Malgré la crise, plusieurs entreprises s’apprêtent à verser des millions d’euros à leurs actionnaires

Article rédigé par le groupe thématique « Emploi » de La France insoumise. Vous aussi, rejoignez un groupe thématique.

Que reste-t-il de la lettre ouverte de Bruno Le Maire du 29 mars « invitant toutes les entreprises à faire preuve de modération » ? Absolument rien.

Le ministre arbore un discours ferme sur les plateaux télévisés, mais la comédie se démonte très vite. Les actes ne trompent pas. Les entreprises bénéficieront en effet de certaines mesures d’urgence, et donc de l’argent public dont nous nous acquittons, tout en versant des dividendes à leurs actionnaires. Or, ces mesures d’urgence à destination des entreprises sont censées aider les trésoreries des entreprises : assurer les salaires des employé·es, financer les locaux, garantir les prêts, etc. Si les entreprises versent des dividendes, elles disposent d’une trésorerie suffisante. Le Danemark a bien identifié le paradoxe et conditionne ses mesures d’urgence : aucun licenciement, pas de rachat d’actions, pas de versement de dividendes ni de présence en paradis fiscal.

Le gouvernement français privilégie certains grands groupes, qui n’ont aucun besoin de ces subventions publiques, et abandonne des milliers d’indépendant·es, qui venaient de se lancer et dont le chiffre d’affaire pris en référence pour calculer les pertes ne représentait qu’une situation de départ non-rentable.

Plusieurs entreprises s’apprêtent à verser des centaines de millions d’euros : 3,8 milliards pour SANOFI, 697 millions pour VIVENDI, 3,3 milliards pour LVMH, 3,19 milliards pour AXA, 2,3 milliards pour L’OREAL, 357 millions pour MICHELIN, etc. Rien ne les fera renoncer aux dividendes, d’autant que le gouvernement lance une campagne d’intimidation des inspecteur·rices du travail qui essaient de faire leur activité, au mépris des engagements internationaux de la France dans le cadre de l’Organisation internationale du travail. Vivendi s’offre même le luxe d’augmenter de 20% son versement de dividendes, alors qu’il est bénéficiaire du chômage partiel via ses filiale comme Canal + ou Vivendi Village : une partie de nos impôts est directement versée à ses actionnaires.

À côté, les dons au système hospitaliers ne pèsent pas bien lourd et ne compensent pas, loin de là, les années d’évasion fiscale qui ont appauvri la santé publique. Ils représentent une opération de communication à bas prix, sans aucune contradiction de la part des journalistes télévisuels retenus – dont on aurait souhaité qu’ils profitent du confinement pour lire leurs collègues spécialisés en fraude fiscale.

C’est notamment le cas de SANOFI qui annonce, la main sur le cœur, un don de 100 millions d’euros. Mais ce qu’il donne d’un côté, SANOFI le reprend de l’autre : il absorbe 150 millions de Crédit impôt recherche par an, organise des milliers de licenciements et base 80 % de son chiffre d’affaires sur les remboursements de la sécurité sociale. Merci pour les dons – maintenant, rends le reste de l’argent !

Quant aux promesses du grand patronat, elles n’engagent que celles et ceux qui y croient : les primes envisagées pour le personnel à risque sont d’ores et déjà annulées en grande partie. Après avoir envoyé au front de la pandémie des millions de personnes sans protection valable, voici que les grands groupes financiarisés se refusent à leur verser l’indemnisation prévue. Ils ont compté sur le civisme et la discipline des salarié·es mobilisé·es, pour leur ponctionner le portefeuille à la fin du mois.

La crise du Covid-19 souligne à quel point une partie de l’argent public est détournée, via des dispositifs peu lisibles ou méconnus, pour être accaparés par des intérêts particuliers. Dans cette crise comme dans toutes les autres, les profiteurs sont bien organisés et disposent de relais au plus haut de l’appareil d’État, pour s’enrichir sur le dos de celles et ceux qui consentent tous les efforts afin d’aider la collectivité.

Pendant ces jours de confinement les groupes thématiques de la France insoumise ont décidé d’apporter leur contribution à travers des réflexions sur la situation actuelle. Chaque jour, un ou plusieurs articles d’analyses seront produits par un des groupes thématiques. Retrouvez ces productions sur la page de l’espace programme.