contre les incendies, ou dissocier les deux missions. L’objectif de la FNSPF est de 10 000 CCF d’ici 2027.

Nous faisons notre objectif et proposons de l’adosser à un financement identifié : d’une part l’augmentation de la fraction de TSCA reversée aux départements, comme le préconise déjà le rapport Chauche. Nous fixons par ailleurs un objectif de résorption de la vétusté.

Pour rappel, sur trois exercices budgétaires et deux majorités différentes, de nombreux amendements ont été déposés par les députés insoumis pour augmenter ce financement. Ils ont tous été refusés. On peut citer par exemple : 

  • en 2023 les amendements CF1333 (14 millions d’euros en faveur de la sécurité civile pour enclencher l’acquisition d’hélicoptères lourds pour diversifier et compléter notre flotte aérienne de sécurité civile), CF1334 (15 millions d’euros supplémentaires par an pendant cinq ans à la dotation de soutien à l’investissement structurant des SDIS) ou II-2936 (30 millions d’euros pour acheter un avion bombardier d’eau amphibie supplémentaire).
  • en 2024 l’amendement II-837 (35 millions d’euros pour l’acquisition d’hélicoptères lourds qui sont d’une taille plus réduite que les Dash ou les Canadairs et sont de bons vecteurs pour les interventions initiales ou pour traiter des points chauds résiduels une fois le feu fixé)
  • en 2026 l’amendement II-3298 (5 millions d’euros pour sécuriser une future commande de kits de largage pour les Airbus A400M).

Cumulés, ces refus représentent plus de 99 millions d’euros de moyens supplémentaires refusés par la Macronie - auxquels s’ajoutent les 52,7 millions d’euros de crédits annulés en 2024 (voir I.2.a). Ce chiffre de plus de 150 millions d’euros de moyens refusés en trois ans 

Mais pour sortir de l’urgence et des annulations budgétaires récurrentes, nous proposons l’adoption d’une loi de programmation pluriannuelle dédiée aux moyens de lutte contre les feux de forêt indépendante de la LOPMI, qui sanctuariserait sur cinq ans les crédits consacrés à la flotte aérienne, au renouvellement du parc terrestre (incluant les demandes des pompiers sur les normes de sécurité routière des véhicules) et au recrutement, en les sortant des arbitrages budgétaires annuels.

Nous proposons de fixer les objectifs suivants :

  • D’ici à 2032, se doter de 10 000 véhicules de lutte contre les incendies, en ciblant prioritairement les départements les moins dotés aujourd’hui et en prêtant une attention particulière aux territoires ultramarins
  • Poursuivre le développement du 4ème régiment de Sécurité civile à Libourne et la montée en puissance des Formations Militaires de la Sécurité Civile (ForMiSC) 
  • Mettre en œuvre un blocage des prix sur les engins de lutte contre les incendies pour éviter que les constructeurs n’augmentent leurs tarifs de vente.
  • Duplication du pacte capacitaire pour permettre l’acquisition de moyens de pompage de grande puissance, mutualisés à l’échelle des zones de défense afin de faire face au risque inondations
  • Dans les territoires qui sont nouvellement exposés aux incendies, accroître le nombre de sapeurs-pompiers détenant la compétence « feux de forêt »
  • Réaliser un grand état des lieux à l’échelle nationale de la réalisation et de l’entretien des voies de défense de la forêt contre l’incendie (DFCI).

e) Moyens humains : sécuriser la disponibilité des renforts

Les moyens matériels ne suffisent pas sans les effectifs pour les armer. La lutte contre les feux de forêt repose très largement sur des sapeurs-pompiers volontaires et sur le dispositif des colonnes de renfort, mobilisés l’été en plus de leur activité courante. Cette disponibilité reste aujourd’hui fragile : elle dépend d’un engagement individuel non garanti, alors même que la saison à risque s’allonge.

Nous proposons : 

  • de recruter et former des volontaires et renforcement du statut de bénévole de sécurité (libération par les entreprises, service civique, réserve …)

2°) Donner à la lutte contre les feux les moyens d’une politique permanente

La récurrence des incendies et la transformation des écosystèmes sous l’effet du changement climatique imposent de sortir d’une gestion de crise pour construire une politique permanente de lutte contre les incendies — comme la France l’avait fait après le choc de 1949, en refondant durablement ses dispositifs de prévention et de secours. Cette refondation doit aujourd’hui porter sur deux axes :

a) Adapter l’échelle de l’action de la lutte contre les incendies à la réalité du risque

Face à la multiplication des incendies dans le temps et dans l’espace, leur récurrence et leur ampleur croissante dépassent le cadre départemental dans lequel s’organise aujourd’hui la lutte contre les incendies.

C’est pourquoi nous proposons : 

  • de dépasser la gestion uniquement départementale pour organiser la réponse à la fois de façon très localisée et à l’échelle du bassin forestier, seule pertinente pour anticiper la propagation d’un feu qui ignore les limites administratives.
  • d’élargir la lutte contre les incendies à l’ensemble des populations concernées, et non aux seuls sapeurs-pompiers (mobilisation citoyenne, sensibilisation obligatoire).
  • d’établir une logique multilatérale de solidarité de proximité avec nos voisins méditerranéens.

b) Construire une souveraineté industrielle et scientifique face au risque incendie

Le retard pris dans l’adaptation des moyens de lutte, et la dépendance aux fabricants étrangers — illustrée par le cas du Canadair — appellent une réponse industrielle et scientifique de long terme.

C’est pourquoi nous proposons : 

  • de développer une filière souveraine de lutte des moyens aériens contre les incendies.
  • de renforcer les moyens de la recherche publique, notamment de l’INRAE et des autres laboratoires travaillant sur l’adaptation des écosystèmes forestiers au changement climatique.

Construire une économie du « au cas où »

Notre économie valorise l’utilisation maximale des actifs. Un avion au sol, un stock dormant, un lit disponible ou une équipe de réserve apparaissent comme des coûts improductifs. La résilience climatique exige le raisonnement inverse : une capacité vaut parce qu’elle peut rester inutilisée des mois puis devenir vitale en quelques heures.

L’OCDE identifie les faibles rendements privés perçus, les délais de retour, les externalités et l’impossibilité de capter tous les bénéfices sociaux comme des barrières structurelles à l’investissement d’adaptation. Le marché peut fabriquer un camion, assurer un bâtiment ou fournir une prestation. Il ne garantit spontanément ni l’égalité territoriale, ni la réserve durable, ni la continuité d’un réseau, ni la valeur d’un incendie qui n’a pas eu lieu.

Construire une économie du « au cas où » signifie dimensionner les fonctions vitales selon les crises plausibles plutôt que selon la demande moyenne. La sécurité civile, l’eau, la santé, l’énergie, les télécommunications, l’hébergement d’urgence et certaines capacités industrielles doivent obéir à des obligations de disponibilité, de redondance, de transparence et de réversibilité publique.

La baisse d’une dépense préventive n’efface jamais le coût. Elle transforme une dépense anticipée et collective en dommages imprévisibles, socialisés et parfois irréversibles. Une loi de programmation 2027-2035 doit donc sanctuariser les effectifs, la flotte, la maintenance, les véhicules, les stocks, les données et les travaux territoriaux, avec révision régulière selon la trajectoire climatique de référence et la probabilité de l’accident.

3°) Prévenir plutôt que guérir

Le changement de nature des incendies — en intensité, en capacité d’auto-entretien et en extension spatio-temporelle — ainsi que leur probabilité désormais très élevée nous obligent à changer de paradigme dans la gestion du risque incendie. Il ne s’agit plus seulement de mieux éteindre, mais de repenser l’ensemble des politiques d’aménagement, de gestion forestière et d’urbanisme pour réduire la vulnérabilité des territoires. L’incendie de Saumos, d’origine accidentelle, illustre cette nouvelle réalité : il n’aurait pu être évité que si le débroussaillage avait été réalisé différemment, à une autre période, et surtout si son expansion avait été contenue dès le départ. Dans un contexte où les départs de feu sont quasi inévitables, la prévention structurelle devient la condition indispensable pour ne pas être systématiquement débordée par les flammes.

a) Repenser l’aménagement de la forêt et mettre en place une nouvelle gestion des forêts et des écosystèmes forestiers

Le massif des Landes de Gascogne est une forêt anthropique depuis 1857 pour modifier un écosystème non exploitable en fixant la dune littorale, en assainissant les terres et en drainant l’eau. Il faut aujourd’hui un volontarisme d’État comparable — non plus pour boiser une réserve d’eau et de biodiversité, mais pour diversifier un massif devenu inflammable. La forêt est un des poumons de la planète et le premier réservoir de biodiversité terrestre, y compris en France métropolitaine ; elle est pourtant devenue, par les choix sylvicoles qui l’ont façonnée, un accélérateur des incendies plutôt qu’un frein. L’INRAE préconise depuis des années la plantation d’essences d’accompagnement pour rompre la continuité du combustible. Ces recommandations restent largement ignorées par la filière bois.

Par ailleurs, il faut concilier débroussaillage et préservation de la biodiversité. L’usage de produits défoliants est à proscrire. Le débroussaillage alvéolaire est compatible avec des haies, des variétés végétales. Il faut penser système et non en silo, planifier dans le temps. Laisser vieillir une partie de la forêt et diversifier les essences et les classes d’âge freinent la propagation du feu. Laisser s’accumuler du bois mort et de la biomasse non gérée sur de grandes surfaces continues l’alimente. L’incendie de Saumos est partie d’un débroussaillage par Enedis.

Critique de la note écologiste : des intentions affichées, une absence de plan concret

La note des Écologistes (juillet 2026) évoque la nécessité de « diversifier les essences » et de « sortir des monocultures ». Mais elle présente trois faiblesses majeures qui la rendent insuffisante face à l’ampleur du défi.

Premièrement, elle ne nomme jamais les essences d’accompagnement pourtant identifiées par l’INRAE (chênes lièges, tauzins, chênes pubescents). Parler de diversification sans préciser quoi planter, où et selon quel calendrier, c’est se condamner à l’inaction bureaucratique déjà constatée dans les PPFCI.

Deuxièmement, elle ne propose aucun plan de reconquête écologique du massif landais, pourtant prioritaire : aucune mention des 350 000 hectares de jeunes boisements inflammables d’ici 2030, aucune stratégie de conversion progressive des monocultures de pin maritime, aucun objectif chiffré de mosaïquage.

Troisièmement, elle ne remet pas en cause le code forestier ni les subventions à la biomasse, pourtant identifiés comme des leviers structurels de l’inflammabilité. Elle se contente de dénoncer le plan « un milliard d’arbres » (déjà annulé par le Conseil d’État) sans proposer de mécanisme contraignant pour orienter la gestion des 13,2 millions d’hectares de forêt privée.

L’annulation du plan « un milliard d’arbres » : une opportunité législative

Le 15 juillet 2026, le Conseil d’État a annulé le décret n° 2025-401 du 2 mai 2025, pilier juridique du plan présidentiel « un milliard d’arbres », saisi par l’association Canopée. Au-delà du vice de procédure (absence de consultation préalable du public), la décision consacre l’illégalité d’une politique forestière qui subventionnait l’inflammabilité avec des coupes rases suivies de plantations en monoculture, sans condition de diversification ni de résilience climatique. Cette annulation offre l’opportunité de remplacer ce décret par un texte contraignant.

La proposition de loi n° 1880 : un socle législatif transpartisan 

Le 21 novembre 2023, une proposition de loi transpartisane a été déposée à l’Assemblée nationale pour adapter la politique forestière et des milieux forestiers face au changement climatique. Portée notamment par la députée insoumise de la Creuse Catherine Couturier et des députés de différents groupes d’opposition, ce texte était pourtant issu des propositions de la mission d’information (validées par la commission du Développement Durable) suite aux incendies de Landiras de 2022. Il aurait pu constituer une première avancée structurelle indispensable mais ni la majorité gouvernementale ni le gouvernement n’ont jugé nécessaire qu’il puisse être débattu. Elle inscrit notamment le maintien du stockage de carbone et la préservation des milieux forestiers comme objectif de la politique forestière, encadre les coupes rases (2 hectares pour les feuillus, 4 pour les résineux), interdit le dessouchage et prévoit un objectif de 30 % de sylviculture irrégulière d’ici 2030.

Mais au regard du dépérissement des forêts et de leur rôle de puits carbone, nous considérons qu’elle ne peut être qu’un premier pas. Il est indispensable de revenir à la proposition “Zéro coupes rases”, telle que défendue dans la proposition de loi déposée par la présidente du groupe parlementaire de la France insoumise Mathilde Panot et d’adopter une nouvelle proposition de loi sur la base des mesures suivantes :

Organisation et outils publics

  • Augmenter les moyens humains et financiers de l’Office national des forêts et stopper sa privatisation pour lui permettre d’assurer ses missions, y compris d’accueil du public.
  • Renforcer les capacités de contrôle et de sanction des autorités publiques (DDT, OFB).
  • Conditionner les aides publiques à une gestion forestière adapté au changement climatique, visant l’augmentation des puits de carbone et la préservation d’écosystèmes forestiers variés
  • Encadrer les travaux à risque en période de vigilance incendie : soumettre à autorisation ou interdire les chantiers de débroussaillement mécanisé et les travaux par points chauds.

Gestion adaptée et mosaïque

  • Abandonner le principe des coupes rases sauf en cas d’impasse sanitaire avérée
  • Prioriser la régénération naturelle et favoriser la diversité en essences et en âges.
  • Mettre en œuvre un plan de reconquête écologique des massifs incendiés 
  • Lutter contre les espèces exotiques envahissantes qui colonisent les zones brûlées et préparent le prochain sinistre
  • Laisser vieillir les forêts et réserver au moins 25 % de la surface forestière à la libre évolution, répartie sur l’ensemble du territoire.
  • Limiter la taille des engins forestiers et interdire le dessouchage pour préserver les sols, leur puits de carbone et la biodiversité.

Filière et conditions de travail

  • Séparer l’activité de gestion et d’exploitation forestière de l’activité de récolte et de commercialisation du bois
  • Améliorer les conditions de travail en forêt : interdire le travail détaché, garantir une juste répartition de la valeur dans la filière forêt-bois, augmenter les salaires, reconnaître la pénibilité et les maladies professionnelles.
  • Augmenter la part des forêts publiques par l’extension du droit de préemption avec des budgets suffisants
  • Rétablir un maillage de scieries et d’entreprises de transformation du bois en développant les circuits courts.
  • Encadrer l’usage du bois dans la production d’énergie et favoriser son usage durable dans la construction

b) Repenser l’habitat de nos territoires

Les crises écologiques posent aujourd’hui la question de l’habitabilité. Les êtres humains pourront-ils continuer à habiter de nombreux territoires à cause de la dégradation des conditions de vie (pollution, chaleur, humidité…) ? 

Notre espèce, contrairement à de nombreuses autres, a la capacité de vivre dans des conditions extrêmes ou de s’y adapter, des grandes zones arctiques aux déserts les plus arides. Pour autant, nous ne pouvons pas nous satisfaire des grands déplacements provoqués par les incendies. La stratégie « prévenir plutôt que guérir » nous oblige à habiter différemment nos territoires, à anticiper les incendies, les éviter, les dompter.

C’est pourquoi nous proposons : 

  • de développer le pastoralisme de débroussaillement dans les massifs forestiers 
  • de généraliser la formation des populations à l’autoprotection contre les incendies dans les zones à risque et déployer des exercices d’évacuation annuels obligatoires.

Nous ne devons pas oublier l’origine de la dégradation de nos écosystèmes et du climat. C’est pourquoi il ne peut y avoir de politique sérieuse de lutte contre les incendies sans sortie des énergies fossiles et réduction des émissions de gaz à effet de serre, avec des mesures concrètes (arrêt des subventions fossiles, plan de sortie du pétrole/gaz/charbon, etc.). 

c) Revoir la gestion du cycle de l’eau

Les sécheresses extrêmes et l’assèchement des sols sont désormais la norme. Or l’eau est le premier pare-feu naturel. Il faut sortir d’une logique de drainage pour restaurer l’humidité des sols forestiers. Le massif des Landes fondé sur une logique de drainage doit aujourd’hui inverser cette logique.

L’eau est en effet un pare-feu naturel car elle conditionne directement l’inflammabilité de la végétation : tant que le végétal contient de l’eau, celle-ci doit s’évaporer avant que la combustion ne démarre, ce qui retarde considérablement la propagation du feu. L’INRAE a montré que dès que la teneur en eau des plantes passe sous le seuil de 90 %, la propension au feu augmente de façon significative. Statistiquement, la corrélation entre sécheresse estivale et surface brûlée n’est pas linéaire : elle est exponentielle. Les zones humides, les ripisylves et les cours d’eau constituent par ailleurs des coupures naturelles de combustible, comme le rappelle le Cerema. Il faut donc sortir d’une logique de drainage pour restaurer l’humidité des sols forestiers.

La préservation des forêts, leurs gestions, l’interdiction des coupes rases et du dessouchage sont primordiales dans la préservation de nos ressources en eau potable, en particulier dans les territoires dépourvus de nappes phréatiques où les ruisseaux et rivières prennent source en forêt.

Nous proposons donc : 

  • de protéger et/ou restaurer les forêts situées en zones humides, ripisylves et côtières, qui font office de pare-feux naturels, les cartographier comme des obstacles au feu dans les nouveaux plans d’aménagement.
  • de soumettre la gestion forestière à la préservation de la ressource en eau et des zones humides, par concertation avec les organismes de gestion de l’eau et les écorégions.
  • de créer des réserves stratégiques d’eau, dimensionnées uniquement pour la lutte aérienne et terrestre, en lien avec les SDIS et la sécurité civile.

d) Maîtriser l’urbanisme et encadrer la reconstruction

L’artificialisation pousse les populations vers les franges forestières, et le mitage des territoires rend l’intervention des pompiers plus difficile et dangereuse. La loi Climat et Résilience de 2021 a inscrit l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) à l’horizon 2050, mais sans contrainte réelle.

C’est pourquoi nous proposons :

  • de rendre le ZAN opposable et contraignant partout en France hexagonale : interdire toute artificialisation nouvelle dans les zones à risque incendie élevé, y compris par dérogation.
  • de conditionner l’approbation des PLU et SCOT à une prise en compte effective du risque incendie de forêt
  • d’organiser la prévention des incendies autour des villages par des pare-feux élargis et des débroussaillages obligatoires, avec contrôle et sanction effectifs.

e) Prévoir des plans incendies par zone forestière

Les PPFCI actuels sont des documents administratifs sans contrainte réelle, sous-financés et déconnectés des réalités du terrain. Le rapport interministériel de 2024 soulignait le « déficit de pilotage au niveau national ».

C’est pourquoi nous proposons : 

  • de remplacer les PPFCI par des plans de protection et de gestion du feu par écorégion, intégrant prévention, lutte et après-incendie, avec objectifs chiffrés et financements dédiés.
  • d’y intégrer pleinement les impératifs de protection de la biodiversité et de la ressource en eau,
  • de donner à ces plans force contraignante sur les PLU, les documents de gestion forestière et les interventions des services de l’État.

4°) Protéger les populations et le vivant

a) Renforcer les sapeurs-pompiers et la protection civile

Les pompiers sont les plus exposés et la lutte contre les feux de forêt n’est pas leur activité principale. Le modèle du volontariat atteint ses limites : les effectifs stagnent et restent insuffisants pour atteindre l’objectif de 250 000 volontaires fixé par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, tandis que 57 % d’entre eux ne pratiquent que la disponibilité ou l’astreinte, à l’exclusion de la garde postée opérationnelle. L’engagement de cinq ans, reconductible, peine à fidéliser les effectifs sur la durée. Par ailleurs, ils sont particulièrement exposés aux fumées : l’INRS identifie les particules, gaz et fumées professionnels comme le deuxième facteur de risque de décès chez les sapeurs-pompiers, et l’Anses souligne leur exposition persistante pendant les phases de surveillance. Pourtant, la protection de la santé publique face aux incendies n’a jamais été intégrée dans la planification nationale.

C’est pourquoi nous proposons, sur la base notamment de la proposition de résolution déposée par le député Florian Chauche :

Recrutement et effectifs

  • d’atteindre 50 000 sapeurs-pompiers professionnels d’ici 2032 et recruter 50 000 volontaires supplémentaires d’ici 2030, conformément aux demandes de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France et de l’intersyndicale
  • d’intégrer des missions de sapeurs-pompiers dans le cadre de la conscription citoyenne obligatoire
  • d’augmenter le nombre de trimestres de retraite (3 pour 10 ans, et 1 tous les 5 ans) et la possibilité de départ anticipé en retraite selon le nombre d’années d’engagement
  • d’indexer sur l’inflation des indemnités pour les vacations
  • de limiter les gardes postées

Protéger et prévenir 

  • de créer une banque nationale sur les données de surveillance médicale des sapeurs‑pompiers, quel que soit leur statut, qui permettrait d’assurer le suivi épidémiologique de cette population.
  • de mieux reconnaître l’exposition aux risques des sapeurs‑pompiers, indépendamment de leur statut, et revoir en conséquence la liste des maladies professionnelles reconnues.
  • d’oeuvrer au renforcement des moyens de la médecine du travail des sapeurs‑pompiers, notamment des moyens humains et à poursuivre les efforts pour passer d’une médecine d’aptitude et de sélection à une médecine du travail et de prévention. 
  • de reconnaître le droit de retrait immédiat pour les sapeurs-pompiers et tous les volontaires exposés à des fumées toxiques sans équipement adéquat.

Associations et organisation

  • de consolider le rôle des Associations Agréées de Sécurité Civile (AASC) : pérenniser leur financement, favoriser leur engagement dans une conscription citoyenne, garantir leur intégration opérationnelle.
  • de généraliser la formation de l’ensemble des sapeurs-pompiers aux feux de forêt, y compris ceux des zones nouvellement exposées.
  • d’investir dans des équipements de protection adaptés aux incendies d’aujourd’hui en sortant progressivement des PFAS.
  • d’intégrer la protection de la santé publique (masques FFP2, consignes de confinement, qualité de l’air) dans la planification nationale de lutte contre les feux 

Nouveaux moyens techniques

  • d’intégrer le sujet des drones, capteurs et radars d’observation et de surveillance dans le dispositif des pactes capacitaires de la sécurité civile

Coopération internationale

  • de créer une organisation méditerranéenne commune de sécurité civile, autour d’un pacte de solidarité, pour mutualiser les moyens aériens et terrestres entre pays soumis au même risque incendie estival

b) Protéger la faune et la flore

Quatre ans après Landiras, aucun plan de reconstruction écologique n’a été annoncé. L’État français, qui a su mobiliser 846 millions d’euros de dons et débloquer 700 millions d’euros de travaux pour la reconstruction de Notre-Dame en moins de cinq ans, n’a toujours pas créé de fonds dédié à la restauration des écosystèmes incendiés. La faune et la flore brûlent deux fois : une fois par le feu, une seconde fois par l’indifférence politique.

C’est pourquoi nous proposons :

  • de créer un fonds national de reconstruction écologique des massifs incendiés, pour financer le suivi scientifique, la lutte contre les espèces envahissantes et la régénération des sols
  • d’instaurer un moratoire sur l’ouverture de la chasse dans les territoires sinistrés jusqu’à la réalisation d’inventaires écologiques indépendants, en application du principe de précaution, comme proposé par la pétition “Pas de fusils sur les cendres” qui a déjà réuni plus de 400 000 signatures
  • de contrôler les zones brûlées pour empêcher l’arrivée d’espèces invasives.

c) Faire des mégafeux une priorité de politique écologique

L’incendie de Saumos n’est pas un accident climatique : il est le symptôme d’une transformation structurelle du risque. La notion même de « saison des feux » a volé en éclats : l’été 2026 a vu des départs de feu en Seine-et-Marne, dans le Jura, en Haute-Vienne et dans les Côtes-d’Armor, là où le risque était jugé inexistant il y a dix ans.

La suppression de la ligne budgétaire spécifique dédiée à la Défense des Forêts Contre les Incendies (DFCI) dans la loi de finances pour 2025, diluée dans une enveloppe opaque de « planification écologique », a privé la prévention incendie de toute visibilité comptable. Plus grave, l’ensemble du budget de la planification écologique s’effondre de 1 milliard d’euros en 2024 à 118,5 millions en 2026

L’émergence des mégafeux doit être en filigrane de toutes nos politiques. Cela signifie que le risque incendie ne peut plus être traité comme un poste marginal du ministère de l’Intérieur ou une ligne subalterne du ministère de l’Agriculture. Il doit irriguer la politique forestière, la planification urbaine, la gestion de l’eau, la santé publique, la recherche scientifique et la solidarité territoriale.

C’est pourquoi nous proposons : 

  • d’inscrire la lutte contre les incendies comme pilier de la stratégie nationale d’adaptation et bifurcation au changement climatique, au même titre que la prévention des canicules ou des inondations
  • de conditionner toute politique publique ayant une incidence sur les territoires forestiers à une évaluation préalable de son impact sur le risque incendie : aides à la sylviculture, projets d’aménagement, documents d’urbanisme, infrastructures de transport.

5°) Repenser l’échelle institutionnelle et juridique

a) Faire des écorégions une échelle adaptée à la prévention et à la lutte contre les incendies.

Le feu ignore les limites départementales. L’incendie de Saumos a frappé la Gironde et les Landes, mobilisant des moyens venus de toute la France et de plusieurs pays européens. Pourtant, la planification reste éclatée : les Plans de Protection des Forêts Contre les Incendies (PPFCI) sont déclinés à l’échelle départementale ou interdépartementale, sans contrainte réelle, sous-financés et déconnectés des réalités du terrain. Le rapport interministériel de 2024 a formellement identifié ce « déficit de pilotage au niveau national » et l’absence de coordination interministérielle.

C’est pourquoi nous proposons : 

  • des plans de protection et de gestion du feu par écorégion, remplaçant les PPFCI auront force contraignante sur les PLU, les documents de gestion forestière et les interventions des services de l’État.
  • de créer des directions par écorégions regroupant les services de l’État (ONF, Météo-France et les SDIS), avec des compétences opposables en matière de planification et de gestion forestière.

b) Réformer le financement des SDIS et corriger les inégalités territoriales

Le 15 juillet 2026, dans leur rapport parlementaire consacré à la “valeur du sauvé”, les députés Damien Maudet et Sophie Pantel, ont dénoncé “un mode de financement qui n’est plus adapté aux contraintes opérationnelles des sapeurs-pompiers”. C’est une analyse que l’on retrouve également dans les conclusions du Beauvau de la sécurité civile qui décrit un système “à bout de souffle”. 

Aujourd’hui, le budget de la sécurité civile est d’environ 7 milliards d’euros. Au-delà des dépenses trop faibles, la structure du financement est inadaptée aux enjeux à venir. Les recettes des Services départementaux d’incendies et de secours reposent à 90% sur les collectivités territoriales réparties entre les départements (55%) et les communes (35%).

Pour assurer ce financement, les départements perçoivent une fraction de la Taxe spéciale sur les conventions d’assurance (TSCA). La clé de répartition est « très complexe », et dépend « du rapport entre le nombre de véhicules terrestres à moteur enregistrés sur le territoire de chaque département en 2003 et le nombre total de véhicules terrestres à moteur enregistrés sur le territoire national à cette même date. » Cependant, les départements financent bien au-delà de ce qu’ils perçoivent en TSCA, alors que leurs budgets sont déjà extrêmement contraints.

Nous proposons :

  • Créer des pôles de sécurité civile à l’échelle des écorégions, avec des compétences opposables en matière de planification, de mutualisation des moyens lourds et de coordination des renforts.
  • de faire voter une nouvelle loi de modernisation de la sécurité civile, d’augmenter la TSCA, en faisant reposer le coût sur les compagnies d’assurance et affectation d’une part plus importante vers le financement des SDIS
  • de mobiliser une fraction de la taxe de séjour, voire augmenter celle-ci dans les territoires à fort risque incendie en période touristique 
  • de modulation de la taxe de séjour afin de faire contribuer davantage les hébergements haut de gamme
  • de mobiliser l’assurance maladie dans le cadre des missions effectuées par les sapeurs-pompiers au profit des hôpitaux
  • de créer un fonds national de péréquation des SDIS alimenté par la fraction réformée de la TSCA et, le cas échéant, par une contribution des grandes entreprises exploitant des ressources forestières, afin de mutualiser les moyens lourds (moyens aériens, véhicules spécialisés) au niveau des écorégions et non plus du seul département.

6°) Penser l’après incendie

a)     Restaurer les sols et les milieux naturels

L’incendie de Saumos nous oblige à penser l’après incendie , car il y aura sans doute un avant et un après — à la différence des incendies de Landiras 1 et 2, où aucun plan structuré n’avait été déployé. Les sols nus, dévégétalisés par le passage des flammes, sont vulnérables à l’érosion hydrique dès les premières pluies. Les cendres, riches en phosphore et en azote, polluent les cours d’eau et les nappes phréatiques. Les sols brûlés sont vulnérables à l’érosion et aux invasions biologiques, transformant les écosystèmes en monocultures inflammables et préparant le terrain du prochain sinistre.

C’est pourquoi nous proposons : 

  •  d’aller vers une généralisation des techniques de stabilisation naturelle (mulching, tonte sans ramassage de l’herbe, ensemencement d’espèces locales ou adaptées au nouveau climat)
  • de créer des zones tampons autour des cours d’eau pour filtrer les cendres et les nutriments avant qu’ils n’atteignent les nappes phréatiques.

b) Organiser le suivi écologique des zones brûlées

Le rapport du CBNSA après les incendies de 2022 recommandait la mise en place de dispositifs de suivi post-incendies et l’évaluation de la résilience des milieux. Ces recommandations, pourtant élaborées par une institution scientifique publique, sont restées largement lettre morte. Aucun dispositif de suivi structuré n’a été déployé, aucun plan de reconstruction écologique du massif n’a été engagé.

C’est pourquoi nous proposons : 

  • d’organiser un suivi écologique obligatoire pluriannuel (botanique, faunistique, pédologique, qualité de l’eau) des zones brûlées sur quinze ans
  • de publier annuellement un bilan d’impact écologique des incendies et en faire un indicateur de performance de la politique forestière

c) Accompagner les communes et les habitants dans la reconstruction

La question de la reconstruction dans les secteurs isolés doit être traitée sans tabou. La multiplication de constructions isolées au milieu des bois rend l’intervention des pompiers plus difficile et dangereuse, les obligeant à éparpiller leurs forces pour défendre maison après maison au lieu de se concentrer sur la sauvegarde des villages.

C’est pourquoi nous proposons : 

  • de conditionner toute autorisation de reconstruction à la création de pare-feux de largeur adaptée à la végétation et à l’absence de risque sanitaire.
  • de créer un fonds de relocalisation concertée pour les habitations les plus exposées
  • d’aider les sinistrés dans leurs démarches administratives et assurantielles et garantir un accompagnement psychologique pérenne aux populations et aux secours.

Conclusion

S’attaquer aux causes et pas seulement s’adapter

La multiplication et l’intensité des incendies de forêts provoque une  augmentation des températures responsable qui provoque une hausse de la sécheresse des sols et des arbres et les rend donc inflammables. Pourtant, la macronie préfère mettre l’accent sur les incendiaires ou les départs de feu involontaires que sur leur cause profonde : le réchauffement climatique provoqué par le capitalisme. Si l’utilisation d’énergies fossiles sur lequel il prospère continue massivement, nous ne pourrons que courir derrière les conséquences Il y a donc urgence à rompre avec ce système et organiser la bifurcation écologique de toute urgence. Ce n’est évidemment pas le projet politique de Macron, des sociaux-démocrates, de la droite et de l’extrême-droite.

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