Confinement 3 : Mélenchon répond à Macron

Intervention de Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée nationale le 1er avril 2021 en réponse à l’intervention d’Emmanuel Macron la veille annonçant un confinement de l’ensemble du pays. Le président du groupe parlementaire « La France insoumise » a dénoncé le piétinement du Parlement par la macronie avec une convocation du jour pour le lendemain et un vote sans conséquence puisque la responsabilité du gouvernement n’y est pas engagée. Il a donc expliqué que les insoumis ne participeraient pas à ce vote pour marquer un boycott d’exaspération.

Voici la retranscription de cette intervention :

« C’est vraiment le premier avril qu’aujourd’hui et la blague du jour est cette mauvaise mascarade.

Vous nous avez convoqué du jour pour le lendemain. Que vous ne respectiez pas l’Assemblée est une chose mais permettez-nous au moins de respecter nos propres groupes. Impossible de se réunir, impossible de faire revenir tout le monde, impossible de se dédire des engagements déjà pris. Cette réunion est une honte pour le parlement français. Elle ne sert à rien. Elle n’aura aucune conséquence. Tout est décidé et nous ne sommes invités qu’à venir vous acclamer. Vous vous en passerez.

Le monarque présidentiel, meilleur virologue de France parait-il et meilleur ami de la modestie est apparu hier soir à la télévision et il a décidé au nom d’un « nous » qui pose problème. Est-ce un « nous » de majesté, pour lui qui regrette le roi ? Est-ce un « nous » pour désigner le conseil de défense dans lequel il ourdit en secret ses plans et où tout se décide ? Peu importe le résultat sera le même. Le président a tout décidé tout seul, tout annoncé hier soir à la télé et vous venez nous le répéter. Nous ne pouvons rien amender . Nous ne pouvons que voter oui ou non. Rien amender, rien proposer une nouvelle fois des onze propositions de lois que nous avons fait depuis le début de la crise, des 4 plans d’action, de la commission d’enquête, les innombrables amendements que nous avons déposés et votés ensemble avec nos camarades communistes. Le vote n’aura aucune conséquence. Car même si nous venions à voter non, tous unis pour cette fois, cela ne changerait rien. La responsabilité du gouvernement n’est pas engagée par ce vote.

Oui, c’est un mauvais poisson d’avril. Et le poisson d’avril, comme tous les poissons, pourrit par la tête. Les Français, par contre, n’ont pas une mémoire de poisson rouge, eux. Ils se souviennent que vous avez passé votre temps à les tromper. Dès le premier jour, le 23 janvier de l’année 2020, quand madame Buzyn déclarait : « le risque d’introduction du virus en France est faible ». Sur les masques, quand le Premier ministre déclarait : « le port du masque en population générale, ça ne sert à rien ». Le 19 mars 2020 : « il ne servirait à rien de tester massivement », alors même que l’Organisation mondiale de la Santé disait qu’il fallait y procéder de toute urgence. Et vous ne faisiez rien ! Et puis alors le pompon : le ministre de l’Éducation nationale. Puisque sur l’école plus que tout, vous avez bafouillé, trébuché, hasardé, vous montrant plus habiles à faire la chasse politique à l’islamogauchisme qu’au Covid-19 parmi les personnels et les enseignés. Vous avez commencé par dire que le danger n’existait pas pour les enfants. Puis que ce danger existait au point qu’un seul malade par classe justifiait qu’on ferme séance tenante la classe. Puis que ça pouvait être trois ! Il n’y a pas besoin d’être très malin pour comprendre que si trois étaient malades, tous les autres le seraient bien vite, ainsi que leurs familles. Donc, à trois on pouvait. Puis à un à nouveau ! Et enfin, aujourd’hui, tout est tellement parti dans le décor que vous fermez toutes les classes. Voilà où nous en sommes avec cet homme qui, pour finir, aura représenté le principal danger à l’école et qui est toujours là, quoi qu’il ait déclaré qu’on s’y contaminait moins qu’ailleurs. Le 22 janvier : « la contamination reste limitée » puis : « on se contamine moins à l’école qu’ailleurs ». Des malades par milliers, des centaines de classes fermées, des centaines de professeurs et d’agents de tous métiers non remplacés. Et des menaces, par-dessus le marché, contre le personnel récalcitrant. Mensonges à répétition, roueries inacceptables comme ce 25 mars 2021 où, de nouveau, Emmanuel Macron-Caligula dit : « il n’y a pas eu d’explosion prévue par tous les modèles » alors que, précisément, ces modèles prévoyaient l’explosion qui a eu lieu en mars. Alors ce jour de chienlit est de trop ! Nous boycottons déjà votre comité de suivi confidentiel. Nous allons pratiquer un boycott du vote, un boycott d’exaspération. Nous refusons de voter. Nous ne sommes pas votre public voué à vous acclamer. Nous en avons assez de voir l’Assemblée exclue de la discussion sur la stratégie à mettre en œuvre contre la pandémie. Nous en avons assez du mauvais suspens de ces déclarations de jour et de nuit du Président qui parle souvent pour ne rien dire et seulement pour se montrer. Vous avez annulé la discussion prévue au Parlement en janvier dernier sur l’organisation des stratégies sanitaires face à la pandémie. Pendant des mois l’Assemblée est exclue de tout ce qui se décidait : pas consultée pour la mise en place du couvre-feu à 20h, pas consultée pour l’avance du couvre-feu à 18h, pas consultée sur la décision de ne rien faire de plus en janvier dernier, pas consultée sur les nouvelles mesures pour les 16 départements. Vous nous demandez de voter uniquement pour amnistier vos fautes. Nous avons fait notre devoir de parlementaires en vous alertant à chaque étape sur la deuxième vague et la nécessité de planifier le déconfinement en mars 2020. Vous avez ricané. Nous vous avons alertés sur la nécessité de lever les brevets sur les vaccins, nous l’avons fait il y a un an et vous êtes toujours rendus au même point de voter contre dans les réunions internationales tout en signant de manière inepte et irresponsable des tribunes dont vous ne pensez pas un seul mot. Nous vous avons alerté sur l’urgence d’organiser des alternatives sérieuses au confinement, vous avez ricané. Nous vous avons alertés sur le fait que le virus allait muter, je me suis fait étriller pour la cause. Sur la 4eme vague psychologique en janvier dernier pareil, ricanements et roulements de tambour du garde champêtre à intervalle régulier, point final. Chaque fois ce furent moqueries, lazzis, mépris et vous continuez alors que vous êtes responsables devant l’Histoire d’un désastre sanitaire comme la patrie n’en a jamais connu.

Vous avez laissé la vague monter en aggravant tout. La dernière loi de financement de la Sécurité Sociale retire encore 800 millions du budget d’économies pour l’hôpital public. À cet instant, des lits continuent à être fermés. Vous annoncez hier, par la voix du Président, 10 000 lits et il faudrait qu’on se batte les flancs de joie ? Ça fait 4 000 de moins que la dernière annonce ! Alors les lits apparaissent, disparaissent, reviennent, partent. En fait, vous n’en pensez pas un mot. Vous dites une chose et vous faites le contraire. Et vous vous moquez du monde.

Maintenant, aucun recrutement de professeurs ou d’assistants d’éducation contrairement à l’Italie qui en a embauché 84 000. Aucun purificateur d’air mis dans la moindre salle de classe ni même dans cet hémicycle alors que cette machine existe, qu’elle est efficace et qu’elle est produite en France. Pas de mise à disposition des masques FFP2. Rien pour accélérer la campagne de vaccination. Et vous continuez à refuser au nom de « Johnson et Johnson et Johnson » le vaccin russe qui lui n’a pas de nom. Il s’appelle Spoutnik comme le premier satellite et j’ai vu que monsieur Ciotti disait comme moi dorénavant. L’idéologie dans la crise sanitaire c’est de l’obscurantisme et rien d’autre. Rien fait pour organiser la société du roulement. Savez-vous dorénavant et depuis hier soir dans quel désarroi vous avez plongé des milliers de familles qui avaient organisé leurs vacances, qui doivent dorénavant organiser leur présence à la maison, non seulement pour maintenant, mais dans le moment où vous enverrez les plus petits à l’école primaire tandis que les plus grands du collège resteront à la maison. Les gens ne savent plus de quel côté se tourner. Ils savent par contre que leurs droits au chômage vont être abattus. Ils savent par contre que même avec le chômage partiel ça ne fera pas le total de la pauvre paye avec laquelle déjà ils n’arrivaient pas à faire face aux dépenses qui leur sont imposées. Savez-vous que vous prétendez avoir gagné du temps de liberté, il n’y a que vous pour croire que c’était un monde de liberté que celui où tous les magasins sont fermés et où à 18h il faut rentrer à la maison « coucouche panier » parce que sinon vous mettez un dixième d’un SMIC comme amende. On continue de fermer des lits d’hôpitaux. La liberté n’a été gagnée que par la production et l’accumulation. Nous n’avons pas gagné du temps de liberté, nous avons perdu du temps de nettoyage de l’air, de vaccination. La France aujourd’hui comme toute l’Europe a confié son sort à une bureaucratie misérable incapable d’organiser la vaccination au point que l’Organisation Mondiale de la Santé vous reproche une lenteur inacceptable.

J’achève. Gens de santé, d’enseignement et de culture, chômeurs livrés à la violence de votre réforme vous dit par ma voix et celle de mon groupe sa colère et son dégoût. Nous ne voterons pas. »